Cet article est issu du magazine Chut! n°7 – Lost in election, paru en septembre 2021.

« Il y aura des tentatives d’ingérence pour la prochaine élection. C’est écrit, et les menaces ne sont pas voilées. » Pour le président de la République Emmanuel Macron, ça ne fait pas un pli : la Turquie, notamment, pourrait tenter de déstabiliser l’élection présidentielle. Dans le cadre d’un documentaire consacré au président turc Recep Tayyip Erdogan, diffusé en mars dernier dans l’émission C dans l’air (France 5), le chef de l’État français s’est montré particulièrement méfiant face aux menaces extérieures planant sur le processus électoral. Une attitude probablement renforcée par le souvenir des Macron Leaks. Deux jours avant le second tour de la dernière présidentielle, des dizaines de milliers de courriers électroniques liés à la campagne du candidat d’En marche ! avaient fuité, dans le but de perturber le processus électoral. Les regards s’étaient alors tournés vers la Russie, sans certitude.

À quelques mois du scrutin, les services français sont sur le pied de guerre. Début juin, Stéphane Bouillon, à la tête du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale, a indiqué que la France se doterait en septembre d’une agence nationale de lutte contre les manipulations de l’information constituée de soixante personnes. « S’il n’y avait pas de menaces sérieuses, on n’aurait pas créé ce genre d’entité », analyse Pierre-Albert Ruquier, directeur marketing et co-fondateur de Storyzy, une entreprise spécialiste de la  traque des manipulations de l’information. Cet ancien journaliste ne se prononce pas trop sur l’efficacité d’un organisme qui n’a pas encore vu le jour. En revanche, il doute de celle de la loi contre la manipulation de l’information adoptée en 2018 pour prémunir la France de la diffusion intentionnelle de fausses informations. « C’est inopérant. Il faut du temps pour prouver qu’une info est fausse, environ quarante-huit heures de vérification en moyenne. » Et si cette loi rend possible une action judiciaire afin d’interrompre rapidement la diffusion d’une fausse nouvelle pendant les trois mois précédant un scrutin national, son application est limitée à « des allégations ou imputations inexactes ou trompeuses d’un fait de nature à altérer la sincérité du scrutin à venir [qui] sont diffusées de manière délibérée, artificielle ou automatisée et massive par le biais d’un service de communication au public en ligne ». Pour le moment, la loi n’a d’ailleurs débouché sur aucun retrait de fausse information.

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