« 50 % de visites en plus sur le site». « Nous avons doublé le trafic ». Durant le confinement, les propriétaires de sites dédiés aux reconversions et aux changements de vie ont vu l’affluence grimper.  « J’ai vu le nombre de prises de contact doubler, dès la fin de la première semaine du confinement. C’est une lame de fond qui a débuté il y a déjà plusieurs années, et aujourd’hui, c’est un véritable boom. Les gens ont eu plus de temps, ce qui leur a permis de se poser les vraies questions. Une réflexion difficile lorsque l’on a la tête dans le guidon. Leur quête de sens s’est encore renforcée : pourquoi rester dans un bullshit job, qui ne sert pas à grand-chose à part enrichir une entreprise ? », explique Hélène Picot, coach en reconversion professionnelle, confirmant cette tendance.

Et pour ce faire, les outils numériques sont une précieuse ressource. Marie-Laure peut en témoigner. Cette assistante maternelle, qui a commencé à travailler dès le bac, rêve de se tourner vers l’associatif et le culturel. Elle s’est donc lancée dans une VAE (validation des acquis de l’expérience), pour obtenir un DEJEPS (diplôme d’État jeunesse, éducation populaire et sport), en  « animation socioculturelle et projets territoire et réseaux ».  « J’ai tout fait grâce à internet. Je me suis renseignée en ligne, le plus dur a été de faire le tri et de trouver les bonnes informations. Le dossier de VAE est chronophage, le confinement s’est révélé le parfait moment pour m’y consacrer ! En tout cas, sans internet, je n’aurais jamais pu le faire. Avec mon travail, mes enfants, je n’aurais jamais pris le temps de me déplacer, de chercher des livres… Cela aurait été tout simplement impossible pour moi », estime-t-elle. Marie-Laure n’est pas la seule à voir ces difficultés. Déjà, en 2017, selon un sondage Odoxa, deux tiers des Français jugeaient » difficile » le virage professionnel, notamment à cause de la formation.

Le bon moment de se lancer

Le confinement a participé à donner un coup de boost aux formations en ligne, les seules autorisées dans un premier temps. Selon la Fédération de la formation professionnelle, si 10 % des cursus se faisaient sur internet avant la crise, leur part pourrait grimper jusqu’à 25 %.  « Durant le confinement, de nombreuses personnes ont pris conscience qu’elles avaient un CPF, que c’était peut-être le bon moment de l’utiliser, nous avons donc vu une explosion des recherches pour des formations à distance, aussi bien pour de l’anglais et de l’informatique que pour des CAP coiffure ou cuisine. Parmi les plus recherchées : petite enfance et secrétaire médical, par exemple », détaille Jérémy Plasseraud, responsable du site Maformation. C’est aussi l’occasion de toucher des personnes qui n’auraient peut-être pas osé passer le cap.  « Clairement, il s’agit aussi d’une nouvelle cible pour les formations à distance. Celle de secrétaire médical est ainsi très plébiscitée par les mamans qui s’occupent de leurs enfants à domicile. Ce côté pratique, le fait de gérer son temps comme on le souhaite, participe à leur faire passer le cap », ajoute-t-il. Temps dégagé oblige, en avril 2020, les demandes de VAE ont augmenté de 30 % sur son site.

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Et si les coachs, bilans de compétences et formations présentielles vont rapidement reprendre du poil de la bête, indispensables pour de nombreux professionnels en quête d’un accompagnement approfondi, de nombreux outils en ligne ou » blended » se développent depuis quelque temps. Anaïs Georgelin, fondatrice du site Somanyways, croit au blended, un mélange entre les deux.  « Nos parcours d’accompagnement, qui durent dix semaines, sont déclinés en formules présentielles ou distancielles. Dans les deux cas, les personnes ont accès à une plateforme digitale, avec du contenu à visionner et des exercices à préparer avant une session d’échange avec un coach. Personnellement, je ne crois pas au 100 % digital non accompagné, je pense qu’en tant qu’humains, nous avons besoin d’un échange. Dans une reconversion, il y a des moments où l’on peut être fragilisé émotionnellement et psychologiquement, et dans ce cas, la machine ne suffit pas », souligne-t-elle. Avant le confinement, elle lançait un programme tous les deux mois. En ce moment, c’est plutôt toutes les deux ou trois semaines.

La force du collectif

En temps normal, les clients de la start-up Switch Collective peuvent se retrouver dans les locaux de la boîte pour des ateliers collectifs, une fois par semaine.  « Le truc en plus, c’est la force du collectif. Le fait de se retrouver avec 39 autres personnes, qui elles non plus ne s’épanouissent plus dans leur job, permet de déculpabiliser, de partager les mêmes craintes et réflexions. On se retrouve dans un univers bienveillant, où l’on se donne le droit de prendre du temps pour soi et de réfléchir à ce que l’on veut vraiment dans sa vie professionnelle ou personnelle. Aujourd’hui, nous sommes 100 % à distance, bien sûr, mais nous avons recréé le même écosystème, pour conserver cette émulation collective. Certains apprécient même d’autant plus les échanges à distance et nous ont confié que le fait de parler derrière son écran leur permet de se livrer plus facilement et d’être davantage eux-mêmes », pointe Floriane Pelletier, qui gère le marketing de la jeune pousse. Un groupe Slack a été créé pour permettre de garder le lien, même en dehors des meetings.

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Offres accessibles

D’autres outils se veulent de la même façon 100 % digital, mais conservent néanmoins ce petit lien qui change tout. Alexis Botaya en fait partie. Fondateur de StartNow, il propose une méthode à petits prix (49 euros), avec un programme numérique, un e-coaching et un mailing avec du contenu, pour aider les personnes déjà engagées dans le processus de reconversion à ne rien lâcher.  « Notre offre est très accessible, mais se destine à des personnes déjà résolues à passer à l’action. Vous avez déjà eu le déclencheur, mais vous ne savez pas par où commencer. L’idée est alors d’aider à bâtir le plan d’action », résume-t-il. Une » structure », pour Aminata, qui a utilisé ce programme. Auparavant ingénieure environnement, elle rêve d’entrepreneuriat et d’ouvrir son espace de coworking, un tiers lieu qui lui ressemblerait, en région parisienne ». J’ai eu la chance de pouvoir aussi échanger, en parallèle de l’offre numérique, avec Alexis par téléphone. Cela m’a vraiment aidée à développer mon projet. Sans ces outils digitaux et ces échanges, j’aurais certainement fait plus d’erreurs et j’aurais perdu du temps », déclare la jeune femme, qui table sur 2021 pour la grande ouverture, les travaux étant encore à l’arrêt. Un sondage AEF Info indiquait en 2019 que 93 % des Français ont déjà envisagé de changer de métier. Pour les plus décidés, il ne reste plus qu’à franchir le pas.

Laura Makary
Laura Makary
Plume Journaliste