Marion Perdrieau : « Il ne s’agit pas de faire de la sensibilisation ponctuelle, mais de créer un continuum »

Cheffe de projet au sein de l’Inria (Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique) dans le cadre de TechPourToutes, MARION PERDRIEAU a pour mission de déployer le programme sur l’ensemble du territoire. Après dix ans de géopolitique et un passage dans le numérique au ministère des Armées, elle consacre désormais son expertise à la lutte contre les stéréotypes de genre et à la création de parcours durables pour les lycéennes et étudiantes.
Quels sont les objectifs du programme TechPourToutes ?
Notre ambition se décline en trois objectifs majeurs. D’abord, mesurer et cartographier ce qui existe déjà localement, car on ne peut pas lutter contre un phé nomène qu’on ne mesure pas. Ensuite, notre but est de s’adresser aux filles, et leur donner envie en ou vrant leur champ des possibles. Pour cela, nous or ganisons des interventions dans les classes pour agir sur les représentations des métiers du numérique et nous outillons les intervenant.es pour qu’ils et elles sachent comment parler aux jeunes sans renforcer les stéréotypes. Avec les autres membres du consortium TechPourToutes, nous proposons un véritable continuum d’actions de soutien et d’accompagnement des filles tout au long de leur parcours d’orientation, jusqu’à leur insertion dans le monde professionnel. Il ne s’agit pas de faire du ponctuel ou du chiffre, mais de créer un continuum : aide à l’orientation, stages, mentorat, ateliers, rencontres, etc. Le but est de garantir un ancrage réel et durable de femmes dans le secteur. L’objectif chiffré global est d’atteindre 30% de filles dans les filières techniques du numérique d’ici 2030, alors qu’elles représentent aujourd’hui en moyenne 19% des effectifs dans ces filières, parfois moins encore. 30% est considéré comme le seuil de mixité.
Comment se déploie le programme sur le territoire ?
Avec la fondation Inria, nous avons fait le choix d’une approche territoriale pour éviter un programme trop parisiano-centré. Inria s’appuie sur ses 9 centres (Paris, Saclay, Lille, Lyon, Rennes, Grenoble, Nancy, Bordeaux, Sofia Antipolis), et ses antennes de Montpellier et Stras bourg, tous situés au cœur des grands campus universitaires français. Mon rôle est de faciliter la coordination entre les centres Inria de l’université et leurs écosystèmes locaux, afin de faciliter le déploiement des actions du programme. L’idée est de « rassembler les pièces du puzzle », c’est-à-dire renforcer le dialogue avec les universités, les associations étudiantes, les entreprises, associations, pôles d’innovation, etc. Nous créons ainsi des coalitions locales pour amplifier les initiatives existantes, plutôt que de tout réinventer.
Concrètement ?
Le concret, ce sont des parcours construits localement. Par exemple, grâce à l’antenne Inria de l’université de Montpellier, nous avons réuni les acteurs régionaux de l’Éducation nationale, des partenaires du monde de la re cherche et de l’innovation, des structures de médiation scientifique pour travailler à l’organisation de stages de découverte ou learning expeditions. Grâce à ce type de parcours, une lycéenne pourrait visiter un laboratoire de recherche le lundi, une entreprise du secteur numérique le mardi et rencontrer une étudiante d’une formation qui l’intéresse le mercredi. Nous organisons également des ateliers en classe où des scientifiques, hommes ou femmes, viennent témoigner de leur métier pour désacraliser le numérique et montrer sa diversité sectorielle (santé, environnement, sport, etc.). L’objectif est de briser les représentations et de montrer que le numérique offre du sens, de la flexibilité et un pouvoir économique accessibles à tous les profils, pas seulement aux bonnes élèves en maths.
Comment s’inscrit le programme Chiche dans ce dispositif ?
Le programme « 1 scientifique, 1 classe : Chiche! » piloté par Inria vise à susciter des vocations et constitue un levier important dans le cadre du déploiement de TechPourToutes. C’est une plateforme qui permet aux professeur·es de solliciter l’intervention d’un·e scientifique dans leur classe de seconde. Dans le cadre de TechpourToutes, nous utilisons ce canal pour envoyer des chercheuses et chercheurs témoigner de leur par cours. Le contact direct est essentiel, car il permet aux jeunes de débloquer des imaginaires et de se projeter.
Comment formez-vous les intervenant·es ?
La formation est une étape préalable essentielle et en cours de consolidation. Il ne suffit pas d’être un·e expert·e technique, il faut savoir raconter son par cours et s’adresser à un public mixte sans renforcer les biais de genre. Nous formons donc nos référent·es et intervenant·es aux enjeux de la mixité et à la dé construction des stéréotypes. Récemment, j’ai par exemple sollicité l’assocation la Fresque du sexisme pour former les référent.es des centres Inria à l’animation de cet atelier d’intelligence collective. L’objectif est qu’ils et elles comprennent le caractère systémique du sexisme, auquel n’échappe pas le monde de la tech, au contraire.
Comment s'insèrent les classes « CHAMS » dans le dispositif ?
Les classes CHAMS (classes à horaires aménagés en ma thématiques et sciences), qui s’inscrivent dans le plan national « Filles et maths » du ministère de l’Éducation nationale, sont un bon levier. Ce sont des classes où l’ambition est d’avoir 50 % de filles, notamment pour corriger le décrochage féminin en maths dès le collège et lycée. La région Auvergne-Rhône-Alpes en compte une trentaine pour une expérimentation à plus grande échelle. Dans le cadre de TechPourToutes, nous souhaitons approfondir la collaboration avec l’Éducation nationale sur ce type de dispositif, toujours dans l’idée d’amplifier les bonnes pratiques et initiatives en local. Certaines académies commencent à développer des projets de classes à horaires aménagés numérique (CHAN). Ces classes sont autant d’opportunités d’embarquer des collégiennes pour qu’elles s’inscrivent au programme TechPourToutes et puissent bénéficier de ses services gratuits !
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