Depuis l’annonce d’un deuxième confinement national par Emmanuel Macron le 29 octobre dernier, c’est un peu la panique chez les commerçants de proximité. Entre le décryptage des nouvelles restrictions et l’angoisse de voir s’envoler les bénéfices associés aux fêtes de fin d’années, l’heure est à l’urgence : comment continuer à vendre dans ce contexte et sans risquer pour sa santé ? Comment conserver sa clientèle ?

Alors que le retrait de commande en magasin reste autorisé – le fameux « click and collect », le numérique apparaît plus que jamais comme LA solution à ces interrogations. « L’épidémie et les confinements qui en découlent n’ont fait qu’accélérer une tendance de fond », estime Lionel Saugues, vice-président de la Confédération des Commerçants de France, qui réunit pas moins de 400 000 commerces français. Et d’ajouter : « Depuis plusieurs années, la clientèle se tourne de plus en plus vers l’e-commerce, et la montée en puissance des plateformes de vente type Amazon constitue une vraie concurrence. Le web n’est plus une option, c’est une obligation pour survivre ! »

Réseaux sociaux et e-shops au rendez-vous

De fait, un large éventail de solutions numériques à destination des commerçants existent*, à commencer par la présence sur les réseaux sociaux. Face à l’urgence qu’impose le confinement, celle-ci reste la solution a minima. Ouvrir une page Facebook ou un compte Instagram, et l’alimenter régulièrement, permet de garder le lien avec sa clientèle, et de l’informer au fur et à mesure sur les solutions d’achat proposées. Le site web ensuite, est un canal toujours essentiel : comme simple vitrine, il permet d’assurer sa visibilité et de communiquer avec sa clientèle ; comme e-shop, il constitue une alternative à la vente en boutique, en fonctionnant avec un système de livraison ou de retrait de commande en magasin. Encore faut-il être familier du numérique. « Être présent en ligne ne s’improvise pas, c’est un travail de longue haleine », pointe Lionel Saugues, « certains ont intégré le web, pour d’autres, c’est plus compliqué, il y a un gros besoin d’accompagnement. » De fait, en France, seul un.e commerçant.e sur trois serait présent sur la toile.

En pleine crise sanitaire, certains se mobilisent pour faire de cette différence une force au service de la solidarité. Plusieurs initiatives voient le jour au sein de la communauté des écoles post-bac, pour mettre gracieusement les compétences des étudiants à disposition des projets de digitalisation des commerces, de la création de site à l’animation des réseaux sociaux, en passant par la retouche photo, le reportage vidéo, la réalisation d’interviews, etc. Citons l’initiative lancée par l’école d’informatique Epitech et ses 13 campus, ou encore l’appel à projets de 9 écoles parisiennes parmi lesquelles l’ECITV.

Offres dédiées sur les marketplaces

Les commerçant.es les moins outillés ont également la possibilité de se tourner vers des solutions simplifiées, comme les marketplaces (ou places de marché) : ces espaces au sein de site d’e-commerce (ou de réseau social comme Facebook) permettent de créer une boutique en ligne, avec parfois un service de livraison, moyennant généralement abonnement et commission à chaque achat. Les plus puissantes, nationales ou internationales, n’ont pas manqué de proposer des offres sur mesure aux petits commerçants à la faveur du premier confinement, solutions plus ou moins reconduites aujourd’hui. À l’instar de C’Discount, filiale du groupe français Casino, qui a rouvert son espace dédié aux « entreprises françaises », avec une offre préférentielle : abonnement gratuit, zéro commission pour les achats en « click and collect », commission diminuée de 50% pour les achats en livraison, et accompagnement dédié. Sur mars, avril et mai derniers, la plateforme avait vu son volume d’affaires grimper de 40%, dont 60% grâce à la marketplace. Autre exemple, celui de l’entreprise LeBonCoin. Le célèbre sites d’annonces a lancé une offre de boutique virtuelle à destination des commerces listés comme non-essentiels par le gouvernement, pour deux mois, sans frais.

Nouveauté par rapport au premier confinement, même la grande distribution se mobilise. Le groupe Intermarché vient de mettre son site à disposition gratuite des librairies indépendantes, afin de créer un « drive solidaire » pour la vente de livres en « click and collect » dans ses magasins. D’autres types de commerces de proximité devraient ensuite pouvoir en bénéficier. Derrière la solidarité affichée, l’enjeu est toujours d’attirer de nouveaux clients, en hypermarché ou sur le web. « Le grand gagnant du premier confinement a été sans conteste Amazon », déplore Lionel Saugues.

