Éducation au numérique : un enjeu central pour les collectivités

L’éducation au numérique, c’est l’affaire de chacun. Derrière cette nécessité, des enjeux d’égalité, d’inclusion et de démocratie. Les collectivités locales, sur le pont via la médiation numérique ou dans leur rôle d’équipement des établissements scolaires, en sont des actrices majeures. À leurs côtés, quel est le rôle de l’État et des opérateurs téléphoniques ? Éléments de réponse issus d’une table ronde lors du Salon des maires et des collectivités locales, en novembre 2025.
L’École fait figure de partenaire essentiel pour accompagner les enfants et leurs parents dans une pratique raisonnée du numérique. « La confiance est énorme dans l’accompagnement et l’acculturation au numérique qu’apporte l’école », pose Florence Biot, de la Direction du numérique pour l’éducation (DNE). « L’enjeu pour nous est d’abord de protéger les élèves, de veiller à leur santé mentale et de les protéger de la surexposition aux écrans », indique-t-elle.
La communauté éducative, au sein des établissements scolaires, développe une culture du « numérique raisonné ». Elle passe notamment par des compétences spécifiques, que les élèves sont amenés à développer. « L’école doit les accompagner dans le développement de ces compétences essentielles : l’éthique, la cybersécurité et l’intelligence artificielle », décrit Florence Biot. Mais aussi par l’attention portée à la déconnexion et à la formation des parents.
L’Éducation nationale construit des « territoires numériques éducatifs ». Cela concerne à l’heure actuelle douze territoires, qui rassemblent 137 collectivités, unis avec l’Éducation nationale et d’autres partenaires. Une expérimentation pour accélérer l’acculturation au numérique via le temps scolaire.
Maillon faible
Au-delà du public scolaire, les collectivités locales s’engagent dans cette acculturation, en direction de tous les citoyens. Principal outil, développé sur les territoires : la médiation numérique. Cette médiation numérique, pour Caroline Zorn, avocate, autrice et ancienne vice-présidente de l’EuroMétropole de Strasbourg, doit être encouragée. Premier argument : sur le plan de la cybersécurité, le facteur humain fait figure de maillon faible. Former tou·tes les citoyen·nes, c’est donc accroître d’un bond la sécurité numérique du territoire.
La médiation numérique représente aussi une voie de promotion des logiciels libres et des communs numériques, qui allègent l’emprise des Gafam sur les pratiques numériques. « C’est grâce à la médiation numérique qu’on peut leur faire se rendre compte que non seulement, ils et elles n’auront plus de licence à payer mais aussi qu’ils et elles pourront désormais compter sur une communauté qui améliore les produits », insiste Caroline Zorn. L’enjeu de la liberté, loin des logiciels propriétaires, n’est pas mince. « 1,5 milliard d’euros est dépensé, chaque année, pour les licences et les équipements, verrouillés par des systèmes propriétaires », rappelle l’avocate, qui regrette le manque de moyens mis sur la table par l’État. « Il faudrait 100 millions d’euros, le budget 2026 en compte 14 », pointe-t-elle.

De gauche à droite, Caroline Zorn, avocate, encore vice-présidente de l'EuroMétropole
de Strasbourg lors du salon des maires, Florence Biot, sous-directrice de la transformation numérique de la Direction du Numérique pour l'éducation (DNE), Julien Tétu, PDG de La Poste Mobile, Anthony Colombani, directeur de la communication de Bouygues Telecom.
Mission d’intérêt général
Pour les opérateurs aussi, l’éducation au numérique est une responsabilité. « Notre rôle ne se limite pas à connecter, il est aussi d’accompagner les usages. Et cette responsabilité ne peut pas reposer uniquement sur les familles. », confirme Julien Têtu, président de La Poste Mobile. Anthony Colombani, directeur de la communication de Bouygues Telecom partage la même conviction : « Le numérique façonne la manière dont on s’informe, dont on apprend, dont on vit ensemble. Et accompagner cette transformation, c’est bel et bien une mission d’intérêt général. »
Ce qui fait la spécificité de La Poste Mobile, c’est la proximité : nous bénéficions du maillage exceptionnel du réseau postal, avec 17 000 points de contact, dont 7 000 bureaux de poste ouverts au public. Cette présence nous permet, en tant qu’opérateur, d’accompagner concrètement les usages numériques : informer, guider, expliquer, rassurer », développe Julien Têtu.
Dans un esprit comparable de proximité, Bouygues Telecom anime de son côté le programme « Reconnectés », « qui favorise le dialogue au sein des familles », décrit Anthony Colombani. Concrètement, il prend la forme d’un jeu de société et de vidéos, disponibles sur des plateformes de partage de contenus vidéos, qui permettent d’aborder les sujets de préoccupation des familles : cyberharcèlement, vie privée, équilibre des temps d’écran.





