Jusqu’ici, Twitter modérait assez peu les tweets de Donald Trump. Mais ce traitement de faveur a cessé depuis la fermeture de son compte suite à l’assaut du Capitol. S’il venait à rouvrir le compte de l’ancien président, le réseau social, qui revendique ouvertement une politique de modération moins stricte pour les dirigeants politiques que pour les magnats de l’immobilier, pourrait sévir à nouveau. En perdant son statut, Donald Trump sera donc soumis à une surveillance plus stricte de ses propos.

Peut-être suivra-t-il alors les pas de Laura Elizabeth Loomer ? En 2018, cette figure de l’alt-right américaine a carrément été bannie de Twitter. Face à cette future modération voire à un ban éventuel, le miliardaire américain pourrait être tenté d’aller voir ailleurs. S’il choisit de faire des infidélités à Twitter, il y a fort à parier qu’il suive les pas de Laura Elizabeth Loomer et qu’il se rabatte sur le réseau social préféré des conservateurs américains : Parler. Si pour le moment le site est indisponible après que Amazon Web Service – une des principales sociétés d’hébergement de sites et d’applications dans le monde – ait coupé ses serveurs, la plateforme pourrait bien faire son retour prochainement. Plus d’une semaine après la disparition de Parler, sa page d’accueil affiche déjà un message ironique de son créateur : « Salut tout le monde, est-ce que cela fonctionne ? »

Une copie relativement conforme à l’origine

Derrière ce verbe français se cache un réseau social très américain. Fondé par John Matze et Jared Thomson en 2018, Parler a connu un succès et une médiatisation croissante ces derniers mois. Il faut dire qu’en pleine campagne présidentielle américaine, les conservateurs ont décidé de passer outre le durcissement politique de modération de Twitter en migrant sur cette nouvelle plateforme. Début décembre, la firme à l’oiseau bleu a par exemple élargi sa définition des messages de haine et interdit les publications déshumanisant « les gens selon des critères de race, d’ethnicité ou d’origine nationale ».

Cette modération plus stricte a fait les beaux jours de Parler. En novembre, ce dernier comptait déjà 10 millions d’utilisateurs selon le Washington Post. Loin des 330 millions de Twitter, mais un petit exploit tout de même puisque Parler avait moins d’un million d’utilisateurs au début de l’année 2020.

Sur la plateforme du camp conservateur, on ne tweete pas, on « parle ». Mais les différences avec son cousin Twitter restent marginales. Là où ce dernier limite ses utilisateurs à 260 caractères par message, Parler en autorise 1000. Dernière différence notable de l’interface, les publications ne sont pas publiques. Pour les consulter, il faut donc s’enregistrer. Exceptées ces nuances sémantiques et de publicité, Parler ressemble très fortement à Twitter dans sa forme. Mais pas dans son fond.

Racisme et antisémitisme

À y regarder de plus près, les discours véhiculés par la copie diffèrent de celui de l’original. De nombreuses personnalités françaises classées à l’extrême-droite ont récemment créé un profil sur le réseau américain pour pouvoir échapper à la modération croissante. Et si Parler rouvre ses portes, il pourrait être de plus en plus nombreux à l’utiliser. Marion Maréchal-Le Pen en assurait même le service après-vente : « Pour contourner la censure de Twitter, beaucoup d’utilisateurs s’inscrivent sur le réseau social http://parler.com. Vous pouvez m’y retrouver ainsi que l’@ISSEP_Lyon ! » Dans le sillon de la petite-fille de Jean-Marie Le Pen, Jean Messiah, ancien cadre du Rassemblement National, Gilbert Collard député européen du RN ou Damien Rieu, de Génération Identitaire, ont également un compte sur Parler.

#jambonbeurre, #WhiteLivesMatter, #racismeantiblancs… Un bref coup d’œil aux hashtags suffit pour se rendre compte que l’extrême-droite française a investi les lieux et qu’elle commence à délaisser Twitter : « Ici, le piaf dégénéré ne viendra pas pourrir la vie des équipes #TeamPatriotes et #JambonBeurre », balance l’un d’entre eux, tandis qu’un autre fait la promotion d’un prétendu complot juif en citant un pamphlet antisémite de Louis-Ferdinand Céline.

Faute de modération, il n’est pas difficile de trouver des propos antisémites et racistes sur le réseau social. Et Parler, qui s’est construit sur une politique de modération a minima, ne devrait pas changer grand-chose quand son site sera à nouveau en ligne. John Matze, son cofondateur, avait argumenté dans ce sens : « Nous refusons d’exclure des personnes sur quelque chose de si arbitraire qui ne peut être défini ».

Très large, la liberté de ton vantée çà et là sur Parler n’est cependant pas totale. John Matze a tout de même jugé bon de définir cinq règles en juin dernier. L’obscénité, les spams insultants et les menaces de mort ne sont pas les bienvenues sur sa plateforme. Plus surprenant, s’il n’y a aucune règle interdisant le racisme, John Matze en a dédié une à nos excréments : « Lorsque vous n’êtes pas d’accord avec quelqu’un, publier des photos de vos matières fécales dans la section des commentaires NE SERA PAS TOLÉRÉ ». Chez Parler, on a un sens particulier des priorités.

Vincent Bresson
Vincent Bresson
Journaliste
Boomer en devenir, Vincent est un journaliste indépendant traînant sa plume auprès de différentes rédactions. Passionné par les communautés marginales et les mèmes bien sentis, il aime particulièrement écrire sur les usages des nouvelles technologies.