Treize ans d’activité, ving-sept années de démantèlement partiel et au moins dix-sept autres pour un démantèlement complet. C’est le bilan de la centrale nucléaire de Brennilis, dans le Finistère (29). Mise à l’arrêt en 1985, le « retour à l’herbe » du site tarde pourtant à se concrétiser. Un délai qui s’explique en partie par la spécificité de son réacteur à eau lourde, le seul de ce genre en France, et qui souligne la complexité des chantiers de déconstruction qui attendent la filière du nucléaire civil. « Le cas de Brennilis est singulier car, jusqu’en 2006, la législation n’était pas favorable au démantèlement immédiat d’une centrale après son arrêt. L’idée était donc d’attendre, le temps que la radioactivité de la cuve ait significativement baissé, explique Tristan Karmin, ingénieur de sûreté nucléaire. Plus généralement, le démantèlement des réacteurs de première génération, à eau lourde ou à l’uranium naturel graphite gaz, n’était pas intégré dans le cahier des charges. On en paye le prix aujourd’hui. » Un coût qui se chiffre désormais à 850 millions d’euros pour Brennilis, soit vingt fois plus que le budget prévu initialement. L’explication tient au temps nécessaire pour mener des études complètes d’impact environnemental, ainsi qu’au retard accumulé lors des travaux de démantèlement partiel, qui concerne les bâtiments autres que celui du réacteur.

Ce n’est que depuis 2006 et la loi relative à la transparence et à la sécurité en matière de nucléaire que la mise en service d’une installation nucléaire est soumise à un plan anticipant le démantèlement et le stockage des déchets radioactifs. Selon le rapport rendu en 2021 par l’ASN (Autorité de Sûreté Nucléaire), 35 installations nucléaires (comprenant aussi des sites de stockage des déchets ou des réacteurs de recherche) sont à l’arrêt définitif ou en cours de démantèlement, dont 8 réacteurs du parc électronucléaire civil. Parmi eux, on compte le site de Chooz A, dans les Ardennes (08), arrêté en 1991 et dont le démantèlement a débuté en 2007. Son réacteur utilise la même technologie à eau pressurisée que celle des 56 réacteurs encore en activité en France. L’occasion pour EDF d’en faire la vitrine de son savoir-faire pour les démantèlements à venir. La fin du chantier, initialement prévue en 2021, a été repoussée jusqu’en 2024 en raison de délais imputables au Covid-19.

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