Vous organisez l’événement « La tech pour toutes », c’est une première ? Pourquoi cet événement ?

Effectivement, c’est une première et nous sommes ravis que ce projet conjoint avec Digital Ladies & Allies, avec le soutien d’Engie, voit le jour. Si nous voulons changer la donne et construire un écosystème mixte et inclusif qui nous permette de faire face aux défis de demain, il est essentiel d’acculturer les femmes au numérique et leur montrer que le monde de la tech est aussi le leur.

Il n’y a que 17 % de femmes dans les métiers du numérique contre 30 % il y a 30 ans. Se priver des femmes, c’est se priver de 50 % de talents potentiels et d’un moteur de croissance crucial alors que la tech européenne manque de 700 000 profils. Au-delà de l’arithmétique, sur le fond, le numérique refaçonne l’économie et l’ensemble de la société, les femmes doivent être, au même titre que les hommes, parties prenantes dans l’élaboration des nouveaux usages, biens et services qui définiront le monde de demain. Nous refusons d’envisager une société où elles seraient de simples spectatrices. Il est par exemple impensable que les programmes d’intelligence artificielle ou algorithmiques soient uniquement pensés par des hommes : biaisés, ils ne seraient pas représentatifs de l’ensemble de la population.

Il est essentiel de rappeler qu’il ne s’agit pas que d’une problématique qui ne regarderait et ne concernerait que les femmes : c’est l’affaire de tous. La tech, et au-delà la société dans son ensemble, a tout à gagner à une plus grande diversité. Nous avons la conviction que l’action et les solutions doivent être portées par tous. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que nous avons voulu que La tech pour toutes soit un événement gratuit, ouvert à tous, sans distinction de genre ou d’âge !

Pouvez-vous m’en dire plus sur le programme ? Combien de personnes attendez-vous ?

Pendant les trois jours de l’événement nous allons proposer, autour de plus de 60 intervenants, une dizaine de tables rondes, 14 conférences et 50 ateliers sur des sujets aussi variés que c’est quoi la tech, l’intelligence artificielle ou l’informatique quantique, la découverte des métiers du futur, les opportunités professionnelles offertes par le numérique, etc.

Pour les enfants, il y a des ateliers vraiment super comme celui autour de l’initiation au code, dès 3 ans sans écran ou un hackathon ouvert aux jeunes filles de 12 à 20 ans au cours duquel on leur proposera d’imaginer des solutions ludiques et innovantes pour développer la confiance en elles et favoriser l’égalité femmes/hommes !

Nous attendons plus de 1 000 participants.

Les jeunes filles et jeunes femmes ne viennent pas spontanément dans les formations tech : de votre expérience, quel est l’argument qui leur donne envie de s’intéresser à ces métiers ?

C’est assez difficile à dire en fait. Au fond, ce ne sont pas tant les arguments et « le dire » qui comptent pour venir à bout des stéréotypes que l’action, faire, montrer, prouver. C’est lorsqu’on arrive à montrer concrètement aux femmes, loin des clichés, ce qu’est vraiment la tech, à leur démontrer que la division sexuée des savoirs n’existe pas, quand elles réalisent une fois devant un ordinateur qu’elles y arrivent, que tout à coup tout change.

Mais si je devais quand même tenter d’apporter une réponse je dirais qu’un des meilleurs arguments ça reste les role model. « You can’t be what you can’t see » : il faut donner une plus grande visibilité aux femmes qui font la tech, celles qui entreprennent aujourd’hui et qui changent le monde, mais dire aussi aux jeunes filles que l’histoire de l’informatique a été largement marquée par les femmes ! Ada Lovelace, Hedy Lamarr, Grace Hopper ou plus proches de nous Aurélie Jean, Aroua Biri ou Sajida Zouarhi. Des exemples inspirants il y en a tellement !

Quels sont vos objectifs chez 42 en termes de parité ? Quels sont les chiffres actuels ?

À l’échelle de 42, nous avons défini un véritable plan d’action avec 35 mesures très concrètes pour sensibiliser les collégiennes, les lycéennes, les étudiantes, les femmes en recherche d’emploi ou en reconversion professionnelle, afin de les inciter à élargir leurs horizons. Nous nous attachons à favoriser les conditions de leur réussite en veillant à développer un environnement de travail sécurisé et confortable au sein duquel elles se sentent respectées et soutenues aussi bien par l’équipe pédagogique que par leurs pairs. Légitime, leur présence est normale et naturelle pour nous tous.

En 2018, nous avons définitivement éliminé la limite d’âge de 30 ans pour intégrer la formation, et ces initiatives commencent à porter leurs fruits : les femmes sont plus nombreuses à participer et à réussir la piscine.

Entre 2013 à 2018, nous sommes ainsi passés de 7 % de femmes à 14 % puis de 14 % à 21 % en une année seulement de 2018 à 2019. Nous espérons atteindre 30 % d’étudiantes cette année.

Allez-vous reproduire ce type d’événements régulièrement ?

Évidemment ! L’organisation de ce type d’événements est vraiment essentielle, alors pourquoi s’arrêter en si bon chemin ?

Sophie Comte
Sophie Comte
Conteuse numérique
Je suis convaincue que le numérique s'adresse à tous, et je vous le raconte ici. Egalement cofondatrice et rédactrice en chef de Chut.