Cette chronique est issue du magazine Chut! n°7 – Lost in election, paru en septembre 2021.

Cela n’existe pas, les émotions dans les machines. Ce sont des modèles artificiels qui sont capables de trois choses : détecter les émotions des humain·es, pouvoir raisonner dans un système de dialogue, et ensuite générer des phrases qui ont un sens avec un comportement soit dans la tessiture de la voix, soit à travers des gestes ou des actions qui laissent à entendre une émotion. Ce qui marche le mieux, c’est la synthèse des émotions, faire des voix artificielles qui vont vous dire “vous êtes formidables”. On donne à la machine la capacité de parler. Or, si on revient au fondamental, la parole, c’est le propre de l’humain. Ça nous différencie des animaux. On donne cette capacité aux machines. Mais absolument pas avec l’essence même qui fait la parole, c’est-à-dire la pensée, la réflexion, etc. Ce sont des modèles de Lego avec des briques qu’on assemble, selon une stratégie qu’on a donné à la machine. Ces machines nous imitent, capturent toutes nos données sans ressentir une émotion. La machine ne fait que détecter la surface par mon expressivité et peut être mes actions.

Laurence Devillers
Laurence Devillers
Professeure en IA et en informatique appliquée aux sciences sociales
Et aussi chercheuse au CNRS et autrice de l’essai Les Robots émotionnels : Santé, surveillance, sexualité... : et l'éthique dans tout ça ? aux éditions de L'Observatoire.