Mieux consommer ou mieux faire des affaires ?

Tout ce qui s’offre se vend, surtout en cette saison. Une étude menée par Ebay montre que nous avons de moins en moins de scrupules à filer sur un site de revente sitôt nos cadeaux déballés. 17 % des Français avaient prévu de revendre leurs cadeaux cette année, contre seulement 7 % d’Italiens et d’Espagnols. Le pic des nouvelles annonces aurait même eu lieu dès le 25 décembre, sans complexe ! En même temps, comment ne pas voir une aubaine ? Le budget des fêtes grimpe rapidement et nous sommes nombreux à devoir économiser en vue de ces dépenses à l’approche de Noël.

À d’autres périodes de l’année, la vente d’occasion permet de ne pas avoir à attendre les soldes tout en faisant un geste pour la planète, le summum du chic en ce moment. Quel poids pèse le choix écologique dans la balance ? La question est légitime. Du côté des consommateurs, la popularité de la vente d’occasion reflète-t-elle une conscience éveillée vis-à-vis de notre consommation ? Ou sommes-nous plutôt motivés par le pouvoir d’achat augmenté de l’équation : plus de biens à moindre coût ? Du côté des entreprises de revente, le modèle économique qui mêle mise en relation et prix réduits intègre-t-il réellement une démarche anti-gaspillage ? Ici le numérique joue un rôle central au cœur d’une tendance bien de notre temps.

La mode d’occasion sur internet, un duel entre algorithmes et arnaqueurs

Un nouveau top pour la soirée de samedi, des baskets d’une collaboration qui nous étaient passées sous le nez — les plateformes de revente de vêtements d’occasion proposent de concilier fièvre de la mode et conscience écologique tout en faisant des économies. Qui dit mieux ?! La croissance exponentielle de l’application lituanienne Vinted montre une nouvelle façon de faire des sessions shopping. Née au lendemain de la crise financière de 2008, la plateforme a mis du temps à percer. C’est seulement au cours des deux dernières années, et une belle levée de fond, que l’activité s’est développée en France, l’un des marchés principaux pour Vinted. Les avantages sont nombreux et la montée à bord de l’outil est un jeu d’enfant. Le témoignage d’Hélène est éloquent :

« J’ai choisi une application parce que j’avais plutôt eu des mauvaises expériences avec d’autres sites. La plateforme est très intuitive et facile d’utilisation. Les échanges avec les potentielles acheteuses se sont toujours bien passés et j’ai réussi à vendre plusieurs articles, sans aucun problème et à récupérer l’argent. En tant que vendeuse, c’est tout bénèf, il n’y a aucune commission à payer. Tiens ça me fait penser que j’ai encore 40 € à récupérer ! »

Comme dans toute success story, la montée à l’échelle est accompagnée de critiques. Les litiges commerciaux mal gérés et à un SAV accusé de ne pas être suffisamment réactif sèment le doute. Fort heureusement, à tout problème existe une réponse technologique ! Un algorithme est mis en place pour mieux gérer le flux des échanges. Résultat : des demandes traitées plus rapidement, mais aussi des comptes bloqués, ou même supprimés, suite à des mésententes de marchandage ou de simples erreurs de procédure. Il semblerait que l’erreur est technologique. Alors qu’en réalité, l’humain gagne du terrain et teste les limites de la tech : tandis qu’acheteurs et vendeurs « hackent » le système, l’automatisation se prend les pieds dans le tapis.

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De son côté, le site Vestiaire Collective choisit d’investir dans l’emploi justement : une équipe inspecte les produits, afin de repérer les contrefaçons avant même qu’elles atterrissent entre les mains des acheteurs. L’expérience client et la confiance sont au rendez-vous, même si cet effort supplémentaire se répercute par une commission plus importante — le prix de la qualité mesdames et messieurs !

La meilleure solution est-elle plutôt technologique ou humaine ? Pas de réponse simple, coupons la poire en deux. Un algorithme permet d’affiner le service, de faciliter la montée à l’échelle et donc de permettre à plus de monde d’accéder à une qualité de service supérieure — tant que les requêtes restent simples. Une équipe de salariés chargée de lutter contre les contrefaçons et une autre pour gérer les relations vendeur-acheteur complexes revalorisent des expertises clés que l’on pensait menacées par l’automatisation et le machine learning. Pour le meilleur ou pour le pire, on ne se défait pas si facilement de la complexité humaine.

