Comment la présence des utilisateurs des réseaux sociaux a-t-elle évolué depuis le début du confinement ?

 Michelle Gilbert. Il y a une corrélation entre l’installation de la maladie, le passage des pays en phase de crise, et les connexions sur les réseaux sociaux. L’évolution des fréquentations a été observée dès les premières semaines en Italie, le premier pays d’Europe du Sud attaqué par le virus. Les appels sur Messenger ou WhatsApp ont plus que doublé, par rapport à la même période l’année dernière. Et dès les premières semaines du confinement, les live sur Facebook ont également été multipliés par deux.

Quel rôle ces réseaux jouent-ils en cette période inédite ?

Michelle Gilbert. En ce moment, il y a un fort besoin de rester en contact les uns avec les autres, d’être à plusieurs, de faire ensemble, de partager des moments conviviaux. Avec le confinement, cela passe beaucoup par le numérique et les réseaux sociaux. Connecter les gens, créer les liens, des opportunités, est la fonction de base et d’origine de Facebook. Notre mission n’a pas changé, mais elle est exacerbée par cette crise sanitaire. Les gens ont davantage besoin d’être connectés. Le digital est devenu la ligne de vie, pour le travail, l’école, le lien avec les amis. Il nous a d’ailleurs fallu nous adapter. Pour éviter les problèmes de connexion, nous avons réduit le débit de nos vidéos afin de conserver de la bande passante.

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Une grande solidarité s’est mise en place spontanément sur les réseaux. Artistes, institutions culturelles, musées, enseignants pour les devoirs ont, par exemple, proposé des live et des appels à dons sur Facebook et Instagram en France. Nous avons créé un espace pour mettre en avant ces initiatives avec le hashtag #ensembleàlamaison. David Guetta a notamment donné un énorme concert en live sur FB, qui a permis de récolter 600 000 euros en deux heures pour les hôpitaux de Paris.

Notre mettons quotidiennement en avant des initiatives dans chaque région de France. Je pense notamment au hashtag #àvosgateaux, lancé sur Instagram et bénéficiant aux soignants. Dans les dix premiers jours du confinement, plus de 500 000 personnes se sont retrouvées dans plus de 1000 groupes d’entraide en France. Je n’ai jamais vu autant de solidarité. Pour l’accompagner, nous avons aussi mis en place « Community help », qui permet de faire correspondre une offre et une demande. Mettre en relation une infirmière qui cherche une chambre, avec quelqu’un qui en propose une à côté de son hôpital, par exemple.

En mettant en avant les informations des autorités de santé depuis le début de la pandémie, et en luttant contre les fake news, Facebook semble assumer un rôle d’éditeur de contenus…

Michelle Gilbert. Nous ne nous positionnons pas comme éditeur de contenus, même pour cette crise, mais bien comme réseau social et plateforme où des gens viennent consommer de l’information. Celle-ci n’est pas écrite par Facebook, mais par les organismes de santé et les journalistes. Outre notre mission de lien social, un autre pilier, aussi important pour nous, est de bien informer les gens. Notre plateforme numérique permet de diffuser de l’information à grande échelle. Nous pouvons toucher près de trois milliards de personnes.

Notre responsabilité est que chaque personne qui tape le mot covid ou coronavirus sur un réseau social ait d’abord accès à une information vérifiée sur un fil d’actualité, grâce à un travail étroit avec les organisations sanitaires, les médias et les gouvernements, qui peuvent s’appuyer sur la technologie de nos plateformes. Le gouvernement français a notamment mis en place deux services d’information dédiés au coronavirus sur les messageries WhatsApp et Messenger. Et, sur Facebook et Instagram, plus de deux milliards d’utilisateurs ont été dirigés vers les ressources et informations des autorités sanitaires, dont l’Organisation mondiale de la santé.

Un travail renforcé en cette période propice à la diffusion des fausses informations…

Michelle Gilbert. Comme il s’agit de la santé, de nombreuses choses publiées ne sont pas vraies. Nous avons donc lancé une batterie d’initiatives très tôt dans la crise. Par ailleurs, nous luttons de longue date, en France et dans le monde, contre les fausses informations. Mais nous ne sommes pas les arbitres de la vérité. Nous avons des partenaires : des médias font un important travail de fact checking.

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Il y a plusieurs barrières. Si une information est nuisible pour la santé des utilisateurs, elle est supprimée. S’il s’agit juste d’une fausse info, elle va être signalée comme telle. Un filtre gris va préciser que cette info a été vérifiée comme fausse. Si l’utilisateur veut la partager, nous lui envoyons un second message en lui précisant à nouveau qu’elle est fausse. Concernant le covid, toute personne qui a été en interaction avec une fausse info reçoit un message pour lui signaler. Elle est redirigée vers les infos des autorités ou des articles avec des infos vérifiées par les fact checkers. 85 % des gens concernés ne vont pas plus loin.

Nous avons également renforcé certains partenariats, en finançant, par exemple, la production de vidéos avec l’AFP (Agence France Presse), qui expliquent comment on peut détecter les fausses informations. Mieux vaut prévenir que guérir !

Quelle prévention menez-vous en direction des diffuseurs de fake news ?

Michelle Gilbert. Nous investissons énormément dans la chasse aux fausses pages, qui sont aussi des usines à fausses infos. Elles le font pour gagner de l’argent, par la publicité générée par des grandes audiences et par la vente de produits. Il faut toujours investir dans ce domaine, car rien n’est jamais acquis. Lorsque vous trouvez une astuce, vous n’avez pas fini pour autant. C’est notre responsabilité et il s’agit d’une lutte permanente. On ne peut jamais dire que le problème est réglé. On joue au chat et à la souris. Nous sommes aidés en cela par l’investissement de nos partenaires, dont les médias. Les utilisateurs jouent également un rôle. Ils signalent et nos équipes se saisissent du problème. Pour les fausses informations, c’est comme lorsque l’on porte un masque et reste chez soi pour éviter de propager le virus, chacun a une responsabilité pour ne pas les diffuser.

Isabelle Maradan
Isabelle Maradan
Journaliste numérique
Tropisme pour les connexions entre êtres humains qui font bouger les lignes - pas que de codes - et combattent les inégalités, les divisions et les fractures - pas que numériques - avec ou sans 4G.