Génération écran ?

Tandis que la Chine a déjà limité le temps de jeu en ligne des enfants à trois heures par semaine, qu’elle bride aussi désormais l’utilisation des écrans des enfants de moins de 16 ans, interdisant l’accès au livestream (des vidéos diffusées en direct) après 22 heures, voilà qu’une nouvelle étude sur l’impact des écrans sur les enfants est tombée. Elle vient d’une revue de recherche psychiatrique renommée, la JAMA Psychiatry et pour arriver à ses conclusions, les chercheurs et chercheuses ont étudié les méthodes et résultats de 87 précédentes études. Nous sommes dans la méta-analyse. Alors que de précédentes études alertent sur l’impact négatif des écrans sur le sommeil, la gestion des émotions, et même sur l’alimentation, celle-ci indique un lien faible même si significatif, entre le temps passé devant les écrans et les troubles comportementaux des enfants de moins de douze ans. Autrement dit les écrans sont un symptômes, mais pas forcément une cause. 

N’allons pas jusque’à dire que les futures générations sont sauvées, et que les parents montrés du doigt peuvent commencer à déculpabiliser. Pour les adultes, comme pour les enfants, les écrans sont des outils, à nous d’en faire des objets d’éducation positive, en plus d’être des objets de divertissement. N’en déplaise à Desmurget, l’auteur de la fabrique du crétin digital, l’apprentissage des écrans peut aussi se penser par la positive, avec un mode constructif d’éducation au numérique, plutôt qu’un mode qui nous prend tous pour des imbéciles en devenir.

La culpabilisation des parents, une mauvaise tactique

C’est Marion Voillot et Lisa Jacquey du CRI (centre de recherche interdisciplinaire) devenu le Learning Planet Institute, qui nous parlaient déjà dans un précédent numéro de Chut! Magazine d’éducation aux écrans. Ecran ou pas écran, au final, pour elles, les maitres mots sont l’interactivité et l’accompagnement. Et c’est en ce sens que la tablette plus interactive se détache de la télévision qui invite à la passivité. Pour Michael Stora, chercheur et psychanalyste, « Rien ne sert de diaboliser les écrans ». Pour lui, il est bon d’élargir le spectre de réflexion : « Par exemple, en Île-de-France, nous dit-il, on trouve beaucoup de foyers monoparentaux. Il s’agit souvent de mamans débordées et épuisées. Dans ce contexte, laisser son portable à un bébé, c’est se donner le temps de souffler. Or, le problème de la démarche de ceux qui interdisent les écrans à tout prix, c’est qu’elle est culpabilisante. Il faut savoir que les gens coupables deviennent les pires juges, ajoute-t-il. Lorsqu’un parent est en souffrance, déprimé, il aura du mal à interagir et malheureusement les capacités d’attention, de concentration, d’ouverture au monde de son enfant pourront s’en trouver altérées. Et de plus, nous incriminons toujours les mêmes : les fameuses « mauvaises mères ». »

L'écran, un objet qui rassemble ?

La position du psychanalyste est de faire de l’écran un allié dans la dynamique familiale. Par exemple, en regardant un programme adapté à toute la famille ensemble, en jouant à des jeux vidéos en famille également. L’idée est de partager ces moments d’écran avec ses enfants et de les éduquer à leur utilisation plutôt que d’en faire le bouc émissaire de toute la société. Et du côté des jeux-vidéos, s’il ne plébiscite pas des jeux de violence comme Fortnite, il propose la découverte de jeux qui invitent à la réflexion et à la contemplation. Et un bon classique comme Zelda, The Breath of the Wild, teinté de symbolique japonaise, vous confronte à la solitude et à une narration de qualité, qui n’est pas basée sur une course violente du temps. Et ce n’est pas le seul exemple en la matière bien sûr. Quelque part, même avec les écrans, il faut apprendre à  savoir prendre son temps, à explorer, plutôt que picorer.

Aurore BISICCHIA
Aurore BISICCHIA
Directrice de publication
Cofondatrice du média Chut!