Soft Kids développe les savoir-être des enfants. Quels savoir-être exactement et pourquoi ?

Solenne Bocquillon-Le Goaziou. Nous avons identifié une quinzaine de compétences douces, comme l’inclusion, la créativité, la politesse, ou encore la gestion du temps et du stress. Pour le lancement de l’application, nous avons choisi la confiance en soi, pour une raison toute simple. J’ai réalisé une étude de marché il y a quelques mois, dans laquelle j’ai interrogé une centaine de familles sur les sujets qui les préoccupent le plus dans l’éducation de leurs enfants. La confiance en soi est le sujet qui est le plus souvent revenu, et je pense que ce n’est pas un hasard. Les parents ont avant tout envie d’avoir des enfants qui se sentent bien dans leurs baskets. Alors oui, la confiance en soi est essentielle. Je suis même convaincue qu’elle est l’une des bases des softs skills, c’est elle qui va permettre de développer toutes les autres.

Ensuite nous lancerons le programme savoir-vivre et politesse. Et très certainement aussi un autre qui me tient à cœur : l’inclusion. Sûrement parce que c’est l’une de mes spécialités au sens large, aussi bien du point de vue culturel, que du point de vue des genres et de la lutte contre les stéréotypes. Avec ce programme, nous parlerons de harcèlement scolaire, de pression du groupe et de besoin d’appartenance.

Expliquez-nous, comment marche l’application ?

Soft Kids est une application ludique dans laquelle l’enfant va avoir un certain nombre de défis à réaliser qui lui permettent de mieux se connaître. Nous conseillons vivement d’accompagner l’enfant, même s’il peut être autonome. C’est un vrai moment d’échange, c’est instructif et constructif pour tout le monde. Pour chaque programme, nous avons développé dix modules. Dans le programme « confiance en soi » par exemple, nous avons un module « j’apprends tout au long de la vie ». Ici, ce que l’on souhaite, c’est permettre aux enfants de réaliser qu’ils ont appris énormément de choses depuis leur naissance, des premiers pas, des premiers mots à l’apprentissage du vélo, de la nage… On suggère ainsi aux parents de se replonger ensemble dans les souvenirs en partageant des vidéos et des photos de ces moments forts. En faisant cette activité avec leurs enfants, les parents sont parfois surpris de découvrir que tel apprentissage qu’ils pensaient acquis ne l’ait pas, et inversement ! On en apprend beaucoup sur nos enfants.

Soft Kids se présente comme une application qui développe les soft skills chez les enfants. Peut-on ici parler de développement personnel ?

On peut dire cela, oui, parce que l’on touche à des sujets liés au comportement. Néanmoins, je préfère dire que c’est une application familiale. Il est délicat de parler de développement personnel, parce que les enfants sont en construction. C’est pourquoi j’aime utiliser le mot « cultiver ». C’est l’idée que l’on va semer la petite graine. Un enfant nous a récemment fait un retour sur l’application, il l’a comparé au livre Calme et attentif comme une grenouille « en mieux, parce qu’on se sent vraiment bien à la fin ! ». Il est vrai que dans ce domaine, il existe aujourd’hui des livres, mais c’est tout. J’ai préféré faire une application, parce que je voulais un outil accessible à tous, qui se présente comme une bibliothèque des savoirs-être au format numérique sous forme de jeu. Et pour tout vous dire, je souhaite voir l’application utilisée dans les écoles afin que même des enfants dont les parents ne seraient pas sensibilisé à ces sujets puissent développer ces savoir-être.

Alors, qu’en disent les parents ?

Nous avons beaucoup de retours sur les réseaux sociaux et déjà une très bonne note sur l’AppStore avec 4,8 sur 5. Les commentaires renforcent ce que nous pressentions, à savoir que les parents apprennent avec les enfants. Hier j’ai reçu un message sur Instagram qui disait : « j’ai failli passer à côté et ne pas le faire avec elle, on a pu parler d’elle, c’était un merveilleux cadeau de le faire avec elle ». C’est ce que nous voulions, et c’est pour cela qu’on insiste sur le fait que SoftKids est une application familiale.

