La lumière est douce. Une rivière bruit au loin. On progresse entre les grands arbres et les rochers d’une forêt. Dans les oreilles, une voix sourde. Elle raconte. Nous sommes en 2072. Sous la terre dorment des tonnes de déchets radioactifs. La voix qui nous envahit narre cette histoire. L’histoire de notre futur, imprégné des ruines de l’industrie nucléaire.

Œuvre frappante, Zone bleue consiste en une installation de réalité virtuelle. Quatre casques plongent les visiteur·euses dans un entre-deux. Entre le visible – la beauté des sylves bleutées – et l’invisible – la pollution multimillénaire reposant sous leurs racines. La variation de deux artistes, Stéphane Perraud et Aram Kebabdjian, autour du thème central de la quatrième édition de Némo, la biennale des arts numériques de l’Île-de-France : « Au-delà du réel ? »

Dans l’intention des organisateurs de la biennale, son directeur, José-Manuel Gonçalvès (par ailleurs directeur du Centquatre Paris) et son directeur artistique, Gilles Alvarez : « Tester la capacité des arts et des technologies à révéler ce qui nous est invisible, qu’il s’agisse de phénomènes artistiques ou sociaux. » Pas question ici de glorifier l’univers numérique (que recouvrirait-il, d’ailleurs ?). « Les artistes proposent des regards très critiques. C’est à ça que doit servir une manifestation sur le numérique », pose d’emblée Gilles Alvarez. L’horizon dessiné est sombre, presque toujours. « Le numérique n’est pas la solution. Plutôt le problème », résume le directeur artistique.

Sylvie Fagnart
Sylvie Fagnart
Plume Journaliste