I Wheel Share, c’est d’abord l’histoire de liens fraternels. En 2012, Lucas Sovignet devient paraplégique suite à un accident de voiture. Trois ans plus tard, après avoir constaté les difficultés quotidiennes d’accessibilités, ils fondent avec sa sœur Audrey Sovignet I Wheel Share. I Wheel Share, c’est le gentleman hacker du quotidien qui trouve les bons plans pour faciliter la vie aux personnes, quel que soit leur handicap.

Alfred n’a qu’à bien se tenir !

Attention Batman, Alfred a de la concurrence chez les majordomes. Wilson permet de trouver tout ce qui a trait aux choses pratiques de tous les jours : cela passe par trouver des toilettes publiques accessibles à un centre de santé par spécialité, en passant par les restaurants accessibles, un point non négligeable de la vie sociale qui se révèle souvent être un vrai parcours du combattant.

Si Batman n’a pas de soucis d’argent, nous ne sommes pas tous logés à la même enseigne. Et Wilson se fait aussi assistant pour aider à trouver un travail. Que ce soit pour trouver des offres ou être accompagné.e pour sa candidature et son CV.

Et comme c’est un majordome dévoué, il a bien sûr pensé à la question des loisirs. Relié au site Handisport, il sait trouver les sports préférés, même ceux qui semblaient à première vue plus difficiles d’accès, du hockey à la plongée subaquatique. Cependant, on a cherché et on n’a pas trouvé la voltige avec accessoires de chauve-souris.

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Mais Wilson a plus d’un tour dans son sac. En véritable couteau suisse, il peut trouver l’agenda des événements culturels proches de chez soi par ville ou géolocalisation.

Il peut dire quels sont les cinémas accessibles avec fauteuils, équipés d’audiodescription, qui proposent des films sous-titrés. Cependant, Wilson n’est pas omnipotent, il ne peut pas garantir une séance cinéma tranquille sans Joker ou pire quelqu’un qui répond à son téléphone en plein film.

On sait Alfred serviable, mais Wilson accompagne aussi pour trouver un lieu de vacances. Entre trekking dans un atlas escarpé, compagnie aérienne non adaptée, et besoins particuliers, les vacances peuvent sembler hors d’atteinte. Que nenni, Wilson réalise l’impossible et se coupe en quatre. Ou plutôt coupe le monde en quatre pour ses utilisateurs : Océanie, Asie, Amérique, Europe, etc. Il n’y a plus qu’à faire son choix !

Wilson, un majordome qui a de la conversation !

Mais entrons dans le vif du sujet, car Wilson n’est pas seulement pratique, il est distrayant et cultivé ; ayons bon espoir qu’il déteindra sur nous. Wilson, contrairement à son homonyme attachant dans Seul au Monde, n’a pas la langue dans sa poche. Il a une section « Actu et Info » dont il met les news en avant de façon régulière en envoyant un message régulier sur Messenger un peu comme une Newsletter.

Wilson, il faut dire, nous donne une bonne leçon d’UX. Si dans mon cœur, le chatbot de Netflix au moment de la promotion des Orphelins Baudelaire garde une place toute particulière, il faut avouer que Wilson se défend. Netflix organisait la conversation avec des choix multiples de réponses et des gifs bien sentis, sans compter un jeu de piste interactif.

I wheel share

Wilson garde les choix multiples, praticité oblige. Ce qui fait pencher ma balance interne d’amoureuse de l’UX, c’est qu’il réussit à être informatif tout en étant fun. Et en tant que personne « valide » et donc « non-cible », j’apprécie la quasi-totalité des news qu’il me fournit. L’interaction y est pour beaucoup, mais Wilson sait aussi soigner son contenu, et niveau Culture Pop et fun facts, il en impose.

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Il faut dire que le bougre a mis le paquet à notre rencontre, il commence avec une blague de Coluche histoire de détendre l’atmosphère. Il enchaîne en parlant de l’actrice Jameela Jamil. Féministe engagée, défenseuse de tous les types de corps, et personnage génialement imparfait dans la série The Good Place (Si vous ne connaissez pas, courrez-y d’ailleurs !), elle a récemment refusé le rôle d’un personnage sourd et fait barrage à la tendance du « cripping up » au cinéma.

Wilson poursuit tel un majordome anglais de la vieille école un après-midi à l’heure du thé. Il m’explique la référence au claquement de doigts de Thanos, on parle superpouvoirs farfelus. Très moderne de sa part ! Puis on parle de Games Of Throne, de la façon dont la série donne une image enfin moderne de personnages avec des handicaps, de la sexualité et du handicap. Bref si Wilson n’était pas un bot, je lui parlerais des heures.

Mais ce que j’apprécie le plus, c’est que, l’air de rien, Wilson me sort de mes schémas de pensée de personne « valide » et m’informe sur les actualités concernant le thème du handicap. Est-ce que Wilson ne me rendrait pas aussi plus ouverte d’esprit ? Deuxième point plutôt cool sur le plan humain, je suis au courant des bons plans d’accessibilité si je veux les partager avec quelqu’un. Est-ce qu’on n’aurait pas tou.te.s intérêt à avoir ce genre de bot dans notre quotidien ?

 

IWheelShare c’est le coup de pouce dont les personnes avec un handicap ont besoin dans une société qui a davantage tendance à rajouter des obstacles au lieu de les aplanir. IWheelShare, c’est à la fois une bonne claque pour les personnes valides et une source d’informations à partager. Mais c’est aussi un pont entre les deux. Bref, Wilson, plus qu’à des individus semblent rendre service à notre société. Espérons que ce ne soit que le commencement !

Gwendoline WEBER
Gwendoline WEBER
Ménestrelle numérique
Oscillant entre galéjades giffesques, modération bienveillante, veille im-pertinente, haikus récréatifs et designs amuse-oeil. VENI VIDI SHARED