Quelle est la mission assignée à l’« écolab » du ministère de la transition écologique ?

Ecololab est un nouveau service créé, l’an dernier, au sein du Commissariat général du développement durable, pour contribuer à accélérer la transition écologique française par l’innovation. Notre champ d’action va du secteur des transports à celui de l’énergie en passant par le logement, l’économie circulaire, la santé environnement, la biodiversité, le numérique responsable, la prévention des risques naturels et industriels ou encore les questions maritimes.

Concrètement, nous travaillons sur deux perspectives. D’une part, nous œuvrons à faire émerger plus de solutions innovantes, conçues par des start-up ou PME qui viennent directement répondre à des politiques publiques environnementales. D’autre part, une partie de l’équipe anime le laboratoire d’innovation par la donnée pour la transition écologique. Nous sommes en position de catalyseur, dans le soutien à d’autres acteurs, pour le lancement d’initiatives nouvelles ou encore l’élaboration de documents stratégiques pour la donnée verte et l’intelligence artificielle.

Cette mission de repérage des solutions innovantes développées par des entreprises fait-elle de l’« écolab » le nouvel incubateur de la « green tech » en France ?

Nous n’en avons pas la prétention. D’un côté nous mettons en réseau les incubateurs greentech au sein d’un réseau national que le ministère a créé. D’un autre côté nous apportons aux start-up que nous labellisons une aide complémentaire à ce que proposent ces incubateurs. Par exemple les évolutions de la réglementation et la commande publique constituent des leviers puissants.

Cet aspect de la mission implique un travail important de sourcing, d’identification des entreprises prometteuses. Deux labels viennent les mettre en avant. Le premier s’appelle « greentech innovation » initié par le ministère de la transition écologique. Le second est « French tech for planet » initié par la French Tech en lien avec Ecolab.

175 entreprises bénéficient déjà du label « greentech innovation », à l’image d’Innovafeed  qui élève des insectes pour une nourriture animale et végétale durable et de Phoenix Mobility qui verdit des véhicules thermiques, même anciens, en remplaçant leur moteur par un moteur électrique. Et nous atteindrons en février le chiffre de 200 labels décernés par l’Etat. Outre les critères classiques de sélection d’entreprise innovante, notre attention se porte évidemment sur les solutions qui contribuent directement à des politiques publiques écologiques.

S’agissant de French Tech for the Planet c’est une nouveauté : la première promotion de 20 start-up et PME greentech à fort potentiel est sélectionnée en mars par un jury comptant Christel Heydemann, Marc Simoncini, Marie Mawad et Pierre-François Thaler.

Il faut repérer toutes ces innovations et les soutenir via les marchés publics qui constituent autant de terrain d’expérimentation. C’est d’ailleurs l’origine de fleurons français, qui se sont construits grâce à la commande publique.

Le Code des marchés publics continue à faire de l’offre économiquement la plus avantageuse un critère principal pour attribuer un marché public. Comment orienter la commande publique vers les start-up greentech pour que ce levier s’avère efficace ?

Pour rendre la transition effective, il faut agir sur les mobilités, les services urbains, les énergies renouvelables, les bâtiments publics, l’eau, les déchets ou encore la biodiversité. Or une grande partie de ces activités relève de la commande publique.

Le soutien financier aux start-up est très développé en France, qui est désormais une des références internationales. Mais ces entreprises doivent également vendre, avoir rapidement des premières références commerciales, des premiers clients : dans le secteur des greentech cela se traduit souvent par un accès à la commande publique.

Je ne crois pas qu’il faille encore réécrire le code pour en faire un levier. Gardons en tête que les règles en vigueur le sont au niveau européen et que d’autres membres de l’Union se servent davantage de cet outil pour la transition écologique. Je pense, par exemple, à la Suède qui a très tôt poussé à améliorer la qualité de l’air des bâtiments publics de santé et d’éducation. Par ailleurs, les seuils permettant de s’affranchir des appels d’offre sont suffisamment élevés pour permettre beaucoup d’expérimentations. Le gré à gré est possible jusqu’à 70 000€, et jusqu’à 100 000 € avec l’achat public innovant : de quoi initier des preuves de concept, des démonstrateurs ou des premiers contrats commerciaux entre start-up innovantes et acteurs publics. Il faut repérer toutes ces innovations et les soutenir via les marchés publics qui constituent autant de terrain d’expérimentation. C’est d’ailleurs l’origine de fleurons français, qui se sont construits grâce à la commande publique.

Votre service promeut par ailleurs « l’innovation par la donnée » au sein du ministère. De quoi s’agit-il ?

Nous cherchons à maximiser l’impact des politiques environnementales par l’utilisation et le partage des données produites par les administrations du pôle ministériel, les territoires et les entreprises. Prenons l’exemple du lien entre données de santé et données environnementales. Notre part du boulot, c’est de trouver une façon de produire, partager et exploiter ces données, pour les chercheur.se.s, en particulier, afin d’alimenter des avancées scientifiques quant à l’impact de l’environnement sur la santé.

La masse de data produite ouvre des perspectives très intéressantes. Prenons par exemple l’ensemble des diagnostics énergie établis lors des transactions immobilières. Ils représentent une mine pour l’enjeu majeur que représente la rénovation thermique des bâtiments.

Vous travaillez au partage des données grâce au « traitement naturel du langage ». A quoi cela sert-il ?

Il s’agit d’un procédé d’intelligence artificielle qui permet, en gros, de simplifier les phrases et les mots d’un document, de les vectoriser, pour les transformer en données mathématiques. Ensuite, ces valeurs sont confrontées les unes aux autres pour analyser le document. Concrètement, cela permet par exemple de rendre disponibles et utilisables par tou.te.s les avis rendus par les autorités environnementales du territoire, d’améliorer leur production et leur exploitation.

On sait que le numérique pèse dans le bilan écologique de nos activités. N’y a-t-il pas une contradiction à vouloir en faire un levier de transition ?

Le numérique offre des capacités de pilotage et de ciblage très intéressantes pour accélérer la transition écologique mais il constitue aussi un poste important de consommation des ressources. Le secrétariat d’Etat au Numérique et le ministère de la Transition écologique ont ce chantier bien en tête, tout comme la convention citoyenne du climat qui a pointé ces enjeux. Dans les prochaines semaines doit être dévoilée une ambitieuse feuille de route française pour cette articulation entre numérique et environnement. L’Ecolab travaille sur le volet « mesure » de cette empreinte écologique du digital. Il faut être capable de mener de front transition écologique et transformation numérique : grâce à la prise de conscience des acteurs, aux talents des experts et entrepreneurs, à l’innovation, et à l’engagement des organisations publiques et privées, c’est possible !

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Sylvie Fagnart
Sylvie Fagnart
Plume Journaliste