De l’absence de mail professionnel à la gestion administrative sur papier en passant par une méconnaissance des usages des réseaux sociaux et d’internet, 67 % des TPE se tiennent encore aujourd’hui à distance du numérique. Accompagner ces 2,5 millions de très petites entreprises se révèle pourtant essentiel pour l’économie française, selon une étude du cabinet de conseil Archipel&Co, dévoilée lors du premier petit-déjeuner « Parlons inclusion numérique » organisé en ligne par la MedNum et la Banque des Territoires (Groupe Caisse des dépôts), jeudi 25 mars 2021. Une plus grande inclusion numérique de ces sociétés de moins de dix salariés, pour la plupart artisans, commerçants ou auto-entrepreneurs, pourrait générer entre 23 et 33 milliards d’euros supplémentaires de chiffre d’affaires par an. 700 000 emplois sont en jeu si les plus distantes du numérique ne peuvent plus maintenir leur activité.

« L’inclusion numérique des TPE est aujourd’hui le maillon faible de la transformation numérique des entreprises », analyse Margault Phelip, manager de Archipel&Co, lors du webinaire. Exemple concret : la facturation électronique va devenir obligatoire à partir de 2023. Or encore aujourd’hui, 40 % des TPE ne font que de la facturation papier. Régis Guillen, artisan menuisier et secrétaire général des Compagnons du tour de France le constate au sein de son réseau : « certains artisans, souvent les plus jeunes, sont à fond sur Instagram ou Facebook et attirent de la clientèle par ce biais, quand d’autres n’en voient pas l’intérêt et fonctionnent toujours par le bouche à oreilles. Une fracture se crée entre les usages et les besoins des jeunes et des moins jeunes, des ruraux et des urbains, des artisans et des commerçants… » Et de nuancer : « certains jeunes sont à l’aise avec les réseaux sociaux, mais peuvent ne pas avoir d’adresse mail professionnelle. La première étape est de faire prendre conscience des besoins selon son secteur d’activités. »

De nombreux dispositifs

Convaincre les dirigeants de TPE de se former au numérique, d’y consacrer du temps et de l’argent dans un quotidien déjà surchargé n’est pas une mince affaire. Pourtant, des dispositifs nombreux et variés existent. La Banque des Territoires, la MedNum, Archipel&Co et Wetechcare ont créé la plateforme téléphonique et internet Clic&Connect afin de guider les TPE dans leurs premières démarches. Un millier d’entreprises sont accompagnées dans ce cadre aujourd’hui.

Dans cette perspective de formation, France Num, piloté par la Direction générale des entreprises à Bercy,  propose un Mooc « Ma TPE a rdv avec le numérique ». Elle a aussi développé l’émission de télé « Connecte ta boîte » diffusée sur BFM TV. « On ne va pas toucher les entreprises éloignées du numérique via le numérique. Ce programme télévisé vise un public très large et a pour but de valoriser les métiers, car le numérique ne sera jamais un but en soi. Il ne peut être qu’un moyen dont il faut démontrer les bénéfices concrets », argumente Bénédicte Roullier, cheffe du pôle transformation numérique des TPE/PME, à la Direction générale des entreprises.

Des entreprises privées comme Solocal, propriétaire des Pages jaunes, apportent également leur contribution à travers des audits et des ateliers gratuits. « Il s’agit de partager des bonnes pratiques et de montrer les initiatives sur un territoire donné », détaille Albane de Monchy, responsable de la RSE (Responsabilité sociale de l’entreprise).

Fédérer les acteurs

Malgré ce foisonnement d’initiatives émergentes, les dirigeants de TPE passent souvent à côté, faute de les connaître et/ou d’en mesurer les opportunités. « Passer par des tiers de confiance, des prescripteurs comme les CCI (Chambres de commerce et d’industrie), les CMA (Chambres des métiers de l’artisanat), mais aussi l’expert-comptable ou le banquier peut permettre d’identifier au mieux les besoins de chaque entreprise et de lever les freins », assure Margault Phelip.

Sans parler de guichet unique difficile à mettre en place, fédérer et coordonner les acteurs pour faire monter en puissance les dispositifs, semble une voie à explorer. C’est ce que tentent de faire les Assembleurs dans les Hauts-de-France. Ce hub territorial pour un numérique inclusif a recruté un chargé de mission afin de déployer des actions envers ce public spécifique. Il mène une expérimentation depuis novembre en direction de trois territoires « Action cœur de ville » pour redynamiser les centres-ville de Soissons, Arras et Calais. L’idée est de fédérer les acteurs de la médiation numérique, du développement économique et les collectivités afin de proposer une offre pédagogique à destination des TPE. « La médiation numérique est souvent davantage tournée vers des actions sociales. Il faut donc construire une offre adaptée et se faire rencontrer les différents mondes », assure Églantine Dewitte, directrice du développement des Assembleurs.

« On est encore trop souvent dans des silos entre démarche sociale d’un côté et développement économique de l’autre, reconnaît Nicolas Turcat, chef de service éducation, inclusion, services au public à la Banque des Territoires. Le champ de la médiation numérique, avec le développement de hubs territoriaux notamment, paraît cependant central pour la reprise et la relance économique. » Une manière de tracer un continuum entre inclusion, transformation numérique et développement économique.

Sylvie Lecherbonnier
Sylvie Lecherbonnier
Rédactrice en chef de Chut!