Kigali bouscule toutes les images préconçues que l’on peut avoir. Les routes sont impeccables et entretenues. La circulation est organisée et respectueuse. Les infrastructures modernes se succèdent. Je découvre, au fil de mes déambulations, des bâtiments administratifs fraîchement sortis de terre, des quartiers d’affaires en plein essor, des services numériques intégrés au quotidien. Kigali est une capitale connectée, tournée vers demain. Ici, la technologie n’est pas un luxe, mais un outil, pensé pour le quotidien et l’avenir.

La mémoire construit l'avenir

Lorsqu’on parle du Rwanda, il est impossible de ne pas penser au génocide des années 90. En 1994, en seulement cent jours, près d’un million de personnes ont été assassinées. À peine arrivé, je découvre un pays reconstruit. Et pourtant, rien n’a été effacé. Bien au contraire. Le Rwanda a choisi de sanctuariser son passé, de le transmettre et d’en faire un pilier de sa reconstruction.

Les mémoriaux, comme celui de Gisozi à Kigali, sont des lieux de mémoire, mais surtout des lieux d’éducation. On n’y vient pas seulement pour se souvenir ; on y vient pour comprendre. Le pays a fait le choix de regarder son histoire en face afin de bâtir une société fondée sur l’unité, la responsabilité et une vision à long terme. La visite du Mémorial du génocide rwandais reste l’un des moments les plus marquants de mon séjour.

Face aux témoignages, aux visages, aux récits, il est impossible de rester indifférent. Cette expérience rappelle avec force l’importance de la mémoire et du dialogue dans tout ce que nous entreprenons. Ici, se souvenir n’est pas rester figé. C’est choisir consciemment de construire autrement, avec responsabilité. Cette vision se ressent au quotidien, dans l’ordre, la discipline et le respect qui émanent de la population.

La Tech au féminin, levier d'avenir !

À Kigali, la place des femmes dans la Tech saute aux yeux. En traversant les hubs d’innovation, les espaces de coworking, je découvre des développeuses, des cheffes de projet, des entrepreneures ou encore des directrices générales. Il est indéniable que si le pays ne se construit pas sans la Tech, la Tech, elle-même, ne se construit pas sans les femmes, mais avec et grâce à elles.

Nous retrouvons au Rwanda des initiatives telles que Women in Tech Rwanda ou encore Girls in ICT (Information and communication technologies, en français TCI, pour Technologies de l’information et de la communication)​​. Ces initiatives ont pour vocation d’encourager les jeunes filles à se former au numérique, au codage et à l’entrepreneuriat. Des programmes soutenus par l’État ouvrent l’accès aux compétences numériques dès le plus jeune âge. Ainsi, des hackathons, des bootcamps sont organisés pour créer des vocations, appuyés par du mentorat généralisé du collège à l’université.

Pour beaucoup de femmes, la technologie devient un véritable outil d’émancipation et d’indépendance économique. Cette dynamique n’est plus théorique mais une réalité à l’échelle du Pays. Le Rwanda est aujourd’hui l’un des pays où les femmes occupent le plus de postes de décision au monde. À la Chambre des députés, près de 64 % des sièges sont détenus par des femmes, là où la moyenne mondiale plafonne à 27 %. Les femmes rwandaises dirigent ainsi des institutions publiques, des coopératives agricoles, des organisations communautaires. Au Rwanda, ce sont bien les femmes qui façonnent le développement social et économique du pays.

Une jeunesse tournée vers l'avenir

Chaque matin, dans les rues de Kigali, j’ai pu assister au ballet millimétré des enfants se dirigeant vers l’école. Vêtus de leurs uniformes soigneusement repassés : chemises claires, chaussures cirées, cartables bien ajustés sur le dos, ils marchent sourire aux lèvres, d’un pas assuré vers leur avenir, vers l’avenir du pays. Ces silhouettes, qui me sont devenues familières en quelques jours, se fondent dans le paysage urbain. Elles racontent bien plus qu’un simple rituel scolaire ; elles témoignent d’un choix collectif, un pacte social, où l’éducation occupe une place centrale.

Depuis le début des années 2000, le Rwanda a fait de l’enseignement la colonne vertébrale de sa reconstruction et de son développement. L’école primaire a été rendue gratuite et obligatoire. L’anglais est devenu la langue d’enseignement, ce qui traduit une volonté assumée d’ouverture sur le monde.

À Kigali, cette ambition se matérialise dans des établissements d’enseignement supérieur reconnus, tels que l’African Leadership University (ALU) ou l’ancien Kigali Institute of Science and Technology, aujourd’hui intégré à l’Université du Rwanda. Ces institutions forment une jeunesse résolument tournée vers le leadership, la technologie et l’entrepreneuriat.

On dirait le sud…

Comment finir ce carnet de voyage sans évoquer cette étrange familiarité que je ressens, cette sensation presque intime, viscérale avec ce territoire pourtant inconnu. Kigali est construite sur des collines verdoyantes, des routes sinueuses. À des milliers de kilomètres de mon Ssud natal, à Carcassonne, je retrouve quelque chose de connu dans cette terre, dans cette lumière, dans ce vert profond qui semble respirer.

Le Rwanda, surnommé le pays des mille collines, illustre une relation intime entre l’homme et son environnement. La modernité de Kigali ne tranche jamais avec le relief : elle le respecte, elle s’y insère, elle fond dans ses courbes. Comme un symbole, le pays renaît de ses cendres avec vigueur et flamboyance, enracinant sa reconstruction sur cette terre millénaire, terreau fondateur de son renouveau.