L’alimentation, fer-de-lance de notre conscience ?

Et si tout avait commencé par le ventre ? Entendons-nous, même si l’alimentation saine a toujours été une préoccupation, le succès de best-sellers dissectant le fonctionnement de cet organe incompris, comme Le charme discret de l’intestin de Giulia Enders (2015), semble avoir donné un nouveau souffle à la lutte contre la malbouffe. Le public s’inquiète bel et bien de ce qui transite par leur corps et celui de leurs enfants, cultiver son propre potager en autonomie totale restehors de portée de la plupart des citoyens français. Même si le budget alimentaire des foyers aisés et modestes est en hausse, la question se pose : comment acheter de meilleurs ingrédients pour nous nourrir sans se ruiner ? Le studio de podcast Binge Audio a d’ailleurs dédié un épisode au sujet au début de cette année : « Manger bien, manger bio, manger bobo ? »

Des applis pour mieux composer nos menus

Tout un arsenal d’outils numériques a vu le jour pour combattre la consommation d’aliments nocifs et la production alimentaire à perte. Les uns passent au microscope ce qui atterrit dans nos assiettes en un scan de code barre. On citera la célèbre application Yuka avec ses cinq millions de téléchargements. Si lire la provenance de chaque produit ne nous en dit pas forcément plus sur leur saisonnalité, l’appli « Fruits et légumes de saisons », nous aide à choisir les bons éléments pour votre garde-manger au supermarché, selon le moment de l’année et nos envies. Elle éduque aussi les consommateurs sur l’aliment en question, donne des conseils de conservation et de préparation ainsi que des informations nutritives. D’autres, à l’instar de TooGoodToGo, mettent en lien particuliers et restaurateurs pour réserver des paniers d’invendus du jour et ainsi lutter contre le gaspillage alimentaire. Ici, le consom’acteur allie l’utile à l’agréable en découvrant les bonnes adresses à prix réduits tout en évitant les emballages superflus.

Concrétiser la prise de conscience par des actions ciblées amène à plus de transparence et renvoie les industriels à leurs responsabilités. C’est une petite révolution dont nos paniers sont acteurs. Certaines grandes surfaces vont jusqu’à revoir la composition de leurs produits pour décrocher la convoitée pastille verte (une note entre 75 et 100 / 100) sur Yuka et faire les yeux doux à ses utilisateurs. On voit là un chemin de traverse vers le « manger mieux » en grande surface. Néanmoins, l’application ne joue en aucun cas le rôle de label. Même si elle a été conçue dans le cadre du Programme national nutrition santé, elle ne peut rivaliser avec une véritable certification, dont l’analyse est bien plus poussée que celle d’un simple barême, à tel point que l’outil laisse certains scientifiques sceptiques. En effet, pour noter un produit l’algorithme ne prend en compte que trois critères : la qualité nutritionnelle, la présence d’additifs (et leur degré de nocivité) et la qualification bio. De surcroît, l’attention portée aux additifs peut prendre le dessus faussant les résultats, ainsi sont parfois noté à égalité des produits dotés de valeurs nutritives très différentes. On ne peut nier l’effet convaincant du militantisme consommateur de l’application, toutefois elle ne peut remplacer le travail d’un.e nutritioniste.

Des acteurs de l’écosystème foodtech se sont développés autour de cette volonté de mieux manger, mais aussi de soutenir ceux qui produisent des denrées plus proches de chez nous et plus saines. C’est le cas de La Ferme Digitale : cette association regroupe les start-ups du secteur de l’alimentaire qui usent de l’innovation pour une agriculture en phase avec les enjeux sociaux et environnementaux actuels.

J’achète, je donne, je vote

Grâce à ces solutions numériques, le consommateur dispose d’un geste simple vers une liberté de choix, mais aussi une plus grande connaissance des enjeux et de leurs impacts sur leur quotidien. Vivre dans une société capitaliste ne nous empêche pas de faire coïncider moyens financiers et valeurs, chacun à son niveau. Entre en jeu le financement participatif : KissKissBankBank, Ulule, KickStarter, GodFundMe et Leetchi sont quelques-unes d’une multitude de solutions de crowdfunding. Aussi, Patreon et son émule française Tippee permettent de soutenir les créatifs sans le sou. C’est un bon moyen notamment de donner un coup de main à des musiciens qui bercent nos journées où les blogueurs qui nous font rire ou réfléchir sans avoir à prendre d’abonnement nous engageant envers une plateforme.

Le crowdfunding, plus digital native tu meurs ? Absolument pas, n’importe qui peut devenir mécène pour cinq ou cinq cents euros, d’ailleurs il est grand temps de convertir toute la famille ! Soutenu par le gouvernement, le financement participatif donne maintenant accès à une réduction d’impôts pour les particuliers et les entreprises. Soutenir financièrement un projet, avec ou sans une contrepartie en retour, est un geste du consom’acteur averti.

Que fera le consom’acteur de toute cette transparence ?
Avec le numérique qui facilite l’accès à l’information, arriverons-nous à vivre dans l’hypertransparence qui peu à peu s’installe ? D’une part, comme le dit si bien Jean-Laurent Cassely : « Une catégorie de consommateurs ne se satisfait plus du storytelling traditionnel des marques, qui paraît parfois totalement anachronique et pourrait même, à long terme, se révéler suicidaire. » D’autre part, de la diffusion de la data vers les masses par des initiatives comme Open Food Facts encourage les consommateurs à s’instruire sur les sujets.

 

Comme vous l’avez constaté, tout un chacun peut devenir consom’acteur d’un jour ou pour toujours. Comme le dit la marque à la pomme : « il y a une appli pour cela », mais pas que. Le cycle de conférences qui s’ouvre au MAIF Social Club, sous le signe de la citoyenitude du 4 octobre 2019 au 9 janvier 2020, vise à approfondir notre compréhension de ces nouveaux enjeux militantistes et nous invite à mieux agir pour faire notre part.

  • Quoi ? La naissance du consom’acteur, une table ronde sur la consommation engagée, animée par Catherine de Coppet. 
  • Qui ? avec Laurence Allard, Florian Breton et Jean-Laurent Cassely.
  • Quand ? Le Jeudi 10 octobre à 19 h.
  • Où ? MAIF Social Club, 37 rue de Turenne, 75003 Paris.
  • Comment ? Sur inscription, veuillez présenter votre billet à l’entrée. 
Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Fascinée par la relation entre l'humain et la tech, je décrypte les tendances innovantes qui tentent de répondre aux enjeux sociétaux d'aujourd'hui et de demain. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations de digital nomade, avec ou sans connexion.