Est-ce que les applications qui scannent les produits alimentaires sont devenues incontournables ? À qui s’adressent-elles ?

Elles s’adressent vraiment à tout le monde ! Quand Yuka a été créée, le succès a été rapide et phénoménal. Cela correspondait exactement à l’attente des consommateur·rices. Cette appli est arrivée après plusieurs crises alimentaires majeures, donc dans un contexte très anxiogène sur les sujets d’alimentation. En proposant un outil simple et efficace, Yuka a provoqué un électrochoc dans l’industrie agroalimentaire, qui a commencé à comprendre qu’il fallait peut-être sortir de la logique du moins cher possible. Ont suivi d’autres applications avec d’autres paramètres, comme la provenance locale, l’ultra-transformation des produits, etc. Si elles ne sont pas incontournables, ces applis de nutrition ont eu le mérite de montrer qu’on ne pouvait se satisfaire des produits actuels.

Quelles sont les dernières innovations en matière d’applis sur les produits alimentaires ?

Les applis alimentaires proposent différents scores, qui correspondent aux préoccupations des consommateur·rices : l’apport nutritionnel (Nutri-score), le degré de transformation (NOVA), la provenance… L’un des derniers-nés, l’Éco-score, tente de donner une idée de l’impact environnemental des produits alimentaires, grâce au partenariat entre plusieurs applis existantes. L’innovation la plus récente concerne la mobilisation d’une communauté de consommateur·rices autour de la cocréation de produits avec les marques, comme le propose ScanUp. Cela présente un double avantage : augmenter l’éducation des consommateur·rices à travers le partage de connaissances et de pratiques, et changer l’attitude des industriels de l’agroalimentaire en intervenant en amont de la fabrication des produits.

Impliquer les consommateur·ices en amont, est-ce l’avenir de l’agroalimentaire de demain ?

Une appli comme ScanUp propose une collaboration entre consommateur·rices et industriels pour mieux répondre aux attentes des premiers. Au moins une trentaine de produits issus de cette co-construction ont été mis sur le marché ! Cela permet à l’agroalimentaire de mettre son curseur différemment lors de la création d’un produit : comment peut-on réduire le sel d’un hachis parmentier tout en maintenant son goût ? L’implication des consommateur·rices est un progrès, et il devient difficile pour l’agroalimentaire de s’en passer.

Cela présente un double avantage : augmenter l’éducation des consommateur·rices à travers le partage de connaissances et de pratiques, et changer l’attitude des industriels de l’agroalimentaire en intervenant en amont de la fabrication des produits.

Mieux manger, c’est changer son comportement. Les applis peuvent-elles y contribuer ? Sinon, qu’est-ce qui permet d’opérer ce changement ?

Les applis permettent d’optimiser les produits consommés, d’éclairer le choix des consommateur·rices grâce à la comparaison et d’augmenter la connaissance et la pédagogie autour de l’alimentation (qui doit d’ailleurs commencer le plus tôt possible !). Mais ce que les applis ne peuvent faire encore, c’est prendre en compte la fréquence de consommation, la taille de la portion et l’activité physique de chaque utilisateur·rice. Or ces derniers éléments sont fondamentaux quand on cherche à mieux manger, sachant que les besoins nutritionnels d’une personne dépendent de plus de 30 000 substances chaque jour ! À l’avenir, tout dépendra de la capacité des applications à proposer cette ultra-personnalisation, en fonction de l’état de santé de la personne, du moment qu’elle vit… On peut en rêver !

Mieux manger, d’accord, mais pour quels objectifs ? Comment allier plaisir et intérêt nutritionnel au quotidien, face à l’offre pléthorique de l’agroalimentaire ?

Mieux manger permet de prévenir le surpoids, l’obésité, les maladies cardio-vasculaires, l’hypertension et mêmes certains cancers.
Mais ce n’est pas seulement par le biais de certains scores, qui poussent à comparer ce qui n’est pas comparable, par exemple de la crème à tartiner et des haricots verts !

Ces scores sont intéressants pour choisir des plats cuisinés par exemple, mais il ne faut pas oublier que chaque catégorie d’aliments est indispensable à un équilibre alimentaire, même les produits en rouge ou notés E comme le beurre, l’huile ou les fromages ! L’important est de varier son alimentation le plus pos- sible et de savoir ce qu’on mange. Si vous craquez seulement une fois par semaine pour un dessert au chocolat, peut-être vaut-il mieux choisir une crème dessert à base de produits de qualité comme la crème fraîche entière, même si son score nutriscore est D ou E, plutôt que de choisir une crème allégée ultra-trans- formée !

À propos de notre partenaire

Nathalie Hutter-Lardeau est nutritionniste, autrice et multi-entrepreneure. Elle a fondé Évidence Santé, agence conseil & communication scientifique, il y a plus de quinze ans. L’agence conseille et accompagne start-up, PME et grands groupes dans l’élaboration de stratégies de communication sur les secteurs Nutrition-Santé, Environnement & Cosmétique sur des bases scientifiques. Nathalie Hutter-Lardeau est également la créatrice de deux start-up : Délibento, incubée à la StationF, et WomUp, une marketplace qui développe l’entrepreneuriat au féminin dans le bien-être et la santé (aliment, boisson, cosmétique et sport).

Cette interview est issue du numéro 5 de notre magazine papier intitulé « Liberté. Egalité. Santé! ». Le numéro est toujours disponible et vous pouvez le commander via notre boutique en ligne.

La rédaction de Chut !
Chut ! est un magazine de société qui prend le temps d’observer l’impact du numérique sur nos vies.