Loin d’être immatériel, le numérique pèse de plus en plus lourd sur l’environnement. Il rejette du CO2, multiplie les exploitations minières et consomme beaucoup d’électricité. Son impact n’est pas toujours facile à évaluer et reste souvent trop en surface. Il faut donc étudier tout le cycle de vie d’un produit pour s’en rendre réellement compte. Car même si des progrès peuvent être réalisés au niveau de son usage, la fabrication de ses équipements et de ses infrastructures concentre le gros du problème. Ce qui n’empêche pas de faire les efforts nécessaires au quotidien. Je ne sais pas vous, mais il serait peut-être temps de lever le pied sur les séries Netflix et les vidéos en ligne !

Balance ton chiffre !

Une récente étude réalisée par le cabinet d’expertise GreenIT a fait état de l’empreinte environnementale du numérique au niveau mondial. Selon le rapport publié en septembre 2019, il représenterait plus de 4 milliards d’utilisateurs. Avec près de 34 milliards d’équipements, ce sont 223 millions de tonnes de matériel soit cinq fois le parc automobile français. Si la comparaison parait assommante, il faut cependant comprendre que ce dernier équivaut à 40 millions de véhicules contre cent fois plus d’utilisateurs du numérique. En 2017, Greenpeace accusait notamment Internet de consommer 7 % de l’électricité mondiale. Une 3e place au niveau de la consommation, mais qui reste encore loin derrière la Chine (21%) et les États-Unis (14%).

 Lire aussi : Comment verdir le numérique ?

L’enquête de GreenIT met en valeur les rejets de gaz à effet de serre liés au numérique avec 3,8% du total des émissions. Il est clair que le numérique pollue. Selon le rapport de l’ADEME, elles sont dues à 25 % par les datacenters, à 28 % par les infrastructures réseau et surtout à 47 % par la fabrication des équipements. Néanmoins, la question reste complexe. Il est plus facile de mesurer l’évolution électrique des datacenters que toutes les étapes inhérentes à la conception des composants électroniques de nos smartphones et ordinateurs.

Une production d’équipements pointée du doigt

D’année en année, les appareils numériques se multiplient dans notre quotidien. La dématérialisation et son avancée technique entraînent une utilisation accrue de matières premières. La fabrication de composants implique de grandes dépenses en énergie, l’extraction de métaux rares et l’emploi de substances chimiques. Des conséquences inévitables sur l’environnement, auxquelles s’ajoutent une raréfaction de minerais précieux et des conditions de travail déplorables pour les mineurs en Chine ou Corée. Entre le processus de fabrication, la consommation électrique issue du charbon et le transport, les équipements numériques constituent d’importantes émissions de CO2.

Lire aussi : Fairphone, le smartphone qui respecte la planète

Parmi les métaux rares, on retrouve du tantale dans les smartphones, de l’indium dans les écrans plats, mais aussi le cobalt, le tungstène et autres. Inégalement réparties aux quatre coins du monde, les terres rares sont exploitées par des procédés polluants impliquant des rejets de déchets radioactifs, d’acides, de solvants et de métaux lourds. Des conditions d’exploitation qui représentent souvent la face cachée du numérique. Le documentaire du réalisateur Jean-Louis Perez et du journaliste Guillaume Pitron montre un exemple flagrant de cette pollution. En Mongolie, un lac artificiel est devenu noir à cause des usines de raffinage de terres rares à proximité.

Pollueur ou non, telle est la question !

Vous avez l’avant-dernier Iphone, mais le dernier vient de sortir et il vous le faut absolument… Ce n’est pas nouveau, notre comportement vis-à-vis du numérique a un véritable impact sur l’environnement. Il en est de même pour nos habitudes en ligne. Lors de son dernier rapport, le think tank The Shift Project évaluait à 300 millions de tonnes les émissions de CO2 consécutives au visionnage de vidéos sur le net sur l’année 2018. Soit l’équivalent de 60% du flux mondial de données rappelle l’ADEME. Très consommatrices en énergie, les vidéos en ligne sont une des principales causes du fonctionnement continu des datacenter, des réseaux et des équipements.

Lire aussi : Pollution et numérique : qui dit vrai ?

Il faut toutefois relativiser. Bien qu’il soit un gouffre énergétique, le streaming n’est pas la pollution la plus inquiétante au monde. Loin devant, on retrouve le transport routier avec ses émissions de CO2 et de particules fines. Il est suivi par l’agriculture et le secteur du bâtiment, sans oublier la déforestation. En prenant l’empreinte carbone d’une vidéo YouTube et la consommation moyenne d’un véhicule diesel, il faudrait 22 heures de visionnage pour égaler la pollution d’un kilomètre parcouru.

Comme tout autre type de pollution, l’impact du numérique doit absolument être réduit. Pour y parvenir, une réelle prise de conscience des utilisateurs est indispensable. Cela commence par opter pour le reconditionnement et favoriser le recyclage. Mieux vaut préférer la réparation au rachat neuf. Dans un second temps, il serait bon de limiter le nombre d’équipements par foyer. Car tant que la demande est aussi forte, la production ne baissera pas. Pour l’accès à Internet, GreenIT recommande le partage d’une box pour l’immeuble tout entier. Une idée intelligente, mais la bande passante sera-t-elle suffisante pour tout le monde ?

Thomas Bossy
Thomas Bossy
Scribe numérique
Voilà un mot bien inusité pour se retrouver devant notre digital, qui lui bien connu, envahit nos vies modernes d’une multitude de manières. J’aime jouer sur les contrastes, fouiller, chiner et comprendre ce qui fait les particularités d’un sujet pour le mettre en avant. Je suis un scribe derrière son écran.