Le minimalisme est un courant philosophique qui se veut aller à l’essentiel. Il est souvent considéré comme un mouvement artistique épuré à l’extrême dont le Youtubeur Matt d’Avella se joue d’ailleurs avec second degré dans sa vidéo A Day in the Life of a Minimalist.

 

Mais le minimalisme n’est pas une esthétique, c’est une réflexion pour un meilleur confort de vie. Cela ne signifie pas sacrifier votre collection d’Harry Potter, votre panoplie de figurines POP ou vos baskets préférées. C’est réussir à identifier ce qui vous apporte vraiment de la valeur ajoutée dans votre vie.

Dans leur podcast bien nommé « The Minimalists », les deux créateurs s’attardent sur leur motivation. Il n’est pas question de donner des leçons, de dire aux gens ce qu’il faut faire ou de faire du prosélytisme. Ce n’est pas juste avoir ou faire moins, ou aller à l’essentiel. C’est se poser des questions, chercher la réflexion, l’introspection même. Pour savoir ce qui est essentiel à nos yeux, loin des influences multiples extérieures (médias, publicités, société, amis, familles, etc.).

Alors que certain.e.s tentent vainement ou sporadiquement des Digital Detox, sans totalement sortir de la spirale de l’hyperconnexion, un courant du minimalisme s’attarde sur notre rapport au numérique, le digital minimalisme. Le digital minimalisme cherche à ancrer une discipline dans la durée vis-à-vis de notre usage du numérique. On l’a constaté à la lumière du livre Hooked, notre usage du numérique est intrinsèquement lié à son design, lui-même calqué sur nos fonctionnements cognitifs. Il est donc difficile de s’en défaire, de s’émanciper de son influence, de lui désobéir.

Pour cela, il nous faut comprendre notre propre fonctionnement, comprendre la lutte interne qui s’opère entre ce « bruit » constant et un silence qu’on semble craindre. Entre le plein et le vide. Pour peut-être retrouver un équilibre perdu…

À la poursuite du bruit

Au commencement était le bruit. Ce bruit fait partie de nos vies depuis longtemps. Le bruit visuel des publicités, devenu télévisuel et puis globalement médiatique. Seulement avec l’hyperconnexion contemporaine, il n’a de cesse. Il est là lorsqu’on se réveille en checkant nos messages, lorsqu’on s’endort en checkant nos mails. De notification en notification, notre cerveau ne semble plus avoir de « temps disponible ».

Ironiquement, nous sommes devenus hyperdisponibles avec les messageries instantanées présentes constamment sur nous. Entre le smartphone et internet, on peut parler à nos amis à l’autre bout du monde, certes, mais on est aussi constamment joignable. Le bruit ne prend donc pas de vacances. Et les schémas sociaux traditionnels se heurtent alors à un dilemme. La politesse qu’on nous a apprise nous fait nous sentir « obligé.e » de répondre et « coupable » si on ne répond pas, mais on ne peut répondre tout le temps à tout le monde. C’est le constat de Cal Network, auteur du Digital Minimalism, invité dans la vidéo Digital Clutter  de « The Minimalists ». Alors, comment faire la part des choses ?

 

La « hustle culture » comme la nomme Greg McKeown dans la vidéo Becoming an Essentialist, n’arrange rien. « Hustle » en anglais, cela signifie être actif, s’activer voire se presser. Greg McKeown, auteur de L’essentialisme, constate que les gens sont de plus en plus occupés. Être occupé serait-il un facteur de réussite ? De vie bien remplie, voire accomplie ? Cette norme semble s’être installée. Si bien que lorsque Greg McKeown demande aux gens comment ils vont, ils lui répondent qu’ils sont « occupés ».

 

Si tant est que nous ne sommes pas assez occupé.e.s, une « peur » emblématique des réseaux sociaux semble faire sa loi, consciemment ou pas, parmi nous. La FOMO, ou plus communément appelée « Fear Of Missing Out ». La peur de rater quelque chose. Afin de se tenir au courant, il nous faut connaître les dernières nouvelles, la dernière chanson de Beyonce ou le dernier scandale télévisuel. Mais quand dormons-nous ? Avons-nous même le droit de dormir dans ce cas ?