Et les enfants ?

Les parents nous racontent leur réaction, ils sont vraiment enthousiastes. Certains nous envoient même des vidéos ! Tout l’enjeu de l’application est de la rendre attractive et ludique, pour qu’ils aient envie d’y retourner. C’est pourquoi nous avons injecté une bonne dose de gamification : il y a différents challenges à réaliser sous forme de mini jeux, et à chaque fois qu’un enfant passe un module, il collecte des gouttes d’eau qui lui permettent de faire grandir son arbre. Une fois qu’il a fini le programme, nous nous engageons à planter cet arbre ! L’arbre a une symbolique forte pour moi dans mon histoire familiale. C’est l’arbre généalogique qui relie tous les êtres d’une famille, et quand j’étais petite, nous vivions à proximité d’une forêt…

Vous avez lancé votre application en plein confinement… pas trop dur ?

Au contraire, c’était le bon timing, c’était un moment très opportun, parce que les parents cherchaient à savoir comment ils allaient gérer leurs enfants au quotidien. Dès les annonces de confinement, tout le monde se posait des questions sur le télétravail et les enfants. J’ai donc tout de suite pensé à partager mon expérience sur ce sujet. Alors même que j’avais sorti le site depuis 3 semaines, j’ai observé 2000 visites sur le site. Je n’aurais jamais pas pu en espérer autant avec un démarrage normal.

Je suis par ailleurs quelqu’un de très organisé. J’ai donc pensé à mettre en ligne des plannings, et cela m’a tout de suite apporté de la visibilité. En revanche d’un point de vue personnel, c’était un vrai challenge, parce que je devais gérer trois enfants tout en continuant à travailler, mais ce moment a été tout à fait propice pour nous et nous a permis d’accélérer les choses. Nous avons même lancé la version anglaise et observons déjà des téléchargements dans d’autres pays.

Et à présent, une campagne de crowdfunding …

Oui, c’est encore un autre challenge, avec cette campagne sur Ulule. Nous avons lancé la campagne de financement participatif il y a deux semaines, avec pour objectif de récolter 13 000€ et c’est un vrai marathon pour collecter les fonds. Avec cette somme, nous souhaitons développer de nouveaux programmes.  Pour le contenu, nous sommes en train de contractualiser des collaborations avec d’autres startups expertes de certains soft skills et je peux déjà vous annoncer que le programme « développer sa pensée critique » sera une collaboration avec La carabane qui organise des ateliers philosophie en ligne et en présentiel pour les enfants.

Que pensez-vous des outils numériques et quels sont vos conseils pour un bon usage des écrans pour les enfants ?

Le temps numérique peut être un excellent levier d’apprentissage, j’en suis convaincue et pour tout dire, je suis fatiguée des discours culpabilisants sur les écrans qui prennent les parents pour des personnes irresponsables. Les outils numériques, c’est exactement comme l’alimentation. On essaie de faire attention à ce que l’on mange. Alors, faisons la même chose avec les écrans. Il s’agit simplement de bien sélectionner les contenus, avec bien évidemment un temps d’écran adapté à l’âge de l’enfant. Dans mes plannings, j’ai proposé beaucoup d’activités avec écrans. Les parents m’ont remerciée de les avoir réconciliés avec les écrans !

Alors je préfère dire, au lieu de nous focaliser sur l’écran, focalisons sur les contenus ! Faisons plutôt campagne sur « comment bien utiliser ces outils ». Il faut sensibiliser les parents à une utilisation responsable. Il me parait essentiel d’éduquer nos enfants à l’utilisation d’internet et aux réseaux sociaux par exemple, afin qu’ils sachent d’où viennent les sources d’une information et ne soient pas instrumentalisés par les fake news. C’est un enjeu bien plus important il me semble que le temps d’écran, pour aider nos enfants à mieux appréhender le monde de demain.

Sophie Comte
Sophie Comte
Conteuse numérique
Je suis convaincue que le numérique s'adresse à tous, et je vous le raconte ici. Egalement cofondatrice et rédactrice en chef de Chut.