Cette police d’écriture piège l’intelligence artificielle

Elle s’appelle ShieldFont. Vous, vous la lisez normalement. ChatGPT, Claude et Gemini lisent autre chose.
ShieldFont, c’est le projet du studio brésilien Seneda & Abrucio et de la fonderie danoise Playtype. Cette police d’écriture gratuite et téléchargeable sur le site shieldfont.org a pour objectif d’empêcher les IA de se resservir gratuitement (et souvent illégalement) des textes des auteur·trices, journalistes et créateur·trices, sans jamais leur demander leur avis.
Le concept ? Détourner la typo pour empêcher le « scraping », soit la collecte de données qui nourrit les IA génératives. À l’écran, vous voyez un texte clair et lisible, mais dans le code HTML (celui que les robots aspirent), certains mots de même nature grammaticale sont subtilement remplacés par d’autres. Résultat, si le robot n’est pas bloqué, il pompe tranquillement un autre texte que celui affiché.
Selon les créateur·ices du projet, modifier environ un mot sur quatre suffit à faire perdre leur sens à plus de la moitié des passages protégés, le tout en restant assez cohérent pour passer les filtres qualité des IA. Autrement dit, l’IA avale le poison sans avoir l’impression d’y goûter.
Toutefois, la police ShieldFont a ses failles :
- Comme les moteurs de recherche traditionnels lisent aussi le texte brut ou indexent le code des pages, l’utilisation de ShieldFont peut nuire au référencement et donc invisibiliser un site dans les résultats.
- Un pirate un peu motivé peut facilement inverser le fonctionnement de la police.
- À cela, il faut ajouter que cette police d’écriture ne fonctionne pour l’instant qu’en anglais.
Derrière l'IA, les data centers
Bricoler la typo, c’est bien. Mais la vraie bataille contre l’IA ne se joue pas seulement dans le code, mais aussi dans les data centers qui la font tourner. C’est justement le sujet de notre dernier magazine, Chut! n°21, intitulé « IA, le choc thermique ». L’IA explose dans nos usages plus vite qu’aucune technologie avant elle. Mais derrière l’écran, des data centers font bouillir la planète et des puces sont fabriquées à l’aide de métaux rares extraits au prix d’un extractivisme colonial forcené.
Commandez dès aujourd’hui le nouveau Chut! intitulé IA, le choc thermique, pour décrypter les enjeux environnementaux de l’IA. Disponible à l’unité ou avec l’abonnement et le code promo CANICULE pour bénéficier de 15% de réduction et soutenir notre média indépendant.