Loin du design éthique, toutes ces notifications push portent bien leur nom. Elles forment des stimuli auxquels notre cerveau se sent pousser de répondre. C’est si compulsif, que certain.e.s d’entre nous ont parfois l’impression de sentir leur téléphone vibrer même sur silencieux. C’est si instinctif, que certain.e.s d’entre nous sont capables de trouver leur application Messenger les yeux fermés comme un ballet digital (au sens propre comme au figuré). Des comportements qui ne sont pas sans frôler l’obsession, car les récompenses de dopamine que le corps envoie à la réception d’un message ou d’un like, rendent facilement accro.

Le vide est une pause récréative potentielle pour le cerveau

Et s’il vous arrivait de ne pas savoir quoi regarder ou lire, les recommandations sont là pour vous servir. Que ce soit le feed constant Instagram, le rebond d’image en image sur Pinterest par sérendipité, les vidéos Youtube ou la liste de votre compte Netflix, vous êtes assurés de ne jamais vous ennuyer. Car après tout, qui voudrait s’ennuyer ?

Saut dans le vide !

Et si on passait du côté obscur de la force ? Du côté de l’ennui, du vide, du silence. Non ? Vous trouvez ça effrayant ? Mais derrière le flux constant de divertissement et de distraction procuré par votre smartphone ou votre ordinateur, c’est la « charge technologique », ou « the technological exhaustion », l’épuisement technologique, qui vous guette.

Une étude qu’on retrouve dans le livre Hooked a mis en avant que l’être humain préfère une stimulation négative à pas de stimulation du tout. Serait-ce notre besoin de lien social qui nous titille derrière ce besoin ? Fort probable. Néanmoins, les réseaux sociaux offrent un écran de fumée. Cal Newport met ainsi en avant deux points qui mettent en péril l’utilisation des réseaux sociaux pour satisfaire notre besoin de lien humain. Premièrement, la dynamique mise en place force davantage les gens à se comparer et crée la frustration de ne pas atteindre l’idéal dépeint sur les profils de chacun. Deuxièmement, il semblerait que le lien social le plus satisfaisant soit traditionnel : parler et voir la personne. Or, nous communiquons de plus en plus uniquement par message textuel.

 

Si la peur de l’absence de stimulation est inscrite en nous, cela ne signifie pas que nous n’en avons pas besoin. Demandez à un designer UX ou UI, le « blanc » ou le « vide » est utile. Si vous remplissez l’espace visuel d’informations, l’utilisateur ne sait pas où regarder, il ne sait pas distinguer ce qui est important de ce qui ne l’est pas. Eh bien, pour toutes les stimulations de votre smartphone, c’est pareil !

Le vide est aussi utile quand il se présente sous la forme de l’ennui. C’est une pause récréative potentielle pour le cerveau, il peut vagabonder d’une pensée à une autre et laisser son imagination aux commandes avec liberté.

Le vide, l’absence de plein, c’est aussi laisser l’occasion à l’inattendu d’arriver. Croiser un ancien collègue qui nous offre une opportunité professionnelle au lieu d’avoir le nez dans son téléphone. Ou encore « to buffer » ou « temporiser » un imprévu sans bouleverser son emploi du temps. Vous aviez prévu 30 minutes de « rien » dans votre emploi du temps et finalement votre métro a un problème, ce qui vous permet d’arriver à l’heure pour votre rendez-vous. Sans stress.

Le vide, le silence, c’est aussi s’octroyer des temps de pause. Des temps de pause dans son quotidien, des temps où on fait le vide, où son cerveau peut « défragmenter » à la manière d’un ordinateur comme lorsque nous dormons.

Le vide, c’est aussi avoir du temps pour prendre soin de soi, méditer, se recentrer et être dans le moment présent. Un temps qui permet de profiter de sa solitude, de l’apprivoiser, de s’apprivoiser, de se connaître.

Et si finalement s’ennuyer, c’était ça ? Un moment volé au temps qui n’appartient qu’à nous. Une bouffée d’air quand on retient son souffle. Une question de survie ?

