« On croit difficilement au fléau quand il vous tombe sur la tête » Albert Camus, La Peste

Depuis les mesures de confinement, tout le monde se sont précipite en ligne. Là où auparavant le trop-plein de connexion était critiqué, c’est peut-être aujourd’hui lui qui bat la cadence de nos retraites imposées par le contexte actuel. En ligne, le sentiment de communauté, qui nous rend unis contre un ennemi commun, n’a jamais été aussi fort. Voici comment le numérique nous aide à naviguer ces temps sans précédent.

Coronavirus, la data pour les nuls

Le passage du laxisme à l’état d’urgence n’aura pris quelques jours, au beau milieu des mesures de confinement plus ou moins respectées, chacun tente tant bien que mal de comprendre ou suit l’évolution de la pandémie en temps réel. Le fameux saut d’espèces, le lien entre ce nouveau virus avec le SRAS ou encore l’impact d’une mesure de confinement, certaines questions restent en suspens tandis que d’autres ont déjà des réponses claires.

L’article « Coronavirus le marteau et la danse, » publié sur Medium le 18 mars par l’ingénieur Tomas Pueyo, traduit en français par le docteur Carl Juneau, expose avec transparence ce que nous dit la data. Si l’article se base sur le cas des États-Unis, certaines idées sont tout de même bonnes à prendre…

« Nous apprendrons. Le monde n’a jamais appris aussi vite quoi que ce soit, jamais » Tomas Pueyo
Coronavirus+tech

Alors que nous apprend la data sur le coronavirus ?

  • Que le confinement relâche la pression sur nos systèmes de santé déjà submergés. En effet, ces derniers ne peuvent faire face au laxisme et au non-respect des mesures en place.
  • Que les pays en première ligne de la pandémie sont parmi les plus privilégiés au monde. Le virus aurait le goût pour les pays riches ? Ou serait-ce qu’ils soient simplement plus aptes à l’identifier et plus interconnectés en transport aérien ?
  • C’est une question de temps et tout délai de mise en place de mesures de suppression permet au virus de gagner du terrain.
  • La mutation du coronavirus a déjà commencé, de surcroît, une stratégie d’atténuation qui lui permettrait d’infecter plus de personnes, lui donnerait d’autant plus de chances de muter.
  • Le confinement immédiat donne plus de chances de contrôler le virus et d’enrayer sa progression au travers de la population, d’où l’expression très imagée #Flattenthecurve ou « aplatir la courbe ».

La data rendue compréhensible

Rendue plus « digeste » la data récoltée ces derniers mois met en lumière la différence entre les deux approches. De beaux graphes proposent de prendre du recul sur les chiffres diffusés quotidiennement pour adopter une vision plus globale. Voici deux courbes tirées de l’article de Tomas Pueyo.

Diffusé par le Washington Post, un autre exemple animé explique en quelques secondes les effets d’un confinement. Cet article est d’utilité publique !

Sans mesure de confinement vs. avec mesure de confinement

Quand les données expliquent la valeur du temps

Le temps est précieux, ce n’est pas une nouvelle. Cela dit, dans le cas du nouveau coronavirus il est d’autant plus critique. Mettre le temps de son côté, en d’autres mots réagir plutôt tôt que tard en suivant la stratégie du marteau citée par Pueyo signifie : soulager notre système de santé, réduire le nombre de cas et le taux de mortalité, la réduction des dommages collatéraux et de meilleures conditions de travail pour le personnel de santé, qui en Italie représente 8 % des cas de contagion.

Pas question de se tourner les pouces pendant ce temps gagné. Nous pouvons nous approvisionner en équipement, tester des vaccins, se servir de la technologie open source pour produire des pièces de respirateurs et soutenir les soignants et les personnes à risque. Par la suite, l’effort à long terme, c’est-à-dire la stratégie de la danse, vise à contenir le virus et laisser le temps aux laboratoires de mettre au point un vaccin. Ceci voulant dire que nous n’allons pas « arrêter de vivre » comme le remarquent toujours les resquilleurs. Il est simplement question de mettre le temps de notre côté, plutôt que de celui du nouveau coronavirus.

Le sens des priorités

Pendant ce temps, des mouvements sur les réseaux sociaux tels que #Restezchezvous, #Staythefuckhome ou encore le très bon #Covidiot font un maximum de sensibilisation pour encourager les citoyens à rester chez eux et non pas de filer dans la maison de mamie à Ré. Les publications alternent memes humoristiques, challenges artistique ou sportif à effectuer chez soi et image choc pour faire du confinement une véritable tendance sociétale avec ses propres codes.

S’il y a un peu plus d’un an les Français étaient seulement 29 % à avoir adopté le télétravail, selon Malakoff Médéric, la semaine dernière les entreprises ont été forcées à prendre le virage du travail à distance en cinquième. On passe sa journée en visioconférences à coups de Zoom, Skype, Google Meet et WhatsApp. La transformation numérique se fait au pas de course. Les habitués des espaces de travail partagés et de leur convivialité peuvent désormais rejoindre coworking virtuels.

