« AI brain fry » et « AI fatigue » : au travail, l’IA met notre santé mentale à rude épreuve

À rebours de l’émancipation promise par les chantres de l’IA, les gains de productivité liés à son utilisation en entreprise s’accompagnent d’une surchauffe cognitive et d’une porosité accrue entre vie pro et vie perso. Sans cadre défini, l’IA constitue une menace nouvelle sur la santé mentale des travailleur·euses.
Lorsqu’elle décroche son téléphone pour répondre à nos questions, Charlotte vient tout juste d’envoyer un prompt à Claude Code. L’agent de codage développé par Anthropic a pour tâche de lui résumer le fonctionnement d’un nouvel assistant téléphonique IA qu’elle prend tout juste en main. Cette data scientist, salariée d’une grande entreprise de la tech, profite du temps gagné pour lire ses mails, participer à une réunion ou solliciter à nouveau Claude pour l’aider sur d’autres tâches.
En l’espace d’un an et demi, le travail de Charlotte s’est métamorphosé. Parmi ses collègues ingénieur·es en machine learning, elle constate que « plus personne n’écrit de ligne de code à la main ». Leur mission consiste désormais à s’appuyer sur de grands modèles de langage (LLM) pour développer et évaluer des outils d’automatisation des tâches, notamment administratives. L’experte brosse un tableau en demi-teinte de cette nouvelle organisa tion du travail. Séduite par le côté « un peu magique » de ces produits qui lui permettent de gagner du temps sur l’aspect technique de son métier et de se concentrer sur la partie business et produit qu’elle préfère, elle regrette la satisfaction à produire elle-même du code et surtout, les plages de concentration de plusieurs heures, où elle trouvait une forme « de repos cérébral ». Devoir superviser, contrôler et évaluer en permanence la qualité des tâches effectuées par les agents IA fragmente son attention, partagée entre les deux-trois bots qui l’épaulent au quotidien.
« L’IA arrive dans un environnement saturé d’informations, dans lequel notre cerveau est déjà en difficulté pour gérer l’ensemble des stimuli », analyse Adrien Chignard, psychologue du travail intervenant en prévention des risques professionnels. « Auparavant, on avait le temps de s’adapter aux évolutions technologiques. Ce qui change, c’est que l’IA avance plus vite que nous. »
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