On en parle le 11 mars de 11h à 12h lors d’un live LinkedIn BNP Paribas, en présence de Sandrine Delage, Head of Changer Makers, Caroline Courtin, Directrice diversité et Egalité, Michelle Ininahazwe, Gouvernance Cybersecurity chez BNP Paribas, ainsi que Marjolaine Grondin, fondatrice de Jam, et Guy Mamou-Mani, co-président du Group Open.

 

Sous-représentation des femmes dans le secteur du numérique, méconnaissance de l’histoire des technologies où elles ont pourtant eu leur place, autocensure et censure sociale, difficultés à lever des fonds et à briser le plafond de verre, hostilité du milieu à leur égard, éducation genrée éloignant les filles des carrières scientifiques … les raisons qui expliquent l’absence de femmes (que 10% dans les métiers techniques de la tech, rappelons-le) dans le secteur pourtant florissant des technologies sont nombreuses et persistantes. Pourtant à la rédaction de Chut! nous gardons espoir et restons persuadées que les lignes bougent. Voici pourquoi.

La tech comme outil d’émancipation des femmes

Le secteur des technologies représente aujourd’hui de nombreuses opportunités d’emplois, dans tous les secteurs d’activité, puisque tout se digitalise. Ce sont des métiers qui non seulement sont bien rémunérés, mais qui sont au cœur des grandes transformations de notre société. Travailler dans la tech, ce n’est pas mettre les mains dans le cambouis, et passer sa journée entière seul·e derrière un ordi, finie l’image d’Épinal ! C’est créer une appli qui va transformer les usages de façon positive comme Yuka, c’est proposer une plateforme pour militer en ligne comme Change.org, c’est créer le guide numérique Soliguide qui vient en aide aux personnes en grande précarité. C’est s’engager et participer à construire une meilleure société, de façon collective. Et puis il faut bien le dire, ce sont surtout des métiers très rémunérateurs, un secteur sans chômage, et même en croissance. Ce sont tout simplement les métiers de demain. Or ces métiers sont largement préemptés par les hommes. Résultat, les femmes risquent d’avoir encore les métiers à faible valeur ajoutée, à faible salaire et d’être encore plus précarisées. Pourquoi les femmes seraient-elles donc exclues de toutes ces opportunités incroyables que nous offrent les outils du numérique ?

Alors oui, nous le disons aujourd’hui à nouveau, un an après notre premier numéro : la tech est l’avenir de la femme. Parce que la tech, ce sont les outils d’aujourd’hui qui nous permettent de façonner le monde, de nous émanciper, de parvenir à l’égalité salariale, de nous affranchir des carcans et de prendre le pouvoir nous aussi, avec notre vision et nos ambitions.

La mobilisation se poursuit

Depuis que nous avons lancé notre N°1, les lignes ont-elles bougé ? Qu’avons-nous pu observer ? Si nous n’avons pas encore connaissance d’une réelle évolution, nous ne pouvons que constater une mobilisation toujours plus intense, avec des initiatives, des collectifs, des associations qui vont sur le terrain. Elles peuvent être nationales, régionales et locales, ou encore par secteur au sein même de la tech (association dans le gaming, comme Women In Games, dans la cybersécurité, comme le CEFSYS).

 

L’histoire de la tech s’est faite avec les femmes

De plus en plus de chercheuses en sociologie et en histoire des sciences se questionnent, explorent le sujet, d’Isabelle Collet à Anne-Marie Kermarec et Josiane Jouet. Le constat est simple, les grandes figures scientifiques ont été invisibilisées, et il en va de même pour celles qui ont contribué à la grande histoire de la tech.

L’un des grands chantiers entrepris ces dernières années est une réhabilitation de cette histoire. Il ne s’agit pas de déboulonner les figures existantes, mais de donner la place à celles qui ont pourtant beaucoup contribué à façonner le numérique tel que nous le connaissons aujourd’hui. Les noms d’Ada Lovelace, de Grace Hopper, d’Alice Recoque aux films Radioactive ou les Femmes de l’ombre …  ces noms entrent dans la grande histoire des technologies et la mémoire collective. Il faut continuer de les faire connaître, au travers d’expositions aussi, comme nous avons pu l’observer dans le milieu éducatif, dans les entreprises et des écoles informatique.

 

Ne parlons pas d’autocensure s’il vous plaît, mais de censure sociale

Or, faire disparaître les femmes de l’histoire des technologies, c’est créer l’absence de représentations, pourtant nécessaires pour se projeter dans ces métiers. Ajoutez à cela la figure omniprésente du geek, et vous expliquez une grande partie du problème. Alors, certes les femmes ont tendance à s’autocensurer, mais le problème vient davantage des représentations qu’elles se font et qui sont véhiculées par la société. Cessons de rabâcher le manque de confiance, et comme le suggère la chercheuse Isabelle Collet, parlons plutôt de censure sociale. Parce que lorsqu’on dit aux femmes qu’elles s’autocensurent, elles se sentent responsables, culpabilisent et se mettent la pression : « lorsqu’on observe le parcours des femmes, de l’enfance à l’emploi : les jouets sexués, le manque de rôle modèle, le harcèlement, en particulier à l’adolescence, l’insertion professionnelle plus difficile que les hommes, le plafond de verre, etc. À un moment, il faut bien admettre l’évidence : oui, il s’agit d’une censure sociale. », nous expliquait-elle dans ce podcast. Soyons également plus vigilant·es aux mécanismes qui se jouent de façon inconsciente, notamment en luttant contre l’effet Golem dont nous parlait Sophie Viger : à force de faire comprendre à une femme qu’elle n’est pas légitime dans un domaine, elle le devient.

