Pourquoi avoir choisi de n’accélérer cette année que des startups de la tech ayant aussi un engagement social sociétal et/ou environnemental ?

On oppose encore très souvent les univers de la technologie et l’inclusion, en considérant que la technologie est un facteur d’exclusion. Pourtant, le lien entre numérique et responsabilité est de plus en plus fort. Dans les projets qui relèvent des usages et services (Smart City, Santé,…), notamment, il y a de plus en plus de startups qui mettent la technologie au service de l’inclusion, des plus âgées, des plus jeunes, des personnes ayant des besoins spécifiques… Dans la Deep Tech, aussi, les questions de responsabilité sur l’usage de la data ou la problématique de l’impact environnemental des data centers sont prises en compte. C’est pourquoi l’impact positif, l’engagement social sociétal et/ou environnemental des solutions connectées est devenu cette année un critère de sélection supplémentaire pour rejoindre le programme French IoT.

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En fait, nous avons réuni deux programmes d’accompagnement de startups existants, qui se ressemblaient : French IoT, destiné aux startups dans le domaine de la technologie et des services connectés et le Trophée des élanceurs, qui soutenait les entreprises de l’économie sociale et solidaire. Il y avait chez les candidats à French IoT une tendance à vouloir proposer un service utile, à impact positif, dès le lancement de leur activité. Et les entreprises de l’ESS voulaient progresser, aller vers un développement national, voire européen, ce qui pouvait parfois passer par le numérique. Nous voulons accompagner des startups 100 % engagées. La crise sanitaire a accéléré notre démarche : les grands défis de société font encore plus sens qu’avant.

Vous visez également la parité du côté des entreprises lauréates en 2020, dans un secteur très peu féminisé…

Nous voulons en effet atteindre la parité cette année, en sélectionnant 50 % de startups dans lesquelles des femmes ont un rôle décisionnel et une capacité d’agir sur la structure, qu’elles soient cofondatrices ou associées. C’est un défi important. Mais nous estimons qu’il n’est possible de construire des outils pour tous pour demain que si les solutions sont portées par une population mixte. Or, l’an dernier, seules cinq entreprises lauréates sur quinze avaient été fondées par des femmes. Dans le savoir, les loisirs, la mode, l’entrepreneuriat au féminin est usuel. Dans la tech, il faut encore les chercher ! Sur les stands des salons, où nous allons fréquemment, il n’est pas rare que nous apprenions qu’il y a une fondatrice derrière une startup, mais qu’elle n’est pas là pour la représenter. Il faut inciter ces femmes à prendre la parole, se mettre en avant et incarner leurs entreprises.

Percevez-vous une évolution positive de la place des femmes dans les entreprises du numérique ?

Cela évolue, mais il faut travailler avec les femmes dans la durée. Car ce que l’on observe aussi beaucoup, ce sont des femmes, présidentes ou directrices générales qui se mettent peu à peu en retrait et cèdent leur place à un associé, homme. Ce n’est pas une question de personne, mais de culture. Les femmes entrepreneures font face à pas mal d’obstacles dans ce secteur. Des études ont montré qu’elles sont encore et toujours moins crédibles que les hommes quand elles se présentent à un investisseur ou un banquier. Dans nos actions de mentorat, notamment, nous veillons à avoir 50 % de femmes et 50 % d’hommes, pour contribuer à changer les mentalités. Il va falloir poursuivre les efforts, si l’on veut des changements. Les lauréates 2020 seront des rôles modèles.

En quoi consiste l’accompagnement des startups lauréates ?

Nous les réunissons d’abord plusieurs jours, pour un « 360 degrés de l’entrepreneur » : master class, rencontres avec des gens qui ont réussi sur la scène internationale… Ensuite, chaque mois, le « startuper day » permet de travailler sur des points particuliers — le modèle économique, le plan de financement… – selon les besoins. Enfin, nous proposons du coaching adapté à chacune des entreprises, toujours en fonction de leurs besoins.

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Par ailleurs, nous participons à beaucoup de salons et d’événements, en Europe et aux Etats-Unis. C’est une façon de les rendre visibles et de permettre la mise en relation avec des partenaires, des grands groupes. Parfois encore, ces startups répondent à des appels d’offres avec La Poste et deviennent prestataires. Nous n’investissons pas, mais nous pouvons orienter au mieux ces entreprises sur des questions de financement et de levée de fonds. Et nous leur permettons aussi de profiter des compétences de l’équipe technique de Docaposte, qui peut les aider sur les applications, le design, organiser un panel pour faire réagir les clients sur le produit…

Quel est le moment opportun dans la vie d’une startup pour candidater à French IoT ?

Nous sommes un accélérateur. Nous avons accompagné des startups lauréates qui existaient en recherche et développement depuis six ou sept ans ou d’autres, portées par des jeunes fraîchement sortis d’écoles et qui étaient passées rapidement de la phase du concept au produit. C’est lorsqu’on a dépassé le stade du concept et qu’on entre dans la phase de pré commercialisation ou de commercialisation, avant de lever de fonds que notre accompagnement peut avoir les meilleurs effets.

Nous faisons également entrer chaque année une trentaine de candidats non lauréats dans un vivier. Nous repérons et faisons en sorte d’encourager les startups qui ont une très bonne idée, une très bonne équipe, mais sont encore trop dans la phase de concept pour être lauréates. Avec elles, nous ne sommes pas dans l’accompagnement, mais nous les intégrons à la communauté French IoT. Elles rejoignent notamment notre groupe privé sur LinkedIn, dans lequel nous mettons des contenus à disposition de la communauté. Et nous favorisons également les mises en relations nécessaires quand elles sont prêtes à prendre leur envol.

 

Candidature ouverte jusqu’au 10 juin 2020

Isabelle Maradan
Isabelle Maradan
Journaliste numérique
Tropisme pour les connexions entre êtres humains qui font bouger les lignes - pas que de codes - et combattent les inégalités, les divisions et les fractures - pas que numériques - avec ou sans 4G.