Prônant une stabilité encore jamais égalée pour une cryptomonnaie, Facebook compte sur ses 2,3 milliards de membres actifs pour donner vie à son projet. Son principal attrait ? Les échanges et les paiements sécurisés sont réalisés instantanément en un clic à travers le monde.

Une simplicité attirante basée sur la technologie blockchain, mais qui profite bien évidemment au géant américain dont la Libra devrait grandement stimuler les offres de commerce en ligne. Beaucoup y voient un nouveau pont vers l’hégémonie Facebook, d’autres la réalisation d’un progrès inévitable. La Libra intrigue, inquiète, enthousiasme selon les points de vue. Mais quoi qu’il en soit, elle s’apprête à faire une entrée fracassante dans nos vies.

Plus fort que le Bitcoin ?

Terminé les billets, les pièces et même les cartes bancaires. La Libra est une monnaie entièrement numérique. Pour Mark Zuckerberg son premier rôle est de faciliter le paiement des utilisateurs. Au travers d’un porte-monnaie dématérialisé, elle permettra en effet d’effectuer toutes sortes d’achats en ligne directement depuis le réseau social ou les applications telles que Messenger et WhatsApp. Une plateforme dédiée nommée Calibra a même été créée pour encadrer les échanges.

L’objectif de Facebook et des entreprises à l’initiative du projet est de voir s’étendre l’utilisation de la Libra aux paiements quotidiens. Son taux de change limité et encadré constituera notamment un réel avantage pour les pays émergents sujets à une forte inflation. Pour assurer cette stabilité qui fait défaut aux autres cryptomonnaies, elle s’appuie sur une réserve d’argent fournie par les membres fondateurs. Un apport à hauteur de 10 millions de dollars chacun, leur permettant d’exploiter et de distribuer la cryptomonnaie. L’ONG en charge de la gestion investira la somme dans des actifs réels à faible volatilité provenant de banques centrales stables. Les intérêts restants suite aux coûts d’infrastructure seront répartis en dividende aux membres fondateurs.

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Pour pallier les défauts de la blockchain traditionnelle du Bitcoin, la Libra ne fonctionne pas par bloc de transactions dans l’historique du registre. Afin de se rendre plus fiable et grand public, elle réalise des transactions une à une et de manière séquentielle. Une technologie lui permettant de passer de 7 transactions par seconde à plus de 1000.

Le poids de la chaîne de blocs s’avérant également un problème conséquent, les créateurs de la Libra ont développé un système de registre « jetable ». Ainsi, seul le dernier bloc est nécessaire pour valider les prochaines transactions. La décision de conserver ou non les registres revient uniquement aux entreprises gestionnaires.

Libra, pas si libre que ça !

Les cryptomonnaies nécessitent une ribambelle d’ordinateurs pour réaliser les calculs et valider les divers blocs de transactions. Un fonctionnement énergivore que l’on appelle « minage », particulièrement néfaste sur le plan écologique. Pour limiter ces répercussions, Libra opte pour un modèle consistant à ne laisser travailler qu’un seul nœud. Sélectionné par algorithme, le créateur des nouveaux blocs est rémunéré par des frais de transactions. Un rôle réservé aux entreprises membres ayant rempli les conditions pour siéger au conseil.

Un point sur lequel les nombreux partisans de la cryptomonnaie fonctionnant par blockchain décentralisée sont farouchement opposés. Loin d’être opérable par tous, la validation des transactions de la Libra s’avère donc réservée à une élite. Parmi les membres du conseil de l’Association Libra, on décompte bien sûr Facebook, mais aussi de grands groupes financiers tels que PayPal, Visa ou MasterCard, des sociétés de service en ligne, de blockchain et de capital-risque. On y retrouve également de grandes entreprises de télécommunication à l’image de la firme française Illiad, maison mère de Free, qui a récemment publié un communiqué de presse pour annoncer sa participation au projet.

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Dans un livre blanc pour présenter sa future Cryptomonnaie, Facebook explique ce choix controversé pour des raisons de fiabilité et de vitesse. Le système centralisé serait l’unique moyen de garantir une stabilité et une sécurité face à un chiffre très important de transactions.

Une réponse louable qui fait néanmoins grincer de nombreuses dents. Rappelons que seule une entreprise appartenant à la liste Fortune 500 peut prétendre à un siège. Ce qui n’est pas le cas des États. Chaque entreprise peut alors investir pour obtenir des votes, pour un montant de 10 millions de dollars chacun, jusqu’à un plafond de 1 % du total. Un nombre de sièges qui pourrait bien s’étoffer dans les mois à venir.

L’Association Libra assure avoir pour objectif de travailler à une transition vers un système sans permission. L’actuel statut permettra d’assurer un fonctionnement optimal durant les premières années.

Un potentiel succès qui inquiète jusqu’aux gouvernements

Depuis l’affaire Cambridge Analytica, Facebook reste pointé du doigt pour ses écarts sur la gestion des données personnelles. Un point sensible qui exacerbe le doute des États et des régulateurs sur la confidentialité des futures transactions de la Libra.

Et la polémique va plus loin, avec les déclarations des ministres des Finances du G7 concernant les risques d’une telle cryptomonnaie. Steven Mnuchin, le secrétaire du Trésor américain, tirait la sonnette d’alarme en livrant ses inquiétudes : « La Libra peut être mal utilisée pour blanchir de l’argent ou financer le terrorisme ». À cela s’ajoute le bilan écologique désastreux des monnaies virtuelles qui s’avèrent être de véritables gouffres à énergie. Reste à savoir quelles seront les mesures appliquées pour endiguer le déploiement de la Libra.

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À l’exemple du ministre de l’Économie Bruno Lemaire, la colère des gouvernements gronde à l’encontre de la future monnaie au sein de la zone euro. Selon la banque centrale européenne, un trop grand succès de la Libra risquerait de réduire la demande et déstabiliser l’Euro. La méfiance est à son comble avec une nouvelle monnaie dématérialisée qui pourrait bien nuire considérablement à l’équilibre de notre politique monétaire. Des répercussions qui dépendront de la part de l’Euro alloué au panier de réserves de la Libra.

 

Propulsée sur le devant de la scène par l’incontournable Facebook, la Libra devrait enrichir notre choix de monnaies en 2020. Une chose est certaine, elle va grandement booster le commerce en ligne de la multinationale américaine grâce à la plateforme Calibra. Sera-t-elle un nouveau tremplin pour consolider la puissance de Facebook ? Entre grogne des gouvernements et interrogations sur son fonctionnement, la Libra ne manquera pas de faire parler d’elle dans les mois à venir. Affaire à suivre.

Thomas Bossy
Thomas Bossy
Scribe numérique
Voilà un mot bien inusité pour se retrouver devant notre digital, qui lui bien connu, envahit nos vies modernes d’une multitude de manières. J’aime jouer sur les contrastes, fouiller, chiner et comprendre ce qui fait les particularités d’un sujet pour le mettre en avant. Je suis un scribe derrière son écran.