Il a beau être tout sourire ou prêt à vous envoyer des baisers, il ne faut pas se fier aux apparences. Sous la frimousse rondouillarde d’un emoji à l’air bien intentionné peut parfois se cacher une gifle brutale. « Chez les 18-25 ans, il y a un usage très ironique et agressif de l’emoji bisou. Comme le clin d’œil et le sourire, il peut avoir une connotation très prétentieuse », décrit la doctorante en sciences du langage à l’Université Paris-Nanterre Chloé Léonardon, dont la thèse porte sur l’usage des émoticônes dans les écrits numériques. Loin d’embrasser, de sourire ou de cligner de l’œil en signe de connivence, l’emoji, malgré sa physionomie débonnaire, peut donc par moment servir à communiquer son mépris.

Voilà qui semble, de prime abord, paradoxal. Même si l’on a conscience que ces petits pictogrammes peuvent être symboliques — la preuve avec l’aubergine, devenue emblème phallique —, ceux qui représentent des visages sont des icônes, en raison de la similitude entre le faciès stylisé de l’emoji et celui de la personne l’employant. Dans cette optique, un sourire figure un sourire. Point. Et c’est vrai que, de la même manière que des formules de politesse (« Est-ce que je peux avoir… ? », « J’aimerais bien un peu d’eau s’il vous plaît »), « ces émoticônes ont souvent un rôle de “softener”, d’adoucisseur ; elles permettent de rendre moins agressifs nos propos », ajoute Chloé Léonardon.

Daphnée Leportois
Daphnée Leportois
Journaliste fluide
Le numérique ne modifie pas que virtuellement notre environnement comme nos manières de vivre. Décrypter ces évolutions humaines en cours et leurs petits impacts faussement anecdotiques me passionne.