Dans votre livre Héritage et fermeture. Une écologie du démantèlement, vous introduisez les concepts de « commun négatif » et de « ruine ». Comment les définissez-vous ?

Les « communs négatifs » ont été définis pour la première fois par les sociologues écoféministes Maria Mies et Veronika Benholdt-Thomsen. Au départ, le terme désignait les déchets de façon générale. Puis, avec le penseur japonais Sabu Kohso, il s’est déplacé sur les déchets nucléaires, qui sont plus que de simples déchets puisque la planète n’est pas capable de les absorber. De mon côté, j’étends la définition des communs négatifs à tout ce dont nous allons hériter : des sols pollués, des rivières sans poissons et des infrastructures en déshérence. Ces exemples sont ce que j’appelle des « ruines ruinées » : des vestiges d’une extraction, d’une exploitation ou d’une destruction passée. Mais il existe aussi des « ruines ruineuses », c’est-à-dire des ruines « flambant neuves », qui correspondent à une vision dégradée du progrès et de l’innovation. L’enjeu est d’identifier ce type de ruines en remontant à leur origine. Le smartphone en est un bon exemple : pour que ce marché existe avec l’ampleur qu’on lui connaît, il faut des proto-esclaves à Taïwan et dans les mines du Kivu, en République démocratique du Congo.

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