Réaligner ses chakras

Dans la quête du minimalisme, le chemin est jalonné de questions. Des questions qui paraissent futiles « quand on n’a pas le temps ». Des questions utiles pour se réapproprier ce temps. Mais comment se le réapproprier ?

On l’a constaté avec cette pause numérique, il est important de poser des limites. De compartimenter aussi, pour remettre l’outil à sa place d’outil. S’il le faut, il est possible de s’organiser un « temps » pour les usages numériques.

Matt D’Avella lors de son challenge de Digital Detox de 30 jours s’autorise un certain nombre de minutes pour consulter ses réseaux sociaux qu’il programme même avec une alarme dans son planning. Ainsi pas de scroll sans fin, de conversations instantanées qui deviennent éternelles. Mettre une limite, c’est aussi préserver sa productivité et empêcher son téléphone d’empiéter sur son travail.

 

Ce cadre vous permet qui plus est de vous concentrer enfin sur une tâche à la fois et d’arrêter de courir après le « multitâche ». Un luxe qui vous permet d’être plus créatif ou plus productif. Et si d’aucuns parlent de Deep Focus ou de Mindfulness comme d’un moment de suprême concentration, vous sentez que vous n’êtes pas loin.

Mais voici que la pression du bruit se fait de nouveau sentir : quel est le dernier trending topic, le dernier jeu vidéo, le dernier même sur 9gag ? Une bouée de secours se profile à l’horizon. De la FOMO émerge son double bénéfique, oserai-je dire, le JOMO. Tel un patronus, il vient nous sauver de la peur avec joie ! C’est rien de le dire puisqu’il veut dire Joie de rater quelque chose, « Joy Of Missing Out ». De quoi relativiser sur ce qui est important ou non. Car après tout prioriser, c’est forcément renoncer.

Mais pour maintenir cet équilibre entre le bruit et le silence, il vous faudra probablement sortir de votre zone de confort. Au-delà de constater les effets négatifs que le numérique peut avoir sur nos vies et de poser les jalons d’une discipline à suivre, il vous faudra trouver une intention. Il vous faudra aller au fond de votre esprit et trouver ce que vous voulez vraiment faire, même si cela amène des réflexions inconfortables. Car c’est bien ce qui semble nous faire défaut, nous avons besoin de sens. Donnons-nous en les moyens.

Allez ! Prenez votre courage à deux mains, car si vous ne décidez pas de vos priorités, c’est le numérique qui le fera pour vous. Alors, faites le ménage, faites le tri ! Désencombrez votre cerveau comme vous feriez un ménage de Printemps. Posez-vous les questions importantes. Qu’est-ce qui vous rend heureux.se ? Comblé.e ? De quoi ai-je vraiment besoin ? Quel temps ai-je vraiment à allouer à ça ? Ai-je vraiment besoin de ça ? Qu’est-ce que cela m’apporte en réalité ? Qu’est-ce que je voudrais que ça m’apporte ?

Ai-je besoin de lien social ? Ne serais-je pas davantage heureux.se en programmant un dîner tous les jeudis avec mes amis. Ai-je besoin d’être chaque soir sur Instagram ? Est-ce que je veux de la reconnaissance ? Un maximum d’abonnés ? Ou est-ce que je veux me renseigner sur les dernières tendances en motion design ? Ou sur les réflexions féministes actuelles ?

Qu’est-ce que je veux vraiment ? Qu’est-ce qui est essentiel ? Qu’est-ce qui est superflu ? De quoi je parviens à me passer ?

 

Le bruit des médias, des notifications, des informations, est partout. Il fait partie de notre société, si bien son absence nous effraie. Si bien qu’on le croie bruit blanc apaisant alors qu’il est nuisant. Mais chut ! Un instant. Posez-vous. Car la tentation est grande, et le numérique est pavé de bonnes distractions. Interrogez-vous. Car vous êtes plus que le téléphone greffé à votre main !

Gwendoline WEBER
Gwendoline WEBER
Ménestrelle numérique
Oscillant entre galéjades giffesques, modération bienveillante, veille im-pertinente, haikus récréatifs et designs amuse-oeil. VENI VIDI SHARED