Début janvier 2021, ce sont déjà 75 millions vues, tous médias confondus, que comptabilisait le concert de Jean-Michel Jarre donné le 31 décembre dernier, dans une version 3D de Notre-Dame de Paris. Une création nommée « Welcome to the other side » mise au point grâce aux savoir-faire de la start-up française VRrOOm, spécialisée dans la conception d’univers virtuels pour des événements culturels. Derrière leurs écrans, la plupart des spectateurs ont pu découvrir l’avatar de l’artiste projeté en plein cœur de la cathédrale numérisée, mais également sa version en chair et en os dans sa combinaison de motion capture en studio, ainsi qu’un laser show sur la façade de l’édifice également reproduite en 3D. Un vrai challenge technique, auquel s’ajoute celui de la présence d’un public dans le monument. « VRChat est le logiciel que nous utilisons pour permettre la présence de spectateurs via un ordinateur ou un casque de réalité virtuelle. Comme dans un jeu vidéo, c’est à travers leurs avatars qu’ils ont pu voir Jean-Michel Jarre en concert live », explique Maud Clavier, experte en réalité virtuelle et actuelle coordinatrice d’événements pour VRrOOm.

Deux mois et demi de préparation ont été nécessaires aux équipes de la start-up pour cette production hybride de 45 minutes. « Une partie des éléments de la scénographie a été inspirée d’un spectacle donné en Arabie saoudite en 2018, mais il a fallu l’adapter à la diffusion multicanaux (télévision, radio, réseaux sociaux) et à la réalité virtuelle. On a réfléchi différemment d’un point de vue artistique selon la cible, c’est là qu’était le vrai défi », ajoute Maud Clavier.

Un avatar pour chaque star

À l’image de Jean-Michel Jarre, de nombreuses stars internationales perçoivent ce type de dispositif, mêlant live stream et VR, comme la seule possibilité de continuer à prendre part à des événements de grande ampleur en pleine pandémie mondiale. Le 7 août dernier par exemple, « The Weeknd Experience » sur TikTok a rassemblé deux millions de spectateurs et permis de récolter 350 000 $ de dons au profit d’associations, selon la plate-forme. The Weeknd a fait appel pour l’occasion à la start-up californienne Wave, spécialiste des concerts interactifs. L’avatar de la star a ainsi performé devant une audience virtuelle et dans un environnement qui évoluait en fonction des votes du public. Un succès deux mois tout juste après une nouvelle levée de fonds de 30 millions de dollars par Wave pour financer son développement à l’international, notamment vers la Chine.

Rentabiliser la culture virtuelle

Que l’effet recherché soit proche d’un concert live ou davantage de la fantaisie d’un jeu vidéo, la question du modèle économique se pose. Pour le concert de Jean-Michel Jarre, la Mairie de Paris a soutenu entièrement le projet. Quand d’autres événements se financent sur la vente de billets, de produits dérivés ou sur de la publicité. Les méthodes sont donc les mêmes que pour un vrai concert, mais difficile d’en tirer des revenus similaires avec une durée qui n’excède pas une heure, pour ne pas lasser le spectateur derrière son écran. Ces dispositifs nécessitent également un bon équipement de la part d’une large audience.

S’impose ensuite le problème de la rémunération des musiciens et des chanteurs. Les conditions sur les plates-formes de streaming, du type Spotify ou Deezer, sont souvent pointées du doigt : en 2019, sur les 1,6 million d’artistes dont la musique a été mise à disposition sur ces supports, 1 % a capté 90 % des écoutes globales, selon la société d’analyse américaine Alpha Data Music. La start-up allemande ConcertVR pense avoir trouvé la solution : la blockchain, qui assure une totale transparence des revenus.

Mais comment faire profiter tous les artistes de ces technologies ? La société française XR-One développe actuellement une plate-forme dédiée, disponible courant 2021. « Basée d’abord sur le karaoké pour les particuliers, nous souhaitons la diriger vers un réseau social permettant aux artistes amateurs et semi-professionnels de rencontrer leurs fans », détaille Charles-Henri Marraud des Grottes, président de XR-One. Anonymisé sous forme d’avatar, l’artiste inscrit pourra organiser ses propres concerts en réalité virtuelle et/ou augmentée ainsi qu’en streaming, dans des décors de salles mythiques comme L’Olympia.

Toutefois, même pour ces nouvelles plates-formes, le contexte actuel complique les possibilités de trouver des financements ou des sponsors. L’idéal serait un retour à la normale pour les salles de concerts classiques et le lancement d’événements hybrides, à cheval entre les diverses réalités.

Marie Frumholtz
Marie Frumholtz
Plume Journaliste