Miser sur le local

Mais les géants de l’e-commerce ne sont pas la solution unique. Nombreuses à avoir vu le jour ces dernières années, les marketplaces locales, financées par des acteurs locaux (collectivités, chambre de commerce, entreprises), tentent d’exister dans le paysage. « Lors du premier confinement, le trafic sur enbasdemarue.fr a explosé et le chiffres d’affaires hebdomadaire généré est passé de 1500 euros en moyenne à 8000 euros, avec des pics à 10 000 », indique Pascale Besch, directeur général adjoint de la CCI Nord-Isère, qui a lancé cette marketplace locale en 2018. La plateforme, qui depuis s’est élargie à 7 autres départements, a reconduit son offre gratuite dès le lendemain de l’annonce du deuxième confinement. Ici, la création de sa boutique en ligne est possible en quelques clics, avec également un accompagnement sous forme de tutoriel et si nécessaire par téléphone.

« Les marketplaces locales sont attractives, mais comportent le risque pour le commerçant de n’être pas durables : beaucoup de plateformes lancées ces dernières années ont périclité. Nous soutenons plutôt l’émergence d’acteurs d’envergure nationale offrant des solutions locales, sinon les commerçants ne s’y retrouvent pas dans la multiplicité des offres », souligne Lionel Saugues. Le site mavillemonshopping.fr, porté par le groupe La Poste, qui propose des déclinaisons locales, en est un bon exemple.

Sites de pré-commande

Certains pureplayers nationaux, spécialisés dans le soutien au commerce de proximité, proposent également des solutions dédiées, avec accompagnement (référencement, relais sur les réseaux sociaux, mise en ligne des produits, voire géolocalisation, etc). Lancé par la startup PetitsCommerces.fr lors du premier confinement, le site soutien-commercants-artisans.fr s’est spécialisé dans la précommande, sous forme de bons d’achats, moyennant une commission pour chaque bon vendu. Avec un succès non négligeable, puisque près de 2,5 millions d’euros ont été générés pour 8000 commerces. « Nous avions prévu de relancer le site pour Noël, nous avons donc avancé l’échéance à l’annonce du confinement. Nous recevons une centaine de nouvelles adhésions par jour depuis », indique Jonathan Chelet, cofondateur de PetitsCommerces.fr. La nouvelle version du site prévoit une commission de 6% du montant de chaque bon d’achat vendu, et une ouverture aux micro-entrepreneurs. Autre exemple, le site français FlipNPik, plateforme et application dédiées au commerce local mais avec un rayonnement dans plusieurs pays, propose depuis le 2 novembre un abonnement gratuit, valable jusqu’au 15 janvier 2021.

Reste à savoir si l’ensemble de ces outils suffiront à traverser la tempête. « Il n’y a pas de solution sans risques, tout dépend de la situation de chacun », commente Jessica Nguyen, directrice de FlipNPik Europe, « vendre des bons d’achat par exemple est bon pour la trésorerie, mais peut avoir un effet boomerang ensuite, une fois le confinement passé, avec une baisse des ventes en boutique. » L’accompagnement apparaît donc comme un enjeu crucial, comme l’ont bien compris certains acteurs qui en font leur fer de lance : la Fédération Française des Associations de Commerçants et Google France ont annoncé ce lundi le lancement d’un portail d’aide aux petits commerces, avec coaching et formations, pour accompagner le développement de leur présence en ligne. Mais est-ce vraiment une bonne nouvelle ?

 

Enfin, si le numérique offre des solutions, il ne résoudra pas d’un coup de baguette magique la question de fond soulevée par les confinements. Dans une tribune dans le journal Le Monde, le sociologue Vincent Chabault la pointait ainsi : « Si les commerçants vont sans doute renforcer leurs services numériques – livraison de proximité et « click and collect » –, il est évident qu’ils ne compensent pas la perte des ventes « socialisées ». Cette activité, considérée par tous comme un débouché complémentaire, ne rencontre pas nécessairement les intérêts de commerçants dont l’identité professionnelle repose sur le service et la relation sociale. »

Catherine de Coppet
Catherine de Coppet
Plume Journaliste