PISA 2025 : l’écran n’est pas le coupable idéal

Les résultats de l’enquête internationale ne racontent pas seulement une baisse du niveau scolaire. Ils décrivent une école qui manque de temps, de stabilité et de sens. Alors pourquoi continuer à faire du smartphone le responsable de tous nos échecs ?
Le Programme international pour le suivi des acquis des élèves (Pisa) a rendu son verdict. Et déjà, le débat public s’emballe autour des coupables idéaux : les écrans, les réseaux sociaux et les parents trop permissifs. Comme si un téléphone pouvait expliquer à lui seul l’état de notre école. En 2023, après la publication de la précédente enquête, j’alertais sur les inégalités sociales, le bien-être des élèves, la sécurité à l’école et le recul de l’esprit critique. Trois ans plus tard, rien n’a changé.
En France, seul·es 64 % des élèves atteignent le niveau de base en mathématiques, 67 % en compréhension écrite et 74 % en sciences. Ils et elles ne sont que 5 % à atteindre les niveaux les plus élevés en mathématiques, contre 8 % en moyenne dans l’OCDE. Mais le chiffre le plus inquié tant est peut-être celui-ci : 26 % des élèves français·es estiment que l’école a été une perte de temps. Dans les pays de l’OCDE, ils et elles ne sont que 4 %. Ce n’est pas uniquement un problème d’écran. C’est un problème de sens, de confiance et de relation pédagogique
Ce que PISA dit vraiment des écrans
Oui, les usages numériques peuvent perturber les apprentissages. Mais les données de Pisa 2025 ne racontent pas une histoire aussi simple que celle d’une jeunesse distraite par son téléphone. En France, 26 % des élèves déclarent que leurs camarades sont souvent distrait·es par des appareils numériques pendant les cours, contre 28 % en moyenne dans l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques). Par ailleurs, au moment de l’enquête, seul·es 27 % des élèves étaient scolarisé·es dans un établissement où les téléphones étaient interdits, contre 49 % en moyenne dans les pays de l’OCDE.
L’OCDE confirme par ailleurs qu’un usage limité ou modéré des appareils numériques à des fins pédagogiques est associé à de meilleurs résultats en sciences. Le sujet n’est donc pas de choisir entre le numérique et le papier, mais de distinguer les usages, les contextes et les objectifs. Il faut poser des règles, protéger l’attention et apprendre aux élèves à comprendre les mécanismes de captation des plateformes et à vérifier les informations qui circulent en ligne. C’est dans cette logique que le dispositif « Portable en pause », mis en place dans les collèges à partir de 2025, a été étendu aux lycées à la rentrée 2026. Le téléphone doit désormais rester à l’écart pendant le temps scolaire, avec des exceptions possibles pour certains usages pédagogiques ou certaines situations particulières. Cette mesure peut contribuer à limiter les distractions évitables, mais elle ne peut être qu’un levier parmi d’autres. Car il faut aussi regarder ce qui se passe hors des écrans.
En 2025, 45 % des élèves français·es étaient scolarisé·es dans un établissement où le manque d’enseignant·es affectait l’enseignement. Ils et elles sont 47 % à déclarer que le bruit et l’agitation perturbent la plupart ou la totalité des cours. Et seul·es 54 % estiment que leur professeur·e de sciences s’intéresse aux progrès de chaque élève, contre 69 % en moyenne dans l’OCDE. Un smartphone peut distraire, mais il ne peut pas supprimer un poste d’enseignant·e, dégrader le climat d’une classe ou empêcher un·e professeur·e de disposer du temps nécessaire pour accompagner chaque élève.
L’IA ne réparera pas une école qui a perdu le sens
Le paradoxe est que l’école doit désormais apprendre aux enfants à vivre avec le numérique, alors qu’elle peine déjà à leur donner les bases nécessaires pour le comprendre. En France, 37 % des élèves déclarent utiliser chaque semaine des chatbots d’intelligence artificielle pour les aider à apprendre. L’enjeu n’est donc plus de faire comme si ces outils n’existaient pas, mais d’apprendre à s’en servir sans leur abandonner la réflexion, l’écriture et le jugement.
Un·e élève qui sait utiliser une IA sans savoir vérifier une source, formuler une question ou repérer une erreur n’est pas autonome. Il·elle est dépendant·e d’un outil dont il·elle ne maîtrise ni les biais ,ni les intérêts. L’esprit critique ne se télécharge pas. Il se construit dans la contradiction, la lecture, l’échange et la relation avec des adultes capables d’accompagner le doute.
Réparer les fondations
Pisa montre aussi un recul du soutien familial. En France, 63 % des élèves déclarent que leurs parents leur demandent au moins une fois par semaine ce qu’ils·elles ont fait à l’école, contre 74 % en 2022. Et ne sont plus que 34 % à dire que leurs parents discutent régulièrement des difficultés rencontrées à l’école, contre 48 % trois ans plus tôt. Ces chiffres ne prouvent pas que les parents se désintéressent de leurs enfants. Ils montrent une relation fragilisée entre les familles, l’école et les adolescent·es.
Alors oui, régulons les écrans. Mais ne les transformons pas en écran de fumée politique. La priorité est ailleurs : revaloriser les enseignant·es, donner de la continuité aux politiques éducatives, réduire les inégalités sociales et territoriales, restaurer un climat de travail serein et former les élèves à l’attention, à l’esprit critique et aux compétences psychosociales. Nos enfants ne sont pas moins intelligents. Ils apprennent dans un système instable, inégalitaire et épuisé. Réparer l’école, c’est redonner aux élèves le goût d’apprendre, aux enseignant·es les moyens d’enseigner et au numérique sa juste place : celle d’un outil à com prendre et non d’un coupable idéal.
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