Le premier baromètre Safer Internet France sur l’expérience en ligne des 8-18 ans, que nous avons mené avec Internet sans crainte, ainsi que nos partenaires du 3018 (numéro vert contre les violences numériques) et l’association Point de contact, révèle une bascule très nette à l’entrée dans l’adolescence. Face à une situation problématique, 61,5 % des 8-12 ans se tournent vers un parent ou un adulte de confiance. Mais chez les 13-18 ans, ils ne sont plus que 33 %. Du côté des ados, c’est plutôt rassurant : 72,5 % disent bloquer la personne concernée et 60 % signaler le compte ou le contenu.

Se sentir en sécurité ne veut pas dire l’être

Plus frappant, 91 % des adolescent·es interrogé·es disent se sentir en sécurité en ligne, alors que près de 4 sur 10 ont déjà été contacté·es de façon gênante par un inconnu. Et chaque semaine, 55 % déclarent être exposé·es à de la désinformation, 43 % à des contenus liés aux normes corporelles et 34 % à des arnaques. Peut-être faut-il donc entendre autrement ce sentiment de sécurité : il ne signifie pas forcément «rien ne peut m’arriver», mais plutôt «je sais quoi faire quand ça arrive». C’est une bonne nouvelle : les adolescent·es apprennent à agir, à se protéger, à poser leurs propres limites. Et grandir, c’est aussi cela : ne plus appeler ses parents au moindre problème. Mais savoir bloquer quelqu’un signifie-t-il être capable d’évaluer seul·e une situation ? Un·e adolescent·e peut parfaitement connaître le bouton «signaler» sans savoir si ce qu’il ou elle vient de vivre est grave, anormal, inquiétant ou simplement digne d’être rapporté. Iel peut avoir mis fin à une interaction et rester avec un malaise, une peur ou un doute. «Je gère» devient alors «je vais garder ça pour moi».

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Rester l’adulte qu’on peut solliciter

Notre rôle doit donc évoluer avec eux. Quand iels sont petit·es, nous sommes souvent celles et ceux qui leur expliquent quoi faire. À l’adolescence, continuer d’accompagner suppose aussi d’accepter de ne plus être leur premier interlocuteur — sans pour autant disparaître du paysage. L’enjeu est moins de savoir tout ce qu’ils font en ligne que de préserver la possibilité de venir nous parler quand quelque chose les dépasse. Cela demande une posture pas toujours simple : écouter avant de juger, éviter le «je te l’avais bien dit», ne pas punir chaque confidence par une sanction immédiate. Car si raconter ou demander conseil signifie risquer de perdre son téléphone, son compte ou sa liberté, pourquoi venir encore nous solliciter ?

UN·E ADOLESCENT·E PEUT PARFAITEMENT CONNAÎTRE LE BOUTON « SIGNALER » SANS SAVOIR SI CE QU’IL OU ELLE VIENT DE VIVRE EST GRAVE, ANORMAL, INQUIÉTANT OU SIMPLEMENT DIGNE D’ÊTRE RAPPORTÉ.

Accompagner leur autonomie numérique, c’est donc leur apprendre à utiliser les outils de protection, mais aussi à reconnaître quand ils ne suffisent plus et qu’il faut un regard extérieur, un conseil, un adulte.

Au fond, réussir l’émancipation numérique de nos ados, ce n’est pas faire en sorte qu’ils et elles n’aient plus besoin de nous. C’est leur donner les moyens d’agir, mais sans laisser entendre qu’il faut tout affronter seul·es. Et rester, quelque part en arrière-plan, l’adulte qu’ils savent pouvoir appeler quand le «t’inquiète, je gère» ne suffit plus.