Quand Aurélie, 31 ans, utilise son portable pendant sa balade en forêt, ce n’est pas pour attraper des Pokémons, mais de vrais animaux. Pour cette céramiste et passionnée de nature, ces applications sont désormais indispensables. Sa préférée ? I Naturalist.

Initiative de l’Académie des sciences de Californie et de la National Geographic Society, cette plateforme permet d’identifier la faune et la flore que l’on rencontre, en prenant simplement une photo, qui est ensuite comparée avec une base de données de plus de 13 000 espèces par une intelligence artificielle. Le tout sourcé par une communauté de 400 000 scientifiques et naturalistes passionnés. « A chaque fois que je me retrouve dans un environnement que je ne connais pas trop, je m’en sers pour en savoir plus sur les animaux présents », raconte Aurélie. Il est aussi possible de discuter de ces trouvailles avec les autres utilisateurs : « c’est un moyen de parler de nos intérêts entre passionnés », confesse la jeune femme. En plus de la photo, il est possible d’indiquer sa position GPS, ou encore un son. De précieuses ressources pour la communauté scientifique, qui utilise ensuite ces données pour des recensements d’espèces et des études de terrain.

On pensait que c’était des données qui ne valaient rien, parce qu’elles étaient collectées par des particuliers, alors que c’est en réalité une richesse.

Marjorie Poitevin, de la Ligue de Protection des oiseaux

Un océan de données

« Il y a quelques années les sciences participatives étaient encore très mal vues par les scientifiques », explique Marjorie Poitevin, de la Ligue de Protection des oiseaux, « on pensait que c’était des données qui ne valaient rien, parce qu’elles étaient collectées par des particuliers, alors que c’est en réalité une richesse ». Depuis 2012, via le Collectif national des sciences participatives-Biodiversité et la plateforme OPEN, elle tente de regrouper toutes les initiatives en France, soit plus de 150 programmes.

L’une d’elle, Sauvages de ma rue, offre la possibilité de participer, même en ville ! La seule condition est d’avoir un bout de trottoir. L’idée ? Permettre aux citadins de reconnaître les espèces végétales qui poussent dans leur environnement quotidien, même s’ils n’ont aucune connaissance en botanique. Créée en association avec le Muséum d’Histoire Naturelle, l’application a pour but de permettre aux citadins de reconnaître les espèces végétales qu’ils croisent quotidiennement dans leur rue. « Les utilisateurs peuvent télécharger des fiches terrains qui leur expliquent la marche à suivre, c’est vraiment très simple à utiliser », précise Élodie Masseguin, coordinatrice projet pédagogique pour l’association Tela Botanica. Au total, 110 000 relevés ont déjà été effectués, le tout en open data. « Pour pouvoir identifier une plante précise, on utilise Plant.net, dont la base de données a largement été alimentée par les contributions de Sauvages de ma rue ».

Protéger l’environnement


L’appli propose un « outil d’export » où il est possible de visualiser les données disponibles via une carte interactive, et en choisissant une période de temps. Une fonctionnalité intéressante pour un usage personnel, mais qui est aussi de plus en plus utilisé à l’échelle collective :  « une commune peut par exemple demander à voir l’évolution de la flore urbaine sur son territoire pour observer les changements. Cela peut avoir un gros impact, notamment au niveau de la communication sur la lutte contre les pesticides », analyse Élodie Masseguin.

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Tout aussi engagée, l’appli Sentinelles de la nature, incite ses utilisateurs à signaler toutes atteintes à la nature repérée sur leur chemin. Décharge sauvage, pollution d’un cours d’eau ou dégradations volontaires, les utilisateurs sont à l’affût du moindre écart. Lancée par France Nature Environnement, elle a déjà permis de repérer près de 2 500 dégradations environnementales en France, qui ont donné lieu à des enquêtes approfondies. Grâce à une carte interactive, les informations sont directement transmises aux référents associatifs de la région, le tout en garantissant un total anonymat.

Plus léger et vraiment très agréable d’utilisation, on retient la nouvelle application de Vigie-Nature : Bird Lab. Le concept est simple, identifier des espèces d’oiseaux et repérer leurs comportements face à des mangeoires sur un balcon. Le tout avec un design vraiment agréable. On joue, mais tout en aidant la recherche : le protocole scientifique a été établi par les chercheurs du Muséum national d’Histoire naturelle et d’AgroParisTech.

Puits de savoir, outils citoyens de partage et d’enrichissement, ces applications sur la faune et la flore ont le mérite de donner à voir et à connaître les richesses souvent méconnues de notre planète.

Amelia Morghadi
Amelia Morghadi
Journaliste