Sur l’écran des cheveux gris s’animent. Un œil apparaît. Une voix résonne. A l’autre bout de la ligne, Marie, 35 ans, est en visio. D’une voix lascive, elle raconte sa journée à sa grand-mère. « Elle ne m’écoute pas vraiment, mais je l’appelle tous les jours parce qu’elle est contente de me voir. Quand on a vraiment quelque chose à se dire, on s’appelle sans vidéo. » Comme elle, beaucoup racontent cette volonté de parler avec ses proches, de les voir même à travers un écran. Sans contact physique et avec des mots doux qui se perdent. « J’ai vraiment l’impression que la façon dont nous nous parlons a beaucoup changée, ajoute Hasna, 20 ans. La dernière fois j’étais en visio avec mon petit frère et je le guidais dans ses devoirs avec des gestes qu’ils ne pouvaient pas voir ça m’a rendu triste. » Elle raconte des silences qui se font et la gêne qui s’installe. « J’ai trouvé mes parents vieux, fatigués et je n’arrivais pas à leur dire. J’ai l’impression que parler en visio c’est beaucoup plus compliqué à cause de l’image. » A cela s’ajoute la crainte d’une utilisation frauduleuse de la visio. « Je fais attention à chaque mot que je dis lors de mes dates ou quand je donne cours, souligne Julie, la quarantaine. J’ai toujours peur de dire une bêtise que ça soit enregistré et balancé sur les réseaux sociaux. En visio, je n’arrive plus du tout à être naturelle. »

Elodie Hervé
Elodie Hervé
Journaliste
Journaliste pigiste, je m'occupe des questions de santé, de discriminations et de migrations. Je suis membre du collectif Tu piges.