#lemot

Illectronisme(s)  

La langue française a cela d’étrange qu’il est facile d’inventer de nouveaux mots pour traduire d’autres maux. L’illectronisme en est l’exemple parfait. Avec ce condensé d’illettrisme et d’électronique, on comprend rapidement de quoi il est question : d’inhabileté numérique.

Pas facile de s’adapter à ce monde connecté, d’autant plus en période de confinement, et surtout quand on n’a jamais eu besoin de support informatique dans sa vie et que jusqu’ici, on s’en passait très bien. Pas facile non plus de s’adapter à ces nouveaux outils, à la dématérialisation de l’administration. En particulier lorsque l’on habite en zone blanche ou grise, comprenez quand le débit internet n’est pas au rendez-vous, et que vous avez le temps de prendre un café entre le chargement de chaque page.

C’est ce que révèle une enquête menée par l’institut CSA Research à la demande du Syndicat de la presse sociale (SPS) en 2018, qui a été suivi d’un livre blanc « Contre l’illectronisme ». Son président, Philippe Marchal, le martelait alors « trop de personnes restent en dehors de ce tourbillon [numérique], des laissés pour compte, des populations trop âgées, trop jeunes, trop pauvres, trop étrangères à ce monde dématérialisé qu’elles ne peuvent maîtriser. Tous nous interpellent. Il faut impérativement trouver des solutions pour que ce monde numérique soit accessible à tous. »

Une chose semble certaine, c’est que ce nouveau mot montre l’amplification des inégalités sociales. De 7 à 77 ans et même plus, nous sommes en fait toutes et tous atteint d’illectronisme, à différents degrés. Les « papis » et les « mamies » ne sont pas les seuls concernés, et ne sont pas forcément concernés, d’ailleurs. Beaucoup s’en sortent très bien un smartphone dans une main, un ordinateur dans l’autre. Ne tombons pas dans les clichés. Savoir éditer un post sur Facebook ne fait pas de nous un as de la bureautique ni de l’informatique. On voit aussi beaucoup de jeunes peiner dans leur quotidien dès qu’ils font face à des logiciels de bureau ou à de nouvelles applis pourtant tendance.

L’illectronisme doit se penser au pluriel. Face à un nouveau logiciel, à une nouvelle version du site de paiement des impôts, à un nouveau smartphone. Devant cette vague du numérique, la formation, formelle ou informelle, est devenue notre salut. Elle prend la forme de tutoriel vidéo pour certains, de formations présentielles pour d’autres (en dehors de la crise sanitaire), elle devient nécessaire tout au long de la vie, l’appli CPF (Compte Professionnel de Formation) en poche ou pas.

Parler d’illectronismes, c’est parler d’un véritable enjeu pour notre société, c’est parler d’égalité, de mixité, de diversité. C’est inclure tout le monde et s’adresser à toutes et à tous. C’est revenir dans l’ère du papier, agrémentée de numérique, quand il le faut. C’est penser utilisatrices et utilisateurs dans l’expérience, ce n’est pas faire du numérique le Saint Graal, mais un outil au service de la société. C’est faire du numérique un outil de lien social, non d’exclusion, même en période de confinement et au-delà. A.B.

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