Cryptokitties, le moins qu’on puisse dire, c’est que le nom intrigue. Issu de la contraction de « crypto » et de « kitties », chatons en français, le terme désigne un token, ou jeton en français, utilisé dans la blockchain de la marque Ethereum.

Il s’agit d’un jeu de chats à collectionner créé en 2017 par Dapper Labs. Les chats en question ou cryptokitties sont ici des objets numériques à collectionner basés sur la technologie de la blockchain. Contrairement à leur cousine la cryptomonnaie, ce sont des « non fungible token », (NFT) ou Token Non Fongibles. Les NFT ont la particularité d’être non divisibles. Il faut les acheter dans leur intégralité, contrairement, par exemple, à un Bitcoin qui peut être acheté en partie. À noter aussi qu’ils ne peuvent être échangés, ils doivent être achetés. Cela permet de vérifier le caractère unique d’un token, son authenticité ou son propriétaire. De par leur nature de NFT, les cryptokitties sont donc non falsifiables, car leur traçabilité est assurée.

Mais les cryptokitties ne sont pas seulement des cartes Pokémon à collectionner ou un simple Tamagotchi dont on doit prendre soin. Ce sont donc des chats avec des caractéristiques génétiques uniques que vous pouvez vendre, acheter ou faire se reproduire pour obtenir de nouvelles races avec des caractéristiques génétiques toujours plus uniques. Mais alors faire de l’élevage de chats dans le monde de la blockchain, à priori ça n’a rien d’aussi excitant qu’un saut à l’élastique ? Est-ce le meilleur des deux mondes, comme lorsque les croissants ont rencontré les doughnuts lors de la création des cronuts ?

Mais pourquoi sont-ils aussi mignons ?

Tout commence avec d’adorables et parfois un peu loufoques chats. Vous vous êtes sans doute déjà dit que vous quitteriez bien ce monde de fous pour partir élever des lamas en Amérique du Sud ou des moutons en Écosse. Mais vous ne vous êtes sans doute jamais dit que vous alliez partir élever des chatons numériques dans le « blockchain universe ». L’objectif du jeu Cryptokitties est simple à priori, mais il n’est pas dépourvu d’attraits.

Tout d’abord, il y a des enjeux similaires à l’élevage. Il faut trouver les cryptochats compatibles avec les vôtres. Et il est ainsi possible de créer une race rare de cryptochat en opérant les bons croisements. Il faut aussi respecter une période de « cooldown » pendant laquelle votre chat ne peut pas s’accoupler. Tout un tas de facteurs à prendre en compte pour créer des chats toujours plus mignons.

Ensuite, il est possible d’accessoiriser vos chats, il y a donc une panoplie d’items qu’il est possible de leur acheter : lunettes de dandy, chapeau élégant, ou classique pelote de laine. Mais ces félins numériques sont aussi variés qu’amusant, du chat palmé, au chat aquatique, en passant par le chat fée. L’imagination est la seule limite. On peut dire que le jeu monte d’un cran en comparaison aux cartes Pokémon au niveau de l’engagement de l’utilisateur. C’est comme si en plus de jouer, collectionner et échanger, vous pouviez créer vos propres Pokémon et qu’ils étaient reconnus officiellement par la licence. Un genre de fanart adoubé et protégé. L’utilisateur fait partie intégrante du jeu et le pérennise.

Lire aussi : La Blockchain, une chaine qui libère

La création récente du Dapper Labs de sa propre blockchain nommé Flow a conduit au lancement des cryptokitties sur cette nouvelle plateforme. Si elles continuent pour l’instant de coexister sur les deux blockchains, Flow promet déjà de nouvelles fonctionnalités telles que des animations des kitties ou des capacités en 3D. De quoi donner encore plus de vie à ces adorables compagnons.

Le jeu table aussi beaucoup sur notre propension à la collectionnite aiguë. Leur nature de NFT assure leur rareté et n’est pas sans rappeler les jeux de cours de récré de notre enfance où cartes Pokemon ou de baseball, ou encore billes, s’échangeaient à hauteur de l’exception de l’objet. Mais la licence a su se diversifier et multiplie les possibilités. On peut maintenant emmener son chat parcourir le web avec nous. Il nous accompagne ainsi pendant une partie de golf avec Arena Golf ou nous aide à mener l’enquête dans CryptoDetective.

