A l'écoute

Machine à fric

A toutes celles et ceux qui veulent se lancer dans le business juteux des fake news, passez votre chemin, ce ne sera pas pour cette fois-ci !

Les fake news sont devenues notre quotidien. Des remèdes miracles qui nous sauveraient du Covid à la propagande informationnelle qui sévit actuellement en Russie, faisant passer les Ukrainiens pour des nazis, les fausses informations sont monnaie courante !

Et quand on parle de monnaie justement, le fléau, c’est que ces fausses informations rapportent gros. Les sites de fake news conçus pour attirer un maximum de visiteurs grâce à la technique du clickbaiting ou piège à clic en bon français, monnayent leur audience auprès d’entreprises clientes prêtes à tout pour un peu de visibilité. Le principe est le suivant : le badaud du net clique sur les titres racoleurs nous promettant une éternelle jeunesse en 5 astuces ou le guide ultime pour faire fortune,  et fait ainsi gonfler la visibilité du site. Et s’il ne se laisse pas piéger, car il est parfois plus futé qu’il n’y parait, le site pourra s’en remettre à une ferme à trolls faisant appel aux services des travailleurs du clic. Bref quand tous les clics sont permis, les sites de fausses informations empochent en moyenne 250 millions d’euros de revenus publicitaire par an, d’après le Complément d’enquête, Fake News, la machine à fric, sorti en septembre 2021.  

Encadrer les dérives

Il était temps donc d’encadrer toutes ses dérives. Après la loi anti fake news de 2018, la création de Viginum et le Digital Services Acts, l’UE vient de passer un accord historique de bonnes pratiques avec les Géants de la tech pour lutter contre la désinformation. (notons au passage qu’Apple ne fait pas partie des signataires). Désormais, les plateformes s’engagent à ne plus diffuser les annonces venant de comptes conspirationnistes sous peine de graves sanctions allant jusqu’à 6% de leur chiffre d’affaires, à fournir aux utilisateurs de outils pour signaler des infox, à soutenir la recherche sur le sujet ou encore la coopération avec des fact-checkers. 

Des fausses nouvelles pas si nouvelles

Mais ces fausses nouvelles sont-elles si nouvelles que cela ? Permettez-moi cette petite digression historique en guise de conclusion. Les fausses informations existent depuis que les hommes et les femmes font de la politique. Quoi de mieux en effet que lancer une rumeur pour déstabiliser son adversaire ? Les Romains en avaient déjà bien conscience, leur déesse Fama détenait ce pouvoir de faire et de défaire les réputations en un éclair. Le mot « fama » a d’ailleurs donné celui de « diffamation ». 

L’histoire regorge d’exemples de tentatives de déstabilisation politique, en passant par les fausses informations des canards, jusqu’aux propagandes de guerre. L’historien Marc Bloch a étudié ce phénomène pendant la première guerre mondiale qui a vu le nombre de fausses informations croitre de façon exponentielle. En 1921, il consacre un ouvrage au sujet dans lequel il met en évidence le lien étroit entre la propagation des fausses informations et le climat de crise qui lui est propice, en l’occurrence ici la guerre. Alors les lois vont-elles suffire à enrayer le phénomène ? Ou bien faut-il aussi s’intéresser aux causes ? Tant que nos sociétés seront en crise économique, écologique et politique, ne seront-elles pas inévitablement le théâtre des fake news ?

Sophie Comte
Sophie Comte
Conteuse numérique
Je suis convaincue que le numérique s'adresse à tous, et je vous le raconte ici. Egalement cofondatrice et rédactrice en chef de Chut.