De rapports en guides de bonnes pratiques, en passant même par un colloque organisé à Bercy en février 2019, le concept d’écoconception a le vent en poupe. Encore un coup de « greenwas- hing » ? Pas sûr, parce qu’à l’inverse des annonces tonitruantes sur la compensation carbone, l’écoconception remet en question les réflexes, pousse à une réflexion approfondie sur les usages et interpelle notre modèle économique. Dans la pratique, ce processus consiste à « intégrer tous les impacts environne- mentaux d’un produit ou d’un service au moment de sa conception, pour les mini- miser », décrit Caroline Vateau, directrice du département numérique responsable chez APL, expert en data centers. Le champ est large entre la fabrication des équipements et leur recyclage en fin de vie. Sans compter le design des sites et applis que l’on peut imaginer moins gourmands en data et donc en énergie. Figures reines de la métaphore des « technologies zombies » – un concept forgé par le physicien José Halloy qui désigne les technologies qui minimisent les durées de vie en état de marche et maximisent les durées à l’état de déchet –, les équipements numériques résistent a priori à toute velléité d’écoconception. Ordinateurs, téléphones et autres écrans sont extrêmement coûteux à produire, en ressources comme en énergie. On ne les salue pas comme des « petits bijoux technologiques » pour rien. Ils sont le fruit de l’alliance d’une multitude de composants. Un casse-tête à recycler. « Comment traiter les traces de gallium et autres métaux rares présents sur les écrans LED ? », illustre Xavier Verne, du Shift Project, un think tank qui œuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone.

Sylvie Fagnart
Sylvie Fagnart
Plume Journaliste