Faire comprendre à chacun d’entre nous comment les applis nous rendent accro, c’est le parti pris d’Arte avec la participation de Réseau Canopé, Les bons clients et LoopSider. En partenariat avec Cerveau & Psycho, on fait une entrée détonante dans les méandres de notre cerveau ; et il semble qu’on ne soit pas toujours les maîtres à bord !

Du fleuron de l’évolution...

Twitter, Snapchat, Facebook, Uber, Instagram, CandyCrush, Tinder et YouTube. Tous coupables ! Coupables de quoi ? De nous manipuler, pardi ! Quoi ? Vous les pensiez encore innocents ? C’est l’heure de revoir sa copie. Premier témoin : notre cerveau. Première leçon de détective : comment manipuler le témoin ? Eh oui ! Parce que comme nous l’avions vu précédemment dans Hooked, pour comprendre comment les applis influent sur notre cerveau, il faut d’abord comprendre la bête. Et pour rester dans la zone occipitale, Arte ne lésine pas sur les « têtes » pour appuyer son propos. Philosophes, sociologues, comportementalistes, psychologues, économes, tou.te. s les spécialistes de la question y passent pour analyser notre caboche.

Mais trêve de billevesées, place au concret ! Les concepteurs ou conceptrices ne reculent devant rien pour nous accrocher, et c’est tout naturellement qu’ils font appel à nos instincts les plus primaires, les plus ancrés en nous.

Dans les plus récurrents, on retrouve la sociabilité et tout ce qui a trait à elle. En effet, Facebook et Instagram se servent du système d’approbation sociale et de besoin de lien social pour nous tenir en haleine. Un besoin inscrit en nous depuis des millénaires puisqu’il nous aiderait à survivre en groupe. Des actions que notre cerveau récompense pour sa propre survie nous rendent ainsi accro à cette sensation si plaisante que sécrète la dopamine.

 

Dopamine

Et que dire du scroll ? Un autre comportement compulsif que vous ne parvenez pas totalement à cerner. Il ne s’agit pas seulement d’aimer le contenu ici, mais de ne pas savoir si on va l’aimer. Ça vous paraît capillotracté ? Laissez-moi éclairer votre lanterne. Ce comportement est hérité de la chasse, il nous poussait à continuer à chasser même s’il était possible qu’on échoue. Il s’agit ici de la « récompense aléatoire », identifiée notamment par Burrhus F. Skinner.

Accro aux swipes de Tinder ? L’appli fait aussi appel à vos instincts. Et cela ne vas pas vous surprendre, vu l’objectif de l’application… Cela fait appel à vos instincts de reproduction. En effet, le cerveau produit une récompense spéciale pour vous signaler que vous êtes génétiquement compatible avec une personne, il s’agit de la « récompense esthétique ». Et là encore : BIM ! Dopamine !

Bon, on ne voudrait pas tout vous spoiler alors chut ! Motus et bouche cousue. Passons maintenant au banc des accusés…

À mouton numérique

Avec de pareilles méthodes, pas étonnant que notre libre arbitre disparaisse comme peau de chagrin. À l’image du Magicien d’Oz, derrière son rideau, il ne semble être qu’une illusion. Serions-nous donc des moutons numériques ? Mieux ! Ou pire, ça dépend des points de vue, en fait ! Nous serions des vaches à lait. En effet, une fois appâté. e, il est question de nous faire rester. Et pour ça, tous les processus cités plus hauts sont mis en place. Il s’agit maintenant de créer de l’engagement pour un contrat tacite amené à durer. Car qui dit engagement, dit argent qui continue de rentrer pour ces applications. Prenez Candy Crush par exemple, le jeu commence comme un « free to play » et glisse doucement vers un « pay to win ».

Habile, n’est-ce pas ? Et le jeu de dupe ne s’arrête pas là. Puisque YouTube, Instagram et Facebook jouent le jeu de l’analyse. Oui, car vous vous en doutez, ils récupèrent des informations sur vous. Les fameuses Big Data, le nouvel or dématérialisé ! Vous ne pouvez pas le toucher, mais il est bien là. Et à travers vos réactions et diverses recommandations, la récolte de ce que vous aimez ou n’aimez pas, se fait doucement pour finir stockés. Tout cela dans le but d’affiner un « ciblage comportemental » adapté à vos émotions. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils nous tiennent par les émotions tout en nous prenant par celles-ci. Et quand ce n’est pas pour récolter des données, c’est pour vous soumettre des publicités ciblées. Et je vous le donne dans le mile, vous êtes la cible !

 

Ces applis à forte ascendance réseaux sociaux ont aussi un impact social. Certains détracteurs parlent notamment de manque de liens réels, et ils n’ont pas tort. Le sujet a notamment été abordé dans le Digital Minimalisme. Mais un autre danger est de rester enfermé dans ses positions. Car certaines plateformes telles que YouTube poussent le concept de « chambre d’écho ». Identifié par John F. Scruggs, le lobbyiste des cigarettes Philipp Morris, la chambre d’écho, notamment via la recommandation personnalisée, va suggérer des contenus similaires à ce que l’internaute a déjà regardé. De ce fait, elle crée un contenu uniforme et qui se répète. Ceci dans le but de mettre l’internaute en confiance et de le ou la faire rester.

Cependant, Albert Moukheiber, psychologue, philosophe et spécialiste des neurosciences, nous alerte sur ces confortables « chambres d’écho ». Selon lui, il est bon de rester ouvert aux avis divergents des nôtres, c’est aussi ça qui fait avancer les choses. Les réseaux sociaux ont tendance à nous cantonner dans les mêmes sphères sociales, nous enfermant dans des « bulles de l’entre-soi ».

 

Les applis se sont infiltrées dans notre quotidien jusqu’à devenir essentielles, voire naturelles. Ces tyrans numériques rythment parfois nos journées. S’informer, comprendre, c’est déjà mettre un pied dans l’embrasure de la porte, et ouvrir les yeux. Mais à l’instar des publicités de tout temps, ne soyez pas crédules, savoir c’est pouvoir, mais à ce jeu de dupes, les applis ont une influence d’avance. Car la dopamine contrairement à la faim ne connaît pas la satiété.

 

Gwendoline WEBER
Gwendoline WEBER
Ménestrelle numérique
Oscillant entre galéjades giffesques, modération bienveillante, veille im-pertinente, haikus récréatifs et designs amuse-oeil. VENI VIDI SHARED