« Aujourd’hui, maman est morte. » Ce sont des mots tragiques, parmi les plus connus de la littérature française. Ils forment l’incipit – le tout début – du livre d’Albert Camus, L’Étranger, et, en deux secondes horribles, ils happent l’attention.

Ces mots, si connus (et en même temps si peu connus), je les ai écrits à la mort de ma mère, il y a quelques semaines. Pas dans un livre, pas dans un journal intime ni dans un carnet de notes tendance. Je les ai écrits sur Facebook. Dingue. On a beau dire, Facebook, dans ces moments-là, est bien pratique. Il sert d’outil de note mortuaire, d’avis de décès. Il suffit de taguer la personne défunte pour que tous ses contacts, « ami·es », voient le post dans les jours qui suivent. Ces proches auraient peut-être préféré de ma part quelques mots plus subtils pour découvrir le trépas de ma mère bien-aimée, mais voilà, ils ont eu ces quelques mots, ceux que personne ne voulait écrire, entendre, même lire… Je sais que le post a été vu ; ce genre d’émotion ne passe pas inaperçu aux yeux de l’algorithme, qui le pousse alors auprès de tous les contacts. D’autant que j’avais mis une photo d’elle, souriante, comme on aime se souvenir d’elle. Encore un bonus algorithmique. Pour autant, je n’ai pas voulu laisser à la plateforme états-unienne un pouvoir trop long sur la mauvaise nouvelle. Le temps de quelques jours, le temps de faire savoir, le temps de partager une peine immense, sans avoir besoin de la redire. Et ensuite, j’ai retiré le partage de la publication.

Avant sa mort, mon père m’avait préparé une liste Excel de personnes à prévenir. Il savait que face à la maladie, il avait de fortes chances de ne pas l’emporter. J’avais alors appelé, un à un, les noms de sa liste, leur indiquant son décès, à la suite d’un long combat. Pour ma mère, rien de tout cela. Le matin, elle semblait encore en pleine forme. Et puis elle est partie, comme ça, en quelques heures, me laissant orpheline. Pas de liste cette fois-ci, juste un compte sur les réseaux sociaux pour partager sa peine.

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