Avec la fermeture des écoles, les parents salariés se retrouvent à s’adapter non seulement au travail de la maison, mais aussi à jongler avec la continuité pédagogique de leurs enfants. Heureusement, les idées pour occuper les enfants pleuvent sur les réseaux sociaux. Le compte Instagram Coronaminus_kid lancé par Morgane Frimane et Déborah Gintz recense des activités diverses sur le ton de l’humour : « des idées DIY et recettes pour occuper les kids jusqu’à nouvel ordre ». Les acteurs de l’Edtech tels que Colori, Plume, Magic Makers, Soft Kids et bien d’autres se mobilisent pour proposer des activités rendues gratuites pour l’occasion.

La tech galvanise l’entraide

L’open-source à la rescousse

La mobilisation en ligne, elle, n’a pas tardé, les ingénieurs travaillent d’arrache-pied pour proposer des solutions, renflouer les stocks d’équipements médicaux. Parmi les initiatives figure Helpful Enginerring qui a rapidement fédéré.

« Helpful Engineering a été lancé il y a moins d’une semaine, et nous sommes maintenant plus de 3 400 bénévoles partout dans le monde, travaillant sur plus de 35 projets actifs ! Ce que nous avons réussi à accomplir en un temps si court devrait nous émerveiller et nous rendre fiers de notre travail. »

D’autres se rassemblent autour de systèmes open-source, le programme CHIME aide les hôpitaux à anticiper l’influx des patients par rapport à leur capacité tandis qu’un groupe Facebook est dédié à la création de respirateurs et à la recherche en open-source d’équipements médicaux.

Rendre l’info accessible à tous

Quand ce n’est pas par des infographies parlantes, depuis la semaine dernière, l’association Banlieue santé met en ligne des vidéos explicatives en portugais, arabe, peule et dans la langue des signes pour traduire les informations essentielles sur le coronavirus. Grâce à ces efforts, espérons qu’aucune population ne sera laissée de côté.

Pour aider les voyageurs pris par surprise, le groupe Facebook Coronavirus Forum for Nomads and Remote Workers vient en aide aux digital nomades coincés entre les fermetures de frontières et les annulations de vols. Il est clair qu’en l’occurrence le réseau social fut rapidement désigné comme la plateforme de choix pour faciliter les échanges et faire circuler les informations sur le terrain. Les publications défilent : des mises à jour directement depuis la salle d’embarquement, des offres de logement dans les pays d’accueil ou encore de l’aide pour avoir les bons formulaires à l’immigration. Dans ce méli-mélo, l’entraide y est immédiate et étonnamment efficace.

Financer le soutien à ceux qui sont en première ligne

Le Fonds de riposte à la COVID-19 lancé par l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), la Fondation pour les Nations Unies et la Swiss Philanthropy Foundation récolte les donations des entreprises et particuliers. Les donations soutiendront l’envoi de fournitures médicales essentielles, des équipements de protection pour les soignants, l’accès aux dernières informations scientifiques à jour et le soutien de la mise au point de vaccins et de traitements.

En France, on relève la cagnotte Leetchi qui vise à outiller le personnel de santé du nécessaire. Un appel retentissant qui a déjà permis une première distribution comportait 200 000 masques FFP2, 400 000 masques chirurgicaux, 1 million de surblouses et 30 respirateurs. Une deuxième livraison prévue le 13 avril attend les fonds nécessaires.

Du côté de la vie quotidienne de ceux qui se battent pour nous, la campagne des Paniers solidaires lancée par Ulule en partenariat avec l’Assistance publique — Hôpitaux de Paris, la Croix-Rouge française, Franprix et Monoprix, comptabilise aujourd’hui plus de 62 000 euros de donations, cela équivaut à 2 000 paniers (repas et produit d’hygiène) à distribuer aux soignants et aux personnes âgées et isolées ou SDF vivant dans la précarité. Un panier représente 30 € de courses pour deux personnes sur trois à quatre jours.

La solidarité au temps de confinement

Des plateformes de mise en relation se mettent en place. En Première Ligne relie les travailleurs en première ligne et les populations à risque à plus de 64 335 bénévoles pour les aider à faire des courses, garder les enfants ou encore rechercher du matériel médical.

Si vous manquez d’idées ou de courage pour venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin le groupe Facebook #TheKindnessPandemic montre différentes façons de le faire. En ces temps à l’anxiété facile, découvrir des centaines de publications mettant en lumière la bonté des inconnus est d’un réconfort fou, plus efficace qu’un marathon Netflix.

 

Si le confinement nous pousse à passer plus de temps devant nos écrans, pour le meilleur et pour le pire, n’oublions pas de prendre le temps de nous en détourner. Ce projet maison que vous remettiez toujours à un autre jour ? C’est le moment de vous y attaquer. Ressortir ses photos d’enfance, écrire ses mémoires (oui, oui, sur du papier), réapprendre à faire le poirier ou encore tenter une recette sur-vitaminée, il n’y a jamais eu de meilleur moment pour tenter des choses, les rater, les recommencer et ainsi de suite ! En ces temps d’isolement, la tech nous aide certes à tenir, mais apprenons aussi à couper le courant.

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Fascinée par la relation entre l'humain et la tech, je décrypte les tendances innovantes qui tentent de répondre aux enjeux sociétaux d'aujourd'hui et de demain. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations de digital nomade, avec ou sans connexion.