« Si Internet était un pays, il serait le troisième consommateur d’électricité, derrière la Chine et les États-Unis ». Ainsi débute la fable, bien réelle, dans laquelle l’union de l’ogre numérique et de la fée électricité en compromet une autre : celle de la transition numérique et de la transition écologique. Dans cette histoire du XXIe siècle, les data centers – les centres où sont stockées les données informatiques – jouent un rôle de premier plan. Et pour cause : leur empreinte carbone constitue 2 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, un niveau comparable à celui du transport aérien. En France, le Sénat estime que ces centres représentent 14 % de l’empreinte carbone nationale du numérique. La raison ? Des données toujours plus nombreuses, stockées sur des serveurs dont l’activité permanente dégage de la chaleur, qu’un système de refroidissement gourmand en eau et/ou en électricité doit contenir.

Une gabegie d’électricité qui s’accommode mal avec les objectifs de neutralité carbone visés par la Commission européenne. Une vingtaine d’associations professionnelles et environ 70 opérateurs européens du cloud ont montré patte blanche aux autorités en signant le « Climate Neutral Data Centre Pact ». Cette initiative d’autorégulation lancée en janvier 2021, non-contraignante, porte l’ambition de rendre les centres de données « climatiquement neutres » d’ici à 2030. Efficience énergétique et efficience de l’utilisation de l’eau, économie et énergie circulaire, consommation d’électricité décarbonée et meilleure gouvernance du secteur sont les axes fixés par le lobby européen du data center. Voilà pour la théorie. Mais à quoi ressemble, dans la pratique, un modèle énergétique plus vertueux ?

Lec'hvien Julien
Lec'hvien Julien
Journaliste