On se zoome ?

« Tu télétravailles ? », « je vais téléconsulter », « on se zoome ? », « prêt·e pour un apéro-Skype ? », « scanne le QR code pour avoir accès au menu » … La crise sanitaire, et singulièrement le confinement, ont fait émerger de nouveaux mots dans notre vocabulaire. Pas sûr que le Larousse ou notre bon vieux Petit Robert les homologuent tous, mais ils démontrent l’irruption ou l’amplification de nouveaux modes de vie… à distance. Gestes barrières obligent ! Deuxième vague ou pas, le mode « télé » est parti pour durer.
La télémédecine est en plein essor. De quelques milliers par semaine avant le confinement début mars, le nombre hebdomadaire de téléconsultations a atteint le million au plus fort de la crise sanitaire. Fin juin, l’Assurance maladie en dénombrait encore près de 400 000 par semaine. Renouvellement d’ordonnances de patient·es connu·es, consultation d’anesthésie pour des opérations bénignes, écoute psychologique… La téléconsultation a prouvé son utilité sur le long terme au cas par cas. Laure Dominjon, médecin généraliste et présidente du syndicat REAGJIR (REgroupement Autonome des Généralistes Jeunes Installés et Remplaçants) en est convaincue : « Cet outil ne va pas modifier notre pratique au quotidien. Mais il peut, sans être massif, avoir toute sa place. »
Autre « télé » parti pour durer : le télétravail. Selon une enquête de la mutuelle Malakoff Humanis de juin 2020, 73 % des télétravailleur·ses sont satisfait·es de cette manière de travailler et 84 % souhaitent demander à en bénéficier régulièrement après la crise sanitaire. Moins de transport, plus de souplesse… Beaucoup de salarié·es voient de nombreux avantages à travailler depuis leur domicile un ou plusieurs jours par semaine. Certaines entreprises, comme PSA en France ou Google aux États-Unis, proposent même à une partie de leurs collaborateur·trices de passer à 100 % de télétravail. Venir au boulot devient alors l’exception.
Besoin de déconnexion
Attention à la surchauffe néanmoins. Dans nos vies connectées, la chambre est devenue bureau, le canapé est squatté en permanence, les outils de visio servent tout à la fois aux rendez-vous clients, aux apéros avec les potes et aux classes virtuelles avec les enseignant·es.
Vie professionnelle et vie privée s’entremêlent jusqu’à se confondre plus ou moins joyeusement, et les risques de burn-out ne sont pas si loin. « Paradoxalement, plus il y a de télécommunications, plus le face-à-face physique manque. Et c’est l’une des grandes leçons de cette
période, note le sociologue Francis Jauréguiberry. Les gens sont arrivés à un trop-plein médiatique, et il est apparu plus fortement ce besoin d’apprendre à gérer la connexion et la déconnexion. » Une envie d’appuyer sur pause et de se retrouver « in real life ». Alors, on se voit bientôt, on se fait un Doodle pour trouver une date ?
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