Bloum, c’est quoi ? C’est pour qui ?

Avant le livre Bloum, il y a eu Bloom, un programme en ligne suivi par 800 personnes en 2019. Le livre est le récit de l’aventure des ateliers en ligne et amènent à les découvrir. Cet atelier Bloom a commencé parce que j’aime tenter des choses que je n’ai jamais faites. Et je me suis dit que j’allais écrire un roman. Sans arriver à rien. Créer des personnages m’était difficile, et trouver des histoires qui tiennent compliqué. Je m’embêtais tellement à me heurter à ces obstacles que j’ai participé à des cours d’écriture et compulsé des recherches, afin de trouver une note positive à l’écriture. En faisant cela, j’ai mis le doigt dans un pot de confiture. Finalement plutôt que de m’acharner à écrire ce roman, j’ai décidé que j’allais appliquer ce que j’apprenais, pour ensuite le proposer à d’autres.

Ces ateliers ne sont pas littéraires. L’objectif est d’essayer différentes pratiques pour trouver celle qui nous va le mieux et sortir de cet environnement complexant autour de l’écriture. Pas besoin d’avoir été bon en français ou impeccable sur l’orthographe. Il y a dans ce que je fais un prisme psychologique, autour de ce qui peut nous alléger la vie. Et dans ces sommes d’exercices, il y en a aura qui vont nous permettent d’être qui on est. L’idée est d’appuyer sur les boutons qui nous guident vers le contentement.

Le développement personnel passe désormais par l’écriture ?

C’est en effet un atelier d’écriture dont vous ne sortirez pas indemne d’un point de vue personnel, pourtant je trouve le mot « développement » présomptueux. Ecrire un texte demande des efforts et malgré cela, contrairement à un dessin sur lequel il est facile de jeter un coup d’œil, beaucoup de textes ne sont jamais lus. Dans ces ateliers, ce qui est important, c’est d’écrire avec d’autres gens, logés à la même enseigne, et cela nous donne une voie pour être lu·es et s’encourager entre participant.es. Et ça, c’est vraiment le truc en plus. Vous disposez d’un public de pair, et non d’experts.

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Comment se déroule les ateliers en ligne ?

Pour participer, je propose par alternance, des exercices confidentiels et des exercices publics. Il y a une partie de l’écriture qui est intime à ne montrer à personne. Les exercices publics sont à venir poster sur la plateforme. Certains viennent uniquement pour écrire, sans se conformer à un rythme, et avancer seul·es (offre solo). D’autres viennent parce qu’ils et elles ont envie d’être lu.es et sont content.es de lire les textes des autres (offre table d’écriture). Nous composons aussi des groupes de 10 personnes, avec lesquels vous allez écrire au même rythme (offre groupe privé). Il se crée dans les deux derniers cas une microcommunauté d’écriture qui nous rend redevables, nous motive, et crée des liens avec les autres. 

Tout est 100 % en ligne et je reste cramponnée à cette idée. J’avais moi-même participé à des ateliers physiques et trouvé cela génial, mais lorsqu’on est pris par le temps ou par ses responsabilités, il est plus facile d’intégrer un atelier digital dans son quotidien. Cela permet une plus grande justice d’accès. On écrit quand on veut, et où on veut. Ceux qui sont dans des petits groupes vont peut-être se donner rendez-vous dans des zoom, par exemple pour écrire en même temps.

L’année dernière les participant.es avaient insisté pour que nous organisions une rencontre,  alors nous nous sommes retrouvé·es lors d’un apéro au cours duquel les gens se sont tombés dans les bras. Ils et elles se connaissaient au travers de leurs textes et styles. Je ne sais pas si la crise sanitaire nous encouragera à faire de même en 2020.

Comment parvenir à accompagner les personnes de façon juste, avec la juste dose de conseils, avec des ateliers en ligne ?

Je tiens à cette lecture par les pairs, bien que cela cela crée pour certain·es personnes qui aimeraient avoir sur leur production un regard de « correction », une petite frustration. Mais il ne s’agit pas d’un atelier littéraire, le but est d’écrire quelque chose de soi-même, on est donc dans une humilité humaine partagée. Mon rôle est de concevoir ces ateliers, et ensuite de les faire progresser.

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BLOUM. n. f. m.

Etat d'épanouissement personnel atteint lorsque son cœur fait boom. S'obtient à l'issue d'une séance d'écriture intime, créative, partagée, ou les trois à la fois.

Écriture clavier ou écriture papier ?

Le clavier permet d’aller plus vite, on est plus proche de notre réflexion, de la façon dont surgissent les idées et les mots. Mais quand on écrit à la main, il y a une plus forte synthétisation. On va mieux mémoriser ce qui est manuscrit, que ce qui est tapé sur clavier. Désormais, les écrans tactiles permettent aussi d’écrire avec les pouces et nous dictons de plus en plus à nos machines.

Pour ma part, lorsque je tape sur mon clavier, j’ai vraiment l’impression de ne plus être à l’école. Et cela me rassure. Une participante à l’atelier l’an dernier écrivait  les textes à la main. Puis elle rétranscrivait tout sur ordinateur pour le partager dans le groupe. A la fin du programme,  elle a recopié tous ses textes publics dans un cahier pour en faire cadeau à l’amie qui lui avait offert l’atelier. Voici quelqu’un qui a conservé une vision romantique de l’écriture papier. À l’inverse, des gens ont aussi fait la totalité de l’atelier sur leur smartphone.

Nous ne sentons pas que le digital présente un frein à la dynamique de l’atelier, au contraire. On y croise une création immédiate de sens communautaire, dans un format d’intelligence collective total. Et ce sont les participantes de 28 à 83 ans (les femmes composent la majorité des ateliers) qui la créent, en s’écoutant, en se faisant rire ou en étant touchées.

L’écriture est même une bonne excuse pour se frotter à ces mécaniques digitales. Les participant·es les plus âgé·es nous le démontrent. Pour certaines, nous facilitons leur transition numérique en les motivant à utiliser leur ordinateur et à se connecter sur Internet.

Et l’écriture inclusive ? Vous y accordez tout un chapitre de votre livre.

L’écriture inclusive est un choix que j’ai fait au moment de l’écriture du livre Bloum. Elle est très tentante, tant le masculin partout qui n’a pas lieu d’être, est présent dans notre langue. Il est pourtant plus laborieux d’écrire comme cela et la lecture peut aussi l’être dans les premières pages. Mais je suis convaincue que si on ne change rien, rien ne va changer. Depuis Bloum, je ne peux plus écrire un texte sans qu’il soit inclusif et je m’aperçois qu’il  m’est devenu naturel de m’exprimer ainsi.  J’ai une mère féministe de la première heure, et pour me motiver je relis les textes avec son œil à elle.

Et pour le nouvel atelier 2020  ?

Il y a une vraie promesse dans ce programme. Offrir la possibilité de s’éclater sur des choses qui paraissent liées à un effort, mais qui sont bourrées de satisfactions. Cette Covid ébranle pas mal de choses en et autour de nous et l’écriture en commun est un bon moyen de rester relié·es, quelles que soient les épreuves ou modifications que nous traversons.


Bloum ! L’atelier d’écriture pour s’épanouir et kiffer

Aurore BISICCHIA
Aurore BISICCHIA
Conteuse numérique
Cofondatrice du média Chut !