L’art numérique est mort, longue vie au blockchain art

Les cryptokitties de par leur nature de NFT et leur potentiel créatif ont ouvert une nouvelle dimension à la notion d’art sur Internet. En effet, ce qui fait en partie l’art, c’est sa rareté, par opposition à une production industrielle en série. Et alors que le web fourmille de musiques et de films piratés, la blockchain permet de protéger le token. Il possède un caractère unique encrypté, une authenticité et une paternité certifiée. L’art numérique peut donc espérer une économie viable.

C’est un cercle vertueux, car qui dit économie viable, dit artistes rémunéré.e.s. Qui plus est, le caractère particulier du NFT rend possible la rémunération de l’artiste à chaque changement de propriétaire, donc nouvelle utilisation de son œuvre.

Lire aussi : Le jeu vidéo entre en mode Netflix

La garantie de savoir l’origine est aussi un moyen d’assurer aux acheteurs et collectionneurs l’authenticité de leur œuvre et donc d’acheter en toute confiance. La traçabilité permettant ainsi de prévenir tout faussaire. Mais avec la personnalisation des cryptokitties, il est aussi possible pour les collectionneurs de posséder une œuvre d’art faite sur mesure, rien que pour soi, car personnalisée. Une valeur ajoutée sur le caractère rare qui n’est pas sans charmer un collectionneur aguerri.

Et là où les cryptokitties apportent une expérience augmentée de l’art, c’est dans leur interopérabilité. Comme mentionné plus haut, les cryptokitties peuvent vous suivre dans d’autres aventures. Tout est possible ! Ils pourraient être votre compagnon dans Animal Crossing, votre mascotte sur une application, votre familier dans un jeu vidéo avec des capacités spécifiques vous permettant de combattre des ennemis. Le potentiel d’expérience artistique casse les murs d’un seul support qui serait fermé.

La promesse de lendemains cryptiques

Les cryptokitties, c’est un peu le porte-étendard de la blockchain. Le cousin caché de la cryptomonnaie qui gagne à être connu. De par son caractère ludique, fun, léger et créatif, le jeu semble redonner un peu de coolitude à une image souvent austère, voire élitiste, que possède la blockchain. Il lui donne un côté à la fois accessible et populaire. Sa viralité s’est d’ailleurs manifestée lors de la vente caritative d’un cryptokittie pour la modique somme de 140 000 $ lors de l’évènement du Codex Art Auction Ethereal Summit en 2018.

Les cryptokitties semblent avoir ouvert la voie aux NFT dans les jeux vidéo. En effet, de nombreux jeux proposent des accessoires dans leur expérience de jeu. Cependant, il n’était pas rare, une fois le jeu terminé ou abandonné, de « perdre » ainsi son acquisition, puisqu’elle n’était plus utilisable. Certains en font d’ailleurs un marché à part entière, comme le prouve Worldwide Asset eXchange (WAX), une plateforme d’échanges de biens numériques issus de jeux vidéo. Avec les NFT, il est par exemple envisageable d’acquérir une armure, une denrée alimentaire ou une arme d’un jeu vidéo à un autre. D’ailleurs, l’apparition sur un tel marché des NFT a permis d’augmenter la satisfaction des joueurs lors de l’expérience de jeu.

Dans un même élan, et avec des créatures à collectionner, non sans rappeler les cryptokitties, Ubisoft a lancé l’utilisation de NFT pour des jetons de Lapins crétins inédits à collectionner. Il y aura notamment des exclusivités lors d’évènements comme Halloween à ne pas rater. Et l’argent lors des achats de jetons sera versé aux fonds de cryptomonnaie de l’UNICEF.

 

C’est un jeu ? C’est de l’art ? C’est une économie ? Non, ce sont les cryptokitties. La simplicité du jeu n’a d’égale que la complexité de son impact. Non contents d’être potentiellement le moyen de se mettre dans le bain de la blockchain sans passer directement au bassin olympique, les cryptokitties laissent présager une nouvelle économie ludique avec les NFTs. Alors que la cryptogaming fait aussi son bonhomme de chemin, la blockchain va-t-elle finalement percer et conquérir le grand public ?

Gwendoline WEBER
Gwendoline WEBER
Ménestrelle numérique
Oscillant entre galéjades giffesques, modération bienveillante, veille im-pertinente, haikus récréatifs et designs amuse-oeil. VENI VIDI SHARED