 

L’échange et le partage intergénérationnel

Les rôles modèles nécessaires pour déconstruire les clichés sont de plus en plus nombreux, c’est une bonne nouvelle. Mais encore faut-il les faire connaître, dans les lieux où l’orientation se joue : les collèges et lycées. Or justement on s’aperçoit que lorsque l’on fait le lien entre les différentes générations, que l’on vient directement dans les écoles à la rencontre des collégiens et lycéens pour faire découvrir les opportunités du numérique, les résultats sont tout de suite très probants. C’est ce que propose par exemple l’association Becomtech qui convie des femmes à raconter dans les collèges et lycées leur expérience. L’intergénérationnel est clef, comme nous le racontaient Sandrine et Noémie Delage dans cet article.

 

De même dans les écoles

Les lignes bougent aussi dans les écoles de l’enseignement supérieur. Certaines  soutiennent les quotas comme méthode transitoire, d’autres mènent diverses actions au cours de l’année pour attirer les filles jeunes comme à l’école 42 avec l’événement La Tech pour toutes, soutenus par le Do Tank Digital Ladies & Allies. L’école Simplon et l’organisme de formation Descodeuses créent des programmes où ne sont admises que les femmes, pour leur permettre de se sentir en confiance. Quant à l’école Ada Tech School, elle promeut une vision féministe et inclusive de la tech, pour attirer plus les femmes. Et ça marche !

 

L’entreprise s’active pour renforcer l’employabilité des femmes

Du recrutement à la progression de carrière, certaines entreprises s’engagent à recruter et surtout à fidéliser, parce qu’il ne s’agit pas seulement d’y entrer, encore faut-il y rester. En cause, un milieu qui n’est pas toujours accueillant et bienveillant. D’autres font en sorte de respecter l’index Pénicaud pour agir grâce à des mesures précises. Les Digital Ladies & Allies et Simplon mobilisent des dizaines, et bientôt des centaines entreprises pour qu’elles recrutent plus de femmes dans le secteur. Elles sont aussi de plus en plus nombreuses à axer leurs actions autour de la formation, à développer des actions conjointes avec leur politique diversité et égalité, avec le soutien de la RSE, à faire connaitre aussi la diversité de leurs métiers, qui souffrent eux aussi des clichés.

Et nous, en tant que média, comment agir ?

Les médias jouent un rôle déterminant en termes de représentations sociales. Ce sont eux qui véhiculent une certaine image de la société. Si cette image n’est composée que d’hommes, les femmes ne s’identifient pas. Or, les médias ont pendant des années véhiculé cette image du geek, jeune homme blanc, génie à lunette ou startuppeur en basket, une image dictée par la société tout entière. Mais aujourd’hui pour faire bouger ses stéréotypes, ils ont, nous avons les moyens d’agir.

C’est ce que nous avons décidé de faire avec notre premier numéro, mais pas seulement. Notre démarche militante et engagée s’inscrit sur le long terme et dans chaque numéro, afin que le numérique et les technologies soient perçus comme des enjeux universels qui nous concernent toutes et tous.

Nos magazines commencent ainsi toujours par le grand entretien d’une femme dont le parcours est inspirant. Nous veillons à avoir une diversité de profils, pour contribuer à créer des rôles model, inspirants pour toutes et tous. Nous militons pour l’écriture inclusive qui permet de représenter tout le monde. Dans chaque numéro, le sujet des femmes fait partie de notre réflexion. Nous avons également exploré le manque de diversité dans la tech dans notre N°4 et inauguré une rubrique dédiée « Women in Tech » pour guider celles et ceux qui souhaitent mieux connaître les écosystèmes et les initiatives qui agissent. Enfin, nous accordons une attention particulière à la parité : vous trouverez ainsi autant de portraits d’hommes que de femmes, issu·es d’origines diverses. Nous en sommes convaincues, les médias ont un rôle essentiel à jouer pour représenter notre société telle qu’elle est.

 

Alors certes 10%, c’est encore trop peu. Mais à la rédaction de Chut! nous ne pouvons pas nous empêcher de penser que ce chiffre va bien finir par progresser. Tous nos efforts ne sont pas vains. Alors, gardons le cap, et surtout ne lâchons rien. Le combat pour la mixité et la diversité a lieu toute l’année.

Sophie Comte et Aurore Bisicchia
Sophie Comte et Aurore Bisicchia
Cofondatrices du magazine Chut!