Le smartphone neuf, notre mauvaise habitude préférée

Si certains ne gardent un smartphone que six mois, bien heureusement nous sommes plusieurs à vouloir en prolonger la vie. Mais quand vient le moment fatidique d’en changer, vers qui nous tournons-nous ? Quand on voit le prix prohibitif des modèles récents, il est tentant de vouloir faire quelques économies en passant par les sites de revente d’outils numériques reconditionnés. Ici, à l’inverse des plateformes spécialisées dans la mode, la relation de particulier à particulier n’existe pas et pour le mieux. Saviez-vous qu’une batterie contenant du lithium peut exploser si elle n‘est pas correctement manipulée ? Les sites revendeurs se fournissent chez un mélange de gros et petits acteurs du secteur (parfois même aux États-Unis), experts en manipulation de produits électroniques d’occasion.

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À savoir qu’opter pour un smartphone d’occasion, à défaut de ne pas en avoir un du tout, est un geste écologique de taille. Dans son rapport « Guide to Greener Electronics 2017 », Greenpeace a déterminé que 70 % à 80 % de l’empreinte carbone d’un outil numérique émanait de la phase de fabrication, largement basée sur le charbon et l’extraction minière de métaux recherchés. Sans parler du fait des conditions de travail douteuses, nous en parlions dans un article dédié au Fairphone. Pendant ce temps, les classements évaluant l’éthique des fabricants montrent qu’il y a énormément de progrès à faire.

Le système mis en place par les opérateurs n’aide en rien à l’économie des ressources. Les forfaits avec renouvellement de téléphone compris encouragent à changer d’appareil et réduisent la conscience de ce que cela implique. Les entreprises friandes de ces formules renouvellent bien souvent leurs flottes de smartphones avant même que ceux-ci soient hors d’usage. Incidemment, cela représente une aubaine pour les acteurs du reconditionnement. Malheureusement, ce dernier atteint ses limites face au mur de l’obsolescence programmée. Cette pratique, qui vise à raccourcir la vie d’un outil en état de marche pour inciter à l’achat, rend les systèmes difficilement réparables ou mis à jour. Une stratégie qui donne lieu à des cycles de consommation numérique accélérés auxquels nulle initiative de reconditionnement ne peut parer.

Circularité et entrepreneuriat à base de technologie

Méli-mélo de gig économie et circularité, la revente de biens d’occasion pointe vers une évolution encourageante de l’entrepreneuriat par le numérique. Le succès de l’application Depop, née en 2011 et très plébiscitée par les adolescents, montre à quel point la revente peut faire partie de l’identité numérique de ces jeunes, à force de créativité et d’entrepreneuriat précoce. L’interface copiée collée sur celle d’Instagram encourage à l’expression artistique et offre un nouveau terrain de jeu pour des entrepreneurs en herbe.

Lointains sont les enfants qui vendaient des gâteaux fait-maison à la kermesse, aujourd’hui on stylise son identité visuelle et on entreprend du fond de sa chambre d’adolescent. En mode influenceur, on devient sa propre égérie et on fait des affaires pour se payer ses prochaines vacances ou un nouveau sweat de marque. Plus on s’investit en se créant une image reconnaissable, parfois digne d’une campagne Gucci, plus le chaland sera inspiré à l’achat. Depop, c’est la suite logique du système de la mode, de l’influenceur Instagram, une véritable usine d’entrepreneurs modeux !

 

L’achat de produits d’occasion en ligne est une tendance de notre temps, un pied dans la conscience écologique, un autre dans la consommation : on vend pour racheter, circularité. La génération des moins de 20 ans a grandi dans l’épilogue de la crise financière de 2008. Aujourd’hui ils sont exposés, de près ou de loin, aux catastrophes climatiques successives. Pendant ce temps, l’éco-anxiété monte et nos consciences écologiques d’adultes se réveillent, ou s’affolent. Biberonnés aux applis, aux algorithmes, férus de hacking (dans tous les sens du terme) et à l’entrepreneuriat en quelques clics, les verrons-nous basculer vers des modèles de consommation plus en phase avec les défis de notre temps ? En attendant, longue vie à l’anti gaspillage et aux secondes vies !

Maï Trébuil
Maï Trébuil
Digital Nomade
Fascinée par la relation entre l'humain et la tech, je décrypte les tendances innovantes qui tentent de répondre aux enjeux sociétaux d'aujourd'hui et de demain. Éternelle curieuse, je m'inspire de mes déambulations de digital nomade, avec ou sans connexion.