Cette chronique est issue du magazine Chut! n°7 – Lost in election, paru en septembre 2021.

Léa a 24 ans. Sur Instagram, elle suit surtout des comptes féministes. Il y a quelques mois, cette Rennaise s’est trouvée face à un constat brutal : celui d’être enfermée dans sa propre vision du monde en ligne. « Sur Instagram, j’ai l’impression que la révolution féministe est pour demain, mais quand je parle avec des gens hors de mon cercle, j’ai un retour à la réalité assez violent. »

La faute aux « bulles de filtres » ? Ce concept théorisé en 2011 par l’activiste américain Eli Pariser désigne la façon dont les algorithmes des plateformes sélectionnent et hiérarchisent l’information pour les internautes, renforçant ainsi leurs opinions. Le but de l’entreprise étant de garder les internautes connecté·es le plus longtemps possible et de les faire revenir sans cesse.

Mais rien n’indique que sans ces algorithmes, nous serions davantage confrontés à des centres d’intérêts et opinions autres. « La bulle de filtres vient renforcer la tendance naturelle de l’homme à l’homophilie, à savoir la tendance à se rapprocher de ses semblables », éclaire Julien Mésangeau, enseignant-chercheur à l’Université Sorbonne Nouvelle. Ce phénomène a été renforcé en ligne par les algorithmes de recommandation. Ils ne font « que renforcer une bulle dont nous dessinons nous-mêmes les contours », résume Vincent Cocquebert, dans La Civilisation du cocon (Arkhê, 2021), un essai sur l’aspiration au repli sur soi.

Avec le risque, selon le journaliste, d’un morcellement de plus en plus grand du corps social. En limitant ainsi la confrontation à l’altérité — et surtout, avec la contradiction — et la mise en place d’actions collectives pour pouvoir changer le réel, cette fragmentation met à mal la fabrique d’une opinion éclairée et, finalement, la démocratie.

Charlotte Hervot
Charlotte Hervot