Les commentaires vont bon train sur la définition du consentement, qu’est-ce ? Selon Nathalie Bajos, chercheuse à l’INSERM, « consentir, c’est s’engager dans une relation ou des pratiques sexuelles lorsqu’on en a véritablement envie soi-même. » L’occasion de faire le point sur le consentement en 2020 et de voir comment le numérique se fait le théâtre de la rencontre des mentalités, entre prise de conscience, déni et véritable rééducation.

1. Le consentement est d’actualité

Dans l’ère post #Metoo, il est tentant de se dire que la notion a bien été assimilée. Cette enquête née d’une Story Instagram publiée au mois de janvier a reçu plus de 100 000 réponses en 10 jours, avec la participation de plus de 96 600 femmes. Le fait que 75 % des répondantes à cette enquête aient moins de 35 ans démontre bien que le sujet traverse les générations. Les jeunes femmes subissent toujours des abus dans les rapports sexuels ou éprouvent des difficultés à refuser des rapports dont elles ne ressentent pas le désir. S’opposer à la volonté de son partenaire reste tabou, le refus étant mal interprété par le partenaire ou tout simplement ignoré. « Je me rends compte aujourd’hui de la gravité de la situation et que ce sujet ne devrait plus être un tabou, » témoigne une utilisatrice. D’autres avouent qu’elles auraient répondu oui à la plupart des questions.

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Véhiculer l’idée d’un consentement multidimensionnel sur les réseaux sociaux stimule le débat et confronte bien des internautes à leur propre compréhension du terme. Dans ce rôle d’exutoire, mais aussi de médiateur, l’interaction en ligne confronte les visions biaisées du consentement, que ce soit de la part de femmes ou d’hommes.

2. Non c’est non !

L’enquête montre une diversité de situations dans lesquelles le refus est valable. En fait, 100 % du temps, car il n’y a pas de temporalité à la prise de parole. 53 % des répondantes ont fait l’expérience de pénétrations non consenties lors de rapports avec un partenaire. Voici le moment opportun de rappeler que les rapports sans pénétration existent ! L’enquête va encore plus loin, une femme sur trois déclare avoir fait l’expérience d’un rapport non protégé imposé par un partenaire, malgré son désaccord. Il est urgent de déculpabiliser les femmes de vouloir interrompre l’acte sexuel — quel qu’il soit. Plus d’une femme sur quatre déclare que le rapport s’est poursuivi malgré le fait qu’elle veuille qu’il s’arrête. Rappelons-le, toute personne a le droit de changer d’avis. L’enquête isole un aspect essentiel du consentement : sa temporalité. C’est un fait, le consentement peut évoluer pendant l’acte sexuel. Quand une personne exprime sa volonté d’arrêter ou s’oppose à un certain acte, ignorer son souhait et lui imposer un désir contraire dépasse définitivement, et de loin, les limites du consentement.

3. Oui à l’éducation sexuelle, surtout oui à la culture de la parole

Une femme sur six est entrée dans la vie sexuelle par un rapport forcé. Ni désirée ni consentie, cette initiation à la sexualité d’une violence folle laisse bien évidemment des traces. D’autant plus qu’elle survient à un très jeune âge, 36 % de ces répondantes affirment que ce rapport a eu lieu avant leurs 15 ans. L’enquête a voulu mettre en lumière les conséquences en comparant les réponses (voir le tableau ci-dessous). En somme, celles qui ont commencé leur vie sexuelle par un rapport non consenti ont plus de chances de subir d’autres violences par la suite.

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Parmi les éléments de l’enquête #JaiPasDitOui, on trouve le fait que les femmes ayant commencé leur vie sexuelle par un acte non désiré ni consenti sont plus souvent exposées aux violences. ⤵️ Au début de l’enquête #NousToutes, on posait la question du premier rapport sexuel. Nous avons isolé dans notre analyse les 16 000 femmes ayant répondu “Non” et nous avons regardé leurs réponses aux autres questions. Le résultat est … 😳 A toutes les questions, sans exception, les femmes ayant commencé leur vie sexuelle par un acte non désiré ni consenti répondent plus souvent oui que les autres. Par exemple, à la question : « Un partenaire vous a-t-il déjà imposé un rapport sexuel non protégé malgré votre désaccord ? », 28% des répondantes disent oui. C’est le cas de 43% des répondantes ayant débuté leur vie sexuelle par un rapport non consenti ni désiré. A la question : « Est-il déjà arrivé qu'un rapport se poursuive malgré le fait que vous ayez demandé d’arrêter ? », 38% des répondantes disent oui. C’est le cas de 58% des répondantes ayant débuté leur vie sexuelle par un rapport non consenti ni désiré. Ces données sont confirmées par les enquêtes représentatives : commencer sa vie sexuelle par une violence augmente le risque d’en subir de nouvelles par la suite. Que faire de ces données ? Déclencher des politiques publiques qui préviennent les violences dès le plus jeune âge. @OlivierVeran, @MarleneSchiappa : en prévenant les violences dès l’enfance, on permet de prévenir les violences toute la vie. Nous avons besoin d’une action massive et déterminée dans les écoles pour prévenir les violences, les détecter et accompagner très rapidement les enfants victimes. cc JMblanquer. Autre revendication de nombreuses associations de protection de l’enfance soutenue par #NousToutes : un seuil de non-consentement en dessous duquel un acte sexuel sur un enfant soit considéré systématiquement comme un viol. Partagez les résultats de l’enquête #NousToutes Témoignez avec le hashtag #JaiPasDitOui

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Ceci nous rappelle à l’éducation, qu’elle soit à l’école ou à la maison. Apprenons à clairement identifier et déclarer son non-désir en le plaçant au-delà de toute pression, de la part d’individus ou d’un groupe social. Une tâche colossale pour celles et ceux qui ont grandi dans l’injonction de faire plaisir, à la poursuite de l’aval social. Si le non-respect du consentement de l’autre est puni par la loi française, l’enquête montre qu’encore beaucoup de femmes n’osent pas le revendiquer.

Le hashtag #JaiPasDitOui invite à raconter son histoire pour montrer que ces situations sont récurrentes et malheureusement plus fréquentes qu’on ne le pense. Ceci dans l’espoir que ces messages soutiennent une prise de conscience massive du côté des victimes, mais aussi des auteurs.

4. La pression psychologique mène aux violences sexuelles

« Frigide », « coincée », « pas normale », « chiante » — 49 % des femmes ont déclaré avoir subi des propos dévalorisants de leur partenaire, simplement parce qu’elles n’avaient pas envie d’avoir de rapports sexuels. Si l’envie et le désir sont la clé des relations sexuelles saines, le respect, la confiance et une communication bienveillante le sont tout autant. 70 % des répondantes déclarent avoir eu des rapports alors qu’elles n’avaient pas envie, cela sans pression de la part de leur partenaire. Le fait qu’autant de femmes s’engagent dans des rapports sans en éprouver le désir souligne l’incompréhension de la libido féminine et le besoin de revoir le rapport au corps et à l’esprit. Ne pas avoir envie à l’instant T n’est pas dû à une anomalie génétique, mentale ou physique. Que ce soit en couple ou le temps d’une nuit, trop souvent on oublie qu’aucun contrat n’existe et que nul n’est obligé à se soumettre à l’acte sexuel ou aux désirs de l’autre.

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5. Arrêtons de minimiser les violences sexuelles

Les résultats de cette enquête soulèvent la difficulté de définir avec précision les violences faites aux femmes. De fait, le mot n’apparaît nulle part parmi les 30 questions, cela de manière intentionnelle. Les réactions vives sur les réseaux sociaux témoignent de l’incompréhension de la démarche de la part du public. L’équipe #NousToutes explique avoir choisi d’omettre le mot dans les questions. L’utilisation du terme de « viol » pose problème, car il est souvent peu reconnu en tant que tel par les victimes elles-mêmes. Distinguer les zones d’ombre permet de mieux les mettre en évidence et de les déconstruire pour que chacune et chacun puisse y reconnaître ses expériences.

 

Les réactions à l’enquête fusent sur les réseaux sociaux et pointent vers un besoin de présenter une définition plus contrastée du consentement. Si cette initiative a permis aux victimes de se sentir reconnues et moins seules, les échanges entre utilisateurs qui y vont de leur pédagogie pour éclaircir certains points exposent les bienfaits d’une parole libérée. On ne peut s’empêcher d’espérer que la parole en ligne fasse l’effet d’une rééducation des mentalités sur ce principe fondateur de relations égalitaires, qui par définition serait sans équivoque. Comme le dit si bien une internaute : « L’intérêt c’est le consentement. C’est voir qu’on n’a pas forcément toutes et tous une vision éclairée de ce qu’est le consentement. L’intérêt, c’est de montrer qu’il faut changer les choses. » Voilà la véritable puissance du numérique.

 

Pour aller plus loin

Visionnez l’analyse complète des résultats

Lisez les 108 947 réponses de l’enquête

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Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Fascinée par la relation entre l'humain et la tech, je décrypte les tendances innovantes qui tentent de répondre aux enjeux sociétaux d'aujourd'hui et de demain. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations de digital nomade, avec ou sans connexion.