Que faire avec les données publiques ?


Dans notre société gouvernée par la data, – les informations recueillies concernant les usages et les attentes des clients – analysées par des outils d’Intelligence Artificielle – sont de plus en plus utilisées pour personnaliser les services offerts aux utilisateurs. Il en va de même désormais dans les villes. En effet, les collectivités disposent d’une richesse unique pour améliorer leur offre en direction des administrés. En capitalisant sur les nombreuses interactions avec les citoyens et en s’appuyant sur les nouvelles technologies, dont les objets connectés, la ville est en mesure de collecter les informations en nombre exponentiel.

Par exemple, en installant une benne à déchets recyclés intelligente, elle peut collecter des informations précieuses pour améliorer le service de ramassage des ordures et fluidifier le trafic. La municipalité peut ainsi agir et mettre en place des initiatives concrètes pour améliorer les services aux citoyens, sans grever ses budgets et sans attendre des décisions nationales. Autre exemple, récemment, face à la jungle des trottinettes et la menace qu’elles représentent en termes de sécurité, grâce à l’information dont elle dispose, la ville de Paris a pu réguler leur circulation et répondre à la grogne de citoyens.

 

Lille, en partenariat avec Waze, échange ses informations municipales sur les travaux de la voirie contre celles sur le trafic en temps réel.

On l’ignore peut-être, mais des acteurs privés tels que Waze, Uber ou encore Airbnb ont aujourd’hui un impact considérable sur les politiques municipales en matière de transport ou de logement. C’est le cas pour la métropole de Lille qui, en partenariat avec Waze, échange ses informations municipales sur les travaux de la voirie contre celles sur le trafic en temps réel. Ces services permettent ainsi de faciliter les déplacements des citoyens et de les informer en temps réel sur les problèmes de circulation.

Néanmoins, bien que de nombreuses villes possèdent de grands volumes d’informations, ces dernières restent insuffisamment exploitées. Par exemple, des informations générées par un capteur d’air restent souvent à l’état brut et non utilisées. Or, si ces informations étaient partagées en temps réel, les chercheurs et les experts auraient les moyens de les interpréter, de les croiser avec d’autres sources et de contribuer ainsi à l’innovation. Les choses évoluent néanmoins, notamment avec l’arrivée de start-ups qui se sont données pour mission d’apporter des services facilitant considérablement notre quotidien.

Quels sont les freins pour les collectivités ?

Dans un contexte où les ressources humaines et financières sont limitées, l’association avec les autres acteurs de la smart city permet aux collectivités de développer des services utiles aux habitants. Elle permet de faire circuler l’information et de créer du lien avec les usagers en offrant des services personnalisés. De leur côté, les acteurs privés peuvent s’appuyer sur ces informations pour proposer des services en cohérence avec les exigences des utilisateurs.

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Les collectivités sont longtemps restées emprisonnées dans un fonctionnement cloisonné. Les grands volumes d’informations collectés sur les citoyens, le transport, l’énergie ou le logement restaient inaccessibles ou, au mieux, partagés dans un format technique empêchant leur exploitation et éparpillés. Aujourd’hui, de plus en plus de collectivités sont prêtes à centraliser et partager leurs informations avec les partenaires privés.

Si la technologie a longtemps constitué un frein, de nouvelles solutions permettent désormais de partager les informations, quels que soient leur format original et leur source. Elles sont centralisées sur un portail, donc en un seul et même endroit. Qui plus est, elles sont accessibles en toute sécurité à tous les collaborateurs et partenaires, peu importe leur localisation géographique, via des systèmes d’autorisation. Pour favoriser leur appropriation par des publics non experts, elles sont présentées de manière simple et lisible, via des graphiques ou des outils de data visualisation, ne nécessitant pas de connaissances techniques avancées.

C’est de l’échange de données pour tous ?

Le secteur public a longtemps freiné des quatre fers pour ouvrir ses informations au secteur privé. En réalité, la peur de se faire voler ses informations par les grands groupes est un leurre. Le partage génère au contraire de l’attractivité. En créant un terrain propice à l’innovation et l’expérimentation, l’ouverture de l’information encourage le local. Par exemple, l’entreprise ENEDIS a noué un partenariat avec l’école SUPELEC, permettant aux étudiants de travailler avec des informations sur la consommation en électricité de leur propre territoire. L’ouverture de l’information encourage ainsi les développements de solutions dans des clusters alliant public-privé et secteur de la recherche universitaire, qui ne peuvent que favoriser l’innovation dans le cadre local.

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Il est certain qu’ouvrir l’information constitue pour un élu le risque d’être « challengé » par des experts et des acteurs d’horizons divers. Mais n’est-ce pas également l’occasion pour les collectivités de créer un dialogue éclairé, démocratique et de changer la façon de faire la politique ? L’information, et surtout son efficacité de traitement, devient ainsi l’élément de base de toute action politique avec une approche pragmatique : récupérer l’information pertinente, l’organiser et la rendre accessible à tous les acteurs qui sont susceptibles de capitaliser sur elle pour offrir des services au plus grand nombre, avec la valeur ajoutée la plus forte possible.

La rédaction de Chut !
Chut ! est un magazine de société qui prend le temps d’observer l’impact du numérique sur nos vies.