« Pourquoi pas moi ? » C’est en assistant à des webinaires sur la santé, le bien-être ou encore la communication durant le confinement que la créatrice de contenus Cécile Strouk a eu envie de se lancer : « ce format gratuit se veut très accessible. Les participants n’ont pas des exigences très hautes si ce n’est se divertir, s’informer, et surtout ne pas s’ennuyer. » Elle a donc organisé deux sessions « En quête du mot juste » pour montrer son expertise sur la langue française. Les deux ont réuni une vingtaine de personnes à chaque fois. « Je prête ma plume à d’autres. Je suis par essence dans l’ombre. Avec ces webinaires, il s’agit d’être un peu plus dans la lumière pour gagner en visibilité », souligne-t-elle. Cécile Strouk se dit satisfaite de l’expérience. Elle a fait attention au rythme, a proposé des exercices, s’est également montrée vigilante aux bugs techniques qui peuvent venir gâcher la séance. « C’est très addictif et pas aussi froid qu’on pourrait le penser. On peut arriver à créer des liens avec les auditeurs et les auditrices. » Elle espère ainsi se constituer un réseau pour proposer des ateliers d’écriture, payants cette fois-ci. La plume en est persuadée : « les webinaires vont perdurer. Cela devient tellement simple de prendre une heure de son temps pour acquérir des connaissances sur un sujet qui nous intéresse. »

Il suffit de consulter les hashtags #webinaire ou #webinar sur les réseaux sociaux pour se rendre compte que Cécile n’est pas la seule intéressée par ce format. À Nice, la Banque de France et la FrenchTech proposent une session le 11 juin sur « l’écosystème des start-ups dans les Alpes-Maritimes ». Le 12 juin, Pôle Emploi présente son Lab via un webinaire. Le 16, la revue Esprit en organise un autour de la question « Après le Covid-19, l’économie toujours contre l’écologie ? » Et ainsi de suite… Le webinaire a depuis la crise sanitaire largement dépassé le monde de la formation. Entreprises, médias, associations, collectivités, tout le monde s’y est mis. Comme conférences et séminaires ne peuvent plus avoir lieu « in real life » pour le moment, ils se font en ligne. Le format privilégié : quelques intervenants qui échangent pendant une heure avec des questions par tchat des participants.

Comme une émission audiovisuelle

Le réseau d’agences d’informations Newstank Network a ainsi instauré des webinaires hebdomadaires depuis le confinement. « Nous organisons beaucoup d’événements en temps normal : des petits déjeuners, des grands rendez-vous annuels pour échanger avec nos abonnés. Tant que nous pouvions faire des événements physiques, nous avions des réticences à nous lancer sur le créneau digital. C’est toujours mieux de se voir ! Mais comme nous n’avions plus le choix avec la crise sanitaire, nous avons sauté le pas », détaille Marc Guiraud, président fondateur de Newstank Network. Plus question de s’arrêter. Le chef d’entreprise est conquis : « Le format s’avère très riche en termes de contenus et facile à écouter. Il y a du rythme, une tension comme dans des émissions audiovisuelles, alors que l’on peut parfois s’ennuyer dans de longues conférences. » Il imagine déjà des événements mixtes, en présentiel et en distanciel, pour « élargir le nombre de participants potentiels ».

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Le webinaire devient une vitrine, un outil marketing, une manière de fédérer une communauté, et de faire des affaires. Avec les statistiques du nombre de participants, la collecte des adresses mails, les retours sont immédiats. Aurélien Gohier, senior digital manager chez Dassault Systèmes et entrepreneur, parle ainsi d’une « vague de webinaires ». Pour « garder le contact » avec les PME clientes de Dassault Systèmes, le spécialiste a ainsi imaginé avec ses équipes une série d’événements en ligne baptisés « lesjeudistransfo ». Un cycle de neuf conférences hebdomadaires d’une durée de 20 minutes qui a rassemblé en tout près d’un millier d’inscrits. « L’idée était de proposer du contenu à valeur ajoutée, de ne pas parler de ce qu’on vend, mais de l’état du marché », souligne l’expert qui ne cache pas néanmoins les ambitions marketing du format. Fort de près d’un millier d’inscrits sur l’ensemble du cycle, Aurélien Gohier envisage déjà une deuxième session à l’automne.

Facile

Zoom, Gotowebinar, Livestorm… Les outils pour créer des webinars n’ont jamais été aussi faciles d’utilisation, il est vrai, et ils ont vu leur utilisation exploser durant la crise sanitaire. Zoom annonçait en avril avoir franchi le cap des 300 millions d’utilisateurs quotidiens et parmi eux, le webinaire tient une bonne place. « Notre service de webinar est très populaire et déjà très utilisé par les entreprises. On remarque d’ailleurs une tendance à la hausse en termes d’utilisation », assure Loïc Rousseau le directeur de Zoom en France, sans donner toutefois de chiffres précis.

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Côté participants aussi, le format entre dans les mœurs. Au chômage après la fin d’un CDD, la journaliste Marie Deshayes a profité de ce temps au printemps pour se former via des webinaires sur des logiciels audiovisuels. Elle a aussi suivi un séminaire en ligne de deux jours sur les incivilités numériques. « Ce format abolit les frontières géographiques et démultiplie les possibilités de se former, note-t-elle. Ça donne un coup de boost dans cette période pas simple. » Cédric Jehan, brand and digital manager du group Pilote, suivait déjà des webinaires avant la crise sanitaire, mais il a amplifié sa pratique depuis. « C’est un bon moyen de me tenir au courant de ce qui se fait dans mon secteur, le marketing digital, de connaître des cas pratiques et de nouveaux outils, et ainsi de prendre les devants sur de nouveaux projets, assure-t-il. À l’heure du déjeuner, on peut facilement prendre l’habitude de suivre ces événements en ligne. » La vague webinar n’est pas prête de retomber.

 

Sylvie Lecherbonnier
Sylvie Lecherbonnier
Journaliste, exploratrice du numérique