Qu’est-ce qui vous a amené à créer le média « J’ai piscine avec Simone » ?

Passé 45 ans, je me suis demandé si on parlait des femmes de mon âge dans la presse. J’y ai trouvé des injonctions au jeunisme, surtout dans la presse féminine. Et dans la mesure où cela ne me correspondait pas, j’ai été voir ce qui se passait sur les réseaux sociaux. Là, je n’ai trouvé que quelques blogs anglo-saxons sur le sujet et j’y ai vu une invisibilisation des femmes de plus de 50 ans dans la société française. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire pour refléter ce qui était réellement notre génération. Et c’est comme ça que j’ai commencé « J’ai piscine avec Simone », un nom qui résonne comme un engagement et une certaine idée de ce qui est la place des femmes dans la société.

Qu’est-ce qui amène, selon vous, à cette invisibilisation des femmes à partir de 45-50 ans dans la société française ? Quelles conséquences sur l’emploi ?

En France, il y a un vrai problème avec l’âge des femmes. Il y a une double peine. À 50 ans, pour une femme, on regarde à quoi vous ressemblez. Pour un homme, on ne se pose pas cette question. Et à 50 ans, dans notre société, cela parait normal d’être effacée de la vie professionnelle. Alors que c’est un âge d’expertise, où il n’est plus besoin d’éduquer les enfants, où l’on a du temps et de la disponibilité.

Avant la réforme des retraites, on mettait les gens en préretraite et ils allaient vers la sortie tout doucement. Mais avec l’âge de la retraite qui va reculer, que faire de cette France de plus de 50 ans. C’est un vrai problème de démographie. Surtout que les femmes globalement ont des emplois plus précaires, des temps partiels et des écarts salariaux. Elles arrivent déjà avec une retraite inférieure à celle des hommes. Si elles sont débarquées à 50 ans, de quoi elles vont vivre ? Le gouvernement et le président Macron parlent beaucoup de l’emploi des jeunes depuis la crise sanitaire. Oui, c’est important. Mais qu’est-ce qu’on fait des gens après 45 ans ? Il y a non-sens économique à ne pas prendre en compte cette population, alors que la société ne va pas arrêter de vieillir.

Quel rôle peut jouer le numérique pour lutter contre la paupérisation des femmes de plus de 50 ans ?

Les femmes, encore plus après 50 ans, doivent lutter contre les clichés, contre une vision où la Tech, et les outils associés seraient seulement pour les jeunes. Le numérique, ce sont des outils et comme n’importe quels outils, cela s’apprend de la même manière. À 45 ans ou 50 ans, on a le cerveau qui fonctionne très bien. D’autant que les femmes à partir de 45 et 50 ans, sont assez connectées, beaucoup sont sur les réseaux sociaux par exemple. Après pour avoir un usage professionnel du numérique, il faudrait qu’elles soient formées à une autre utilité plus pro. Il y a un vrai besoin d’accompagnement et de formation. Ce n’est nullement une question de compétences.

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Nous sommes une génération qui avons connu des transformations digitales et technologiques très importantes. Nous avons absorbé tous ces changements technologiques et nous avons montré que nous avions une agilité à nous emparer de ces techniques, sauf quelques exceptions. Les femmes de cette tranche d’âge partent aussi avec ce côté de presque s’excuser d’être sur le marché du travail. Il y a une part d’autocensure, avec des freins qu’il faut lever assez vite, y compris en faisant des formations.

La formation, une solution contre les discriminations ?

Homme ou femme, 50 ans est l’âge frontière où l’on s’accroche à son poste et où il reste peu de chance d’être promu ou formé. Et selon les études sur le sujet, les femmes bénéficient de moins de formation durant leur carrière, ce qui amène aussi à moins de promotions.

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Et pourtant, aujourd’hui, il faut se former à tout âge. L’idéal est d’être formée très régulièrement pour ne plus arriver à cette obsolescence programmée des plus de 50 ans, parce qu’il n’y a pas eu la formation en amont. La formation est importante pour effacer ce clivage sur l’âge. L’intrapreneuriat est aussi un outil pour penser la reconversion. Le rôle de l’entreprise, quand elle le peut, est aussi d’aider à cette reconversion et de permettre de tester en sécurité.

Comment faire bouger les mentalités ?

Nous ne pouvons pas évoluer sur le sujet si nous ne sommes pas dans un engagement et un militantisme. Il faut dire qu’il y a un problème et défaire ces clichés. L’idée n’est pas de monter les générations les unes contre les autres. Il est essentiel d’intégrer la question de l’âge, pour dire que chaque âge apporte quelque chose à la société, à l’entreprise. On ne peut pas dire à nos enfants, notamment à nos filles, attention, c’est bien jusqu’à 50 ans et après bof, bof. C’est pour cela qu’il va falloir faire entendre nos voix et vite.

Aurore BISICCHIA
Aurore BISICCHIA
Conteuse numérique
Cofondatrice du média Chut !