Co-working servile

SOMMES-NOUS DÉJÀ DEVENU·ES DES HUMAINS AUGMENTÉS ? C’est ce que promettait la cobotique, face à la pénibilité du travail, pour nous aider dans nos tâches répétitives et/ou pénibles : aide pour soulever, déplacer, tisser, coller, embouteiller, trier, mélanger, etc. Nous sommes déjà augmenté·es dans ces usines qui ont transformé leur chaîne de travail, moyennant finance. Faut-il encore pour les industriels que le coût de ces machines permette une certaine rentabilité sur la durée… L’humain ne se remplace pas aussi facilement.
Désormais, il n’est plus seulement question d’augmenter nos corps, mais d’« augmenter » nos esprits… Les IA sont conçues pour nous aider à penser, réfléchir, trier, concevoir, imaginer… Pas seulement pour nous ou avec nous, elles ont aussi pour objectif de le faire à notre place, avec ces nouveaux agents IA fonctionnant en mode « cowork ».
Les métiers qui demandent de concevoir, illustrer, rédiger, compter, coder, brainstormer se trouvent bouleversés. Une nouvelle révolution industrielle numérique se met en place brique après brique et bouleverse les codes du travail actuels. Si les enjeux d’écologie, de souveraineté, de cybersécurité sont essentiels dans le développement de ces IA énergivores, l’impact qu’elles ont sur nous, sur nos capacités à penser, raisonner pose aussi question.
Qu’allons-nous devenir ? D’autant plus quand ces IAgen sont sous le contrôle de sociétés technologiques qui n’ont pas le bien commun en tête, mais seulement un capitalisme débridé, qui se préoccupe uniquement du profit, quitte à nous phagocyter au passage. Qu’allons-nous devenir, quand ni la France ni la Commission européenne ne semblent prendre la pleine mesure de ce qu’il y a à cadrer dans cet envahissement de l’IA dans nos vies ? Devons-nous attendre, comme pour les réseaux sociaux, que le mal soit fait, que nos démocraties soient mises à mal, que nos enfants souffrent, que nos esprits aiguisés à la réaction conflictuelle ne sachent plus juste dialoguer, penser, se reposer ?
Vision partagée
Des voix se veulent rassurantes. Oui, les métiers ont toujours évolué avec les technologies. Certes. Mais pas sans cadre, sans garde-fou. Les révolutions industrielles ont aussi amené leurs lots de revendications face aux machines et à la volonté du profit à tout prix, comme la création de syndicats pour protéger les droits des salarié·es, pour protéger nos corps et nos esprits face au « progrès ».
L’innovation technologique doit se construire sans diminuer nos corps et nos esprits, sans mettre en danger nos libertés, sans devenir le creuset de notre assujettissement. Voici ce que nous vous proposons d’approfondir dans Chut ! N°22 — Résister ou Prompter. Bonne